Comment ça s'est passé.
Arrivée à l'aéroport Fès-Saïss à 14h30 via un vol Royal Air Maroc. Le taxi officiel jusqu'à la médina nous a coûté 120 dirhams (11 euros), le chauffeur roulait à 120 km/h sur la route de montagne en zigzaguant entre les camions. J'ai eu le cœur qui s'accélère deux fois. L'hôtel Riad Rcif près de Bab Bou Jeloud : chambre minuscule (3 m sur 4), riad typique avec patio en zellige bleu et vert. 450 dirhams la nuit (42 euros). Fenêtre qui donne sur la rue — à 6h le matin, le vacarme des ânes, des motocyclettes et des vendeurs de pain qui crient. Odeur de fumée de charbon de bois qui remonte du souk, mélangée à celle des cuirs en tannage. Les trois premiers jours : la médina en chaosPremière galère : nous nous sommes perdus après une heure dans les ruelles. Les panneaux touristiques « Fès el Bali » ne correspondent à rien. Un enfant de 12 ans nous a proposé de nous guider pour 5 euros ; nous avons accepté. Il nous a menés dans une bijouterie de son oncle, puis a insisté pour 50 euros. Nous avons refusé et continué seuls. Leçon : les guides non officiels n'ont pas de tarif fixe. Le souk des tanneries : les odeurs frappent dès l'escalier. Pas une odeur « exotic », non — une odeur de matière putréfiée, d'ammoniaque, de fiente de pigeon qui t'entre dans la gorge. Les bassins remplis de pigment (rouge, jaune, bleu électrique) bouillonnent au soleil. Un artisan nous a fait descendre dans la tannerie — c'était gratuit mais on nous proposait de « sponsoriser » son travail. 150 dirhams pour une paire de babouches en cuir teint. Je les porte encore, elles sentent l'authentique cuir marocain brut. Restaurant Dar Roumana : tajine de poulet aux citrons confits et olives, 65 dirhams (6 euros). Un vrai moment où la faim et la fatigue se dissolvaient. Pain chaud. Thé à la menthe brûlant qui te revigore les joues. J'ai demandé la recette, le serveur a ri en disant « il y a des secrets ». Les marchés et le rythme sans finMarché aux épices en début de matinée (vers 8h). Cannelle, paprika, cumin, safran. Les vendeurs crient les prix pour les touristes, presque le double du prix réel. Nous avons négocié 30 dirhams pour un sachet de cumin de bonne qualité (pas les sachets plastique standard à 100 dirhams). Bar-café traditionnel Café Attarine en fin d'après-midi : nous avons commandé du café noisette et des pâtisseries. 18 dirhams le café. Les murs jaune poussiéreux, un ventilateur qui tourne depuis 1995 en grinçant. Trois hommes jouaient aux cartes à côté. C'est là que j'ai ressenti une sorte de détente — moins sur le « vibe touristique », plus sur le quotidien local. Escalade vers Ifrane et les cèdresJournée 7 : bus de ligne ADT (compagnie locale) pour Ifrane, 95 km au sud. Départ à 7h de la gare routière Gare de Fès Dakla. Autobus bleu et blanc bondé, deux heures de route montagnarde. À Ifrane, il faisait 12°C alors qu'à Fès il faisait 28°C. Nous avons marché dans la forêt de cèdres. Senteur de résine, air froid qui pique les narines. Retour tard : le bus avait une heure de retard. Les freins grinçaient en descente, et un passager a vomi. Expérience peu confortable mais c'est comme ça qu'on se sent réellement en voyage. Le dernier soir à Fès : restaurant traditionnel chez Mounia, tajine de bœuf aux pruneaux et amandes, 78 dirhams. Pain couit au four tandoor. Thé à la menthe encore une fois — j'ai compris que c'est l'accompagnement standard, pas une spécialité. Musique de chaâbi (pop marocaine) depuis une radio cassée. Ambiance de fin de journée où les touristes mélangés aux locaux mangent en silence.
Les bons plans repérés sur place.
Les tanneries de Chouara : entrez par la bijouterie officielle (Chouara Leather House), 10 dirhams pour accéder à la terrasse, odeurs intenses garanties
Riad Rcif, chambre avec fenêtre : 450 DH/nuit, petit-déj inclus, patron sympa nommé Ahmed qui fait des plans taxi
Souk des épices en début de matinée avant 9h : caftan, cumin, safran — négociez toujours le prix initial de 30 %
Route de bus Fès-Ifrane avec ADT ligne 7 : 7h départ, forêt de cèdres à l'arrivée, paysage qui vaut les 25 dirhams
Dar Roumana pour le tajine : 65 dirhams, adresse rue Talaa Kebira, goût citron confit qui reste en bouche
Photos — Fès
Et au final.
Fès m'a secoué. Pas de moment « magique » de carte postale, juste des jours où l'on se perd, où on négocie, où on transpire et où on mange bien. Les ruelles étouffantes et le bruit constant peuvent fatiguer. Mais les sourires des vendeurs, les odeurs vraies du cuir et de l'épice, et l'hôtel qui vaut 40 euros avec vue sur le patio — ça justifie le voyage.

