2004 — 2026

Vingt-deux ans à entretenir un coin d'Internet.

Vacanceo a été lancé un soir d'octobre 2004 par deux amis de Vincennes. Vingt-deux ans plus tard, on est toujours les mêmes aux commandes, et on n'a vendu à personne. Voici comment on en est arrivés là.

2003

Le voyage qui a tout déclenché.

Arnaud rentre à Paris après 14 mois sac à dos en Amérique du Sud — Colombie, Équateur, Pérou, Bolivie, Argentine, Chili, Brésil. Dans son sac, six carnets Moleskine couverts de notes, d'adresses et de dessins. Sur son disque dur externe, 4 200 photos.

Pendant trois mois, il rédige un récit de 180 pages sur un blog Skyrock — l'époque où on bloguait pour quinze copains. Christophe, son ami d'enfance de Vincennes, le lit d'une traite un dimanche après-midi. Il appelle Arnaud le soir même : « Si toi t'as écrit ça, combien d'autres en ont dans leurs tiroirs ? Faut leur faire un endroit. »

Octobre 2004

Vacanceo.com est en ligne.

Le site est codé en PHP 4 sur un Mac mini posé sur un radiateur, hébergé chez OVH pour 12 € par mois. Le nom « Vacanceo » est trouvé un vendredi soir, après une vingtaine d'alternatives qui sentaient le marketing. On voulait que ça ressemble à « vacances », mais que ce soit prononçable par tout le monde.

La page d'accueil tient en 600 pixels de large. Pas de moteur de recherche : un menu déroulant par pays. Le premier carnet publié, après celui d'Arnaud, raconte un voyage en Crète d'une lectrice anonyme qui s'appelle « MarieJo62 ». Il existe toujours.

2006

Le forum, et la première vraie communauté.

On ouvre le forum sans trop savoir si ça allait prendre. En six mois, on dépasse 1 000 inscrits. Les vrais hôteliers commencent à débarquer pour répondre aux questions, parfois sous des pseudos qu'on démasque vite. On instaure une règle qu'on n'a jamais changée : on tague les pros, on ne les bannit pas — du moment qu'ils sont transparents.

Cette même année, on encaisse les premiers euros : trois bannières AdSense en bas de page. Christophe garde le ticket d'imposition. 487 € pour douze mois.

2008

Les albums photos.

Flickr explose, les appareils numériques se démocratisent. On branche Vacanceo dessus : tu peux importer un album photo entier en collant un lien Flickr. Les carnets deviennent des récits illustrés. Le trafic double en trois mois.

10 000 inscrits. On embauche notre premier salarié, Mathieu, un développeur PHP qu'on paie 1 800 € net. Il est toujours dans l'équipe en 2026.

2010

Les avis hôteliers, et les premiers partenariats.

TripAdvisor commence à dominer le marché des avis. On décide qu'on n'a pas vocation à les concurrencer — mais qu'on peut faire mieux pour les francophones. On lance les fiches hôtels, alimentées par les membres et reliées aux carnets. Si tu as séjourné à l'hôtel Atlas Médina à Marrakech, ton carnet apparaît sur la fiche.

Voyages-sncf, Promovacances et Nouvelles Frontières signent les premières conventions d'affiliation. On pose une règle : pas de classement payé. Elle vaut encore aujourd'hui.

100 000 inscrits.

2012

On refuse 2 millions d'euros.

Un fonds VC parisien nous approche en mars. Trois mois de discussions, une term sheet à 2 M€ pour 35 % du capital. Christophe est partant, Arnaud hésite, l'équipe est divisée.

Une réunion de quatre heures un dimanche, dans un bureau qu'on louait à Censier. On lit la clause de liquidation préférentielle, on simule la sortie à 5 ans. On comprend que dans deux configurations sur trois, on ne contrôlerait plus rien. On dit non le lendemain matin.

C'est probablement la meilleure décision qu'on ait prise. C'est aussi la plus dure : il a fallu se serrer la ceinture pendant deux ans.

2014

Dix ans.

500 000 membres, 1 million de photos, 200 000 avis. On organise un apéro dans un café du 11ème — 80 personnes répondent présent, dont une trentaine de membres qu'on n'avait jamais rencontrés en vrai. Une dame de 71 ans, qui poste sous le pseudo « Lou_Voyage », nous tend un livre photo de tous ses carnets imprimés. Il fait 4 kilos.

2016

L'app mobile.

On résiste à l'app jusqu'au bout — on pense que le web mobile suffit. On finit par céder quand on réalise que la moitié des nouveaux carnets sont rédigés au téléphone. L'app sort en septembre 2016, après dix-huit mois de dev.

Elle marche, sans plus. Aujourd'hui encore, 60 % du trafic reste sur le site web. La V2 unifie enfin les deux expériences.

2020

Covid. On apprend à voyager sans bouger.

Mars 2020, le trafic s'effondre de 78 % en quatre jours. On panique, puis on respire. On comprend que les gens ne veulent pas qu'on les pousse à réserver — ils veulent rêver. On lance la newsletter « Inspirations du vendredi », une vraie lettre éditoriale, un récit, une destination, une bonne affaire.

Elle compte aujourd'hui 84 000 abonnés. Le taux d'ouverture est à 52 % — ce qui, dans l'industrie, est complètement délirant.

2024

On décide de tout refaire.

Vingt ans plus tard, on est encore là, mais le site grince. Le code traîne depuis 2004. Mathieu, qui en connaît chaque ligne, dit qu'il commence à fatiguer. Surtout, l'IA générative arrive, et on voit qu'elle peut faire quelque chose de très précis pour nous : lire les carnets, en extraire des conseils, aider les nouveaux voyageurs à formuler leurs envies.

Décembre 2024, en réunion d'équipe : on décide de tout réécrire. Stack neuve, design refait, IA intégrée, et surtout — migration intégrale des 22 ans d'archives. Pas un avis perdu. Pas un carnet jeté.

2026

Vacanceo V2.

Dix-huit mois de travail. Une équipe de huit personnes au final. Une base de données de 1,4 million d'avis, 380 000 photos extraites, 4 000 carnets migrés un à un.

On lance la V2 en mai 2026. Même nom, même valeurs, même règle d'or — la communauté avant le clic. Mais une maison neuve, qui devrait nous tenir encore vingt ans.

Si tu lis ces lignes, c'est que tu y es. Merci d'être passé.

La suite, c'est avec toi.

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