Comment ça s'est passé.
Levé à 5 h 30 pour attraper le vol Tunisair TU642 depuis Paris-Orly. Arrivée à Djerba vers midi. Sortie de l'aéroport avec ce silence étrange des petits aéroports — juste le bruit des vagues lointaines et les klaxons des taxis. J'ai pris un taxi blanc non-climatisé jusqu'à l'hôtel Club Med Djerba, compté 35 dinars (environ 11 euros). Le chauffeur roulait à la tunisienne : deux doigts sur le volant, l'autre main dehors pour fumer. Première galère en arrivant : l'hôtel n'avait pas ma réservation. Après 45 minutes à la réception et une intervention du gérant, j'ai eu la chambre 308. Rien de grave, mais agaçant quand on arrive fatigué. Les trois premiers jours se sont concentrés sur Djerba-Midoun. La plage de Sidi Yati restait calme, avec le sable fin qui s'enfonce légèrement sous les pieds, l'odeur salée mêlée aux algues chauffées par le soleil. Au café Dar El Barka, j'ai commandé un café turcs à 2 dinars et des makroudh (petits gâteaux à la semoule), croustillants au toucher. Les serveurs m'appelaient déjà « ami » le deuxième jour — ce genre d'attention qui dérange parfois autant qu'elle plaît. Le soir du 2e jour, arnaque mineure : un vendeur ambulant m'a facturé une carte postale 5 dinars alors qu'elle valait 1 dinar. Je n'ai pas réagi, pas assez éveillé mentalement. Le marché de Djerba et ses odeurs mélangéesVisite du souk Midoun un jeudi matin. L'intensité du lieu : 4 000 mètres carrés de marchandise entassée, des épices qui montent à l'assaut des narines — cumul d'odeurs de cumin, de coriandre sèche, de poisson séché. Les vendeurs criaient des prix en arabe et en français maladroit. J'y ai passé deux heures. Achat de trois pots de harissa artisanale chez Monsieur Rafaël (petit vendeur au stand 47) : 18 dinars les trois. Ses mains étaient tachées de rouge, et son sourire montrait qu'il savait que c'était cher pour du touriste. J'ai payé quand même parce que le goût vérifiable sur place en vaut la peine. Excursion à Douz, la porte du Sahara, le 5e jour. J'ai pris le bus interurbain CTN qui part de la gare Djerba vers 7 h 30, trajet d'environ 3 h 30, 18 dinars. Bus surchargé, climatisation qui ne fonctionnait que par à-coups. Un homme assis à côté de moi vendait des dattes, les grappes accrochées à un fil au-dessus de son siège. Douz a d'abord déçu — c'est une ville très ordinaire, avec des petites maisons en parpaing, des échoppes de rien du tout. Mais le mercredi (jour de marché), le spectacle change : 20 000 Bédouins des alentours se rassemblent pour vendre des chèvres, des chamelles, de la laine teinte à la main. Moment marquant au marché aux chameauxJ'ai parlé avec un nomade nommé Tahar, qui vendait deux chameaux gris clair. Il m'a expliqué en français laborieux qu'il venait du bled (l'intérieur du désert) depuis trois jours pour ce marché, et que cette année « les prix baissent, les gens achètent moins ». Il m'a offert à boire un café noir, très concentré, presque amer. C'est un moment où j'ai vraiment senti que je n'étais pas en France, pas uniquement parce que le décor était différent, mais parce que ce type risquait une année difficile et me parlait franchement sans me demander quelque chose d'abord. Pas de sentimentalisme, juste une réalité. Retour le même jour, bus à 18 h. J'ai dormi une bonne partie du trajet. Dîner au restaurant Dar Zarkoum à Djerba (rue de la Kasbah) : brique à l'œuf (1,5 dinars), couscous aux légumes (4,5 dinars), verre de thé à la menthe (0,8 dinars). Nourriture sans surprise, mais véritable. Les derniers jours ont mélangé plage, lecture, et petites balades. Farniente au bar Oasis Bar où j'ai pris des bières Celtia local (3 dinars chacune). Le 9e jour, visite rapide du cimetière et de la mosquée El Gharbi — entrée gratuite pour les non-musulmans depuis l'extérieur seulement. Départ le 10e jour en fin de matinée avec le même taxi, même chauffeur, pas de climatisation. Sentiment mixte : j'ai vu des choses réelles, pas juste des cartes postales. Mais Djerba reste prisonnière du tourisme de masse balnéaire. Le vrai Sahara existe à Douz, mais c'est loin et pas facile d'accès.
Les bons plans repérés sur place.
Souk Midoun à Djerba (jeudi matin, stand 47 pour la harissa de Rafaël)
Marché aux chameaux de Douz le mercredi (quitter tôt pour voir les arrivées)
Plage de Sidi Yati, accès depuis le Club Med, piscine naturelle de 7 à 11 h
Bus CTN ligne Djerba-Douz (départ 7 h 30, réserver la veille à la gare)
Dar Zarkoum pour la brique à l'œuf authentique (prix corrects, portions vraies)
Photos — Djerba
Et au final.
Djerba m'a offert du repos, un bon marché, et une rencontre honnête avec un nomade. En revanche, les tarifs touristiques au souk ont grandi franchement, et la climatisation des bus en mai devrait être un crime. Pas un voyage qui transforme, mais un vrai voyage.








