Comment ça s'est passé.
Levé à 5 h 30 pour rejoindre le Riad Fès à pied depuis notre chambre Dar el Andalous, rue Talaa Kebira. Le silence de la médina avant 7 h est presque irréel. Les voix des muezzins depuis trois mosquées différentes résonnent en même temps : c'est étrange, pas désagréable, juste dense. On sent déjà l'odeur du fumier des ânes qui transportent les briques par les rues trop étroites. Les trois premiers jours, on s'est perdus. Pas de « se perdre romantiquement » : on a tourné en rond pendant deux heures le premier jour, arrêtés par un vendeur de babouches en cuir qui refusait qu'on passe sans entrer dans sa boutique. Galère concrète : on a dû négocier pendant 20 minutes pour les 180 dirhams (16 euros) pour une paire au lieu des 350 qu'il demandait d'abord. Ça m'a énervé de devoir marchander juste pour acheter quelque chose à prix normal. Les souks et la médinaLe souk des teinturiers (rue Dyers Street, accès par Bab Boujloud) donne directement sur les tanneries. On y était à 9 h du matin, après un café au Café Andalous (3 dirhams le mint tea, soit 0,30 euro). L'odeur des cuves de teinture est violente : c'est chimique, puissant, ça prend à la gorge. Les gars qui travaillent là nous disent que c'est « normal » mais on respire par la bouche pendant dix minutes. Une fille du groupe a trouvé ça insoutenable et a attendu dehors. On s'est arrêtés au restaurant Palais Mnebhi pour manger. Couscous aux sept légumes (85 dirhams, 7,50 euros), tajine d'agneau aux pruneaux (95 dirhams). C'était bon mais sans plus. On s'attendait à quelque chose de dingue et c'était juste correct, déjà assaisonné pour les touristes. Les monuments et les muséesLa Médersa Attarine mérite vraiment le détour. On a payé 30 dirhams l'entrée. Le patio intérieur avec ses zelliges bleus et blancs, c'est vraiment ce qu'on était venu voir. Les escaliers vers les étages sont minuscules, les plafonds bas. On a buté la tête à plusieurs reprises. C'est l'un des moments où on a vraiment senti qu'on était loin de l'Europe : l'architecture n'est pas faite pour nous. Le Musée des armes (Dar Batha, 30 dirhams) a déçu. Trois salles mal éclairées, pas de traductions en anglais sur les panneaux. On y a resté 20 minutes. La vie hors médinaOn a pris le bus numéro 7 de la gare routière (Gare Routière du Nord, avenue Hassan II) pour aller à Sefrou, un village à 30 km. 15 dirhams par personne. Le bus a un quart d'heure de retard, naturellement. Une femme à côté de nous avait une poule vivante sur les genoux dans un sac. Pas loin de nous sentir bêtes avec nos sacs à dos de touristes. À Sefrou, on a mangé dans un petit restaurant sans nom, rue principale. Harira (soupe) et briouat aux amandes (9 dirhams la portion). C'était le meilleur truc qu'on ait mangé au Maroc. La cuillère était froide, le bouillon fumant, l'amande croquante. Le goût sucré-salé était exactement ce qu'on ne savait pas qu'on voulait. Retour le soir, on a dormi à Riad Laaroussa, près de Bab Boujloud. Chambre froide, lit confortable mais douche d'eau tiède. Le propriétaire nous a offert un thé sans qu'on le demande, assis sur des coussins face au patio. Une vraie hospitalité, pas du spectacle touristique. Les derniers joursOn a loué des vélos auprès de la gare Sncf (oui, il y a une gare de trains à Fès) pour aller voir les tanneries de l'extérieur, depuis la montagne. C'était plus intéressant que d'être dedans. Les vats de couleur d'en haut ressemblent à une palette de peintre. Une heure de vélo à travers des petites routes avec des nids-de-poule. Dernier jour : marché de fruits et légumes (Marché Jnan Sbil, en bas de la médina). On y a acheté des grenades, des amandes fraîches encore dans la coque. On s'est assis sur un muret pour manger. C'était simple et c'était bien.
Les bons plans repérés sur place.
Médersa Attarine : le patio en zellige bleu et blanc, entrez tôt (8 h 30) avant les groupes
Sefrou, village de montagne à 30 km : briouat aux amandes et harira chez le restaurant sans nom rue principale
Souk des teinturiers et tanneries : allez-y avec quelqu'un qui parle arabe ou français, ne cherchez pas à négocier le prix de la visite
Riad Laaroussa pour dormir : petit, calme, propriétaire sans pression commerciale, douche c'est son seul défaut
Marché Jban Sbil le matin vers 8 h : grenades et amandes fraîches, moins de monde qu'au souk
Photos — Fès
Et au final.
Fès n'est pas confortable. Les rues sont un dédale qu'on ne maîtrise jamais vraiment, la pollution dans certaines zones de la médina est réelle, le tourisme a changé les interactions. Mais passer 10 jours dedans, loin des coins de carte postale, c'est assez pour sentir que ce n'est pas juste un décor. On reviendrait, mais avec plus de patience.

