Comment ça s'est passé.
On a débarqué à Bucarest un mercredi après-midi après un vol Wizz Air depuis Lyon (120 euros l'A/R). Grosse erreur : on n'avait rien réservé pour les trois premiers jours. La gare de Bucarest-Nord était un chaos, les distributeurs ne fonctionnaient qu'à moitié, et personne ne parlait vraiment anglais. On a erré deux heures avant de trouver une chambre au Hotel Dacia Boulevard, rue Dorobanți, à 45 euros la nuit. Le proprio avait un chien qui aboyait dès 5 h du matin. Jeudi matin, on s'est forcés à explorer le centre. La Vieille Ville (Lipscani) était bondée de touristes et de pièges à touristes. On a mangé chez Hanu lui Manuc, une cour intérieure du 18e siècle où les murs sentent la moisissure et l'encens. J'ai pris une ciorbă de burtă (soupe aux tripes) à 4 euros : acide, chaude, avec du vinaigre qui vous explose le palais. C'était bon mais franchement décapant. La bière Ursus coûte 2 euros au bar, moins cher qu'un café. Vendredi, on a pris le train de 6 h 15 à la gare de Bucarest vers Brașov. Douze heures de trajet direct, pas d'arrêt surprise. La ligne CFR n'a pas changé depuis 1970 : banquettes en velours usé, fenêtres qui ne ferment pas bien, odeur de diesel et de cigarette froide malgré l'interdiction officielle. Une femme en face de nous vendait des sandwichs faits maison dans un sac plastique. J'en ai acheté un pour 2 euros (fromage mou, tomate, pain blanc). On a croisé des villages où les gens avaient des chevaux attachés devant les maisons. Arrivée à Brașov vers 18 h. La ville est petite, 300 000 habitants, lovée au pied des Carpates. On a trouvé une guest house, Piatra Mare Hostel, chambre double à 30 euros. La proprio était une femme de 60 ans qui parlait un français approximatif et qui nous a donné des conseils utiles : éviter la rue Republicii le soir, acheter nos provisions au Carrefour Express près de la place Sfatului, pas aux petits magasins touristiques. Samedi, on a marché vers la montagne. Température froide, environ 8°C même en milieu de journée, le vent sortait directement des pics rocheux. On a grimpé jusqu'au Château de Rasnov, une forteresse du 13e siècle à 25 km de Brașov. Pas de transport direct : on a pris un taxi partagé (marshrutka) depuis la gare routière pour 3 euros par personne. Le château lui-même demande 6 euros d'entrée. Les murailles sont massives, les habitants expliquent qu'elles ont arrêté les invasions ottomanes pendant 300 ans. On a mangé une microcosm du pays en sandwich : pain blanc, salami fumé, fromage blanc très mou. On sentait la sciure de bois des réserves à viande. Mardi, on a loué une voiture chez Rent a Car Brașov (45 euros par jour, très branlant) pour descendre vers le Delta du Danube. Route nationale 1, 240 km vers le sud-est. La conduite roumaine est... comment dire... créative. Les gens doublent n'importe où, les panneaux manquent, on s'est perdu deux fois. On a stationné à Constanța (ville côtière) et on a pris un bateau depuis le port vers le Delta. Compagnie locale, 25 euros par personne, quatre heures de bateau. Le Delta du Danube : 4 500 km². Eau trouble, marais, roseaux sur plusieurs kilomètres, silence total sauf le bruit du moteur. On a vu des hérons, des aigles pêcheurs. Le guide parlait en roumain et en anglais basique. On a dormi au Fishermen's Lodge, une cabane en bois sur pilotis, 50 euros la nuit, pas d'eau chaude fiable. La toilette était dehors. On a mangé du poisson grillé avec de l'huile rance. Le moment marquant : à 5 h 45 du matin, le soleil se levait sur les roseaux, l'eau était rose bonbon et les oiseaux commençaient à crier. Aucun touriste, juste nous quatre dans la cabane. Retour vers Brașov jeudi. La voiture a eu une crevaison à 30 km de Constanța. On a attendu une heure et demie sur le bord de la route. Un Roumain s'est arrêté, a changé la roue sans demander de paiement, en nous disant juste « bienvenue en Roumanie » avant de partir. Ça m'a marqué. On a rendu la voiture avec une heure de retard et ils nous ont facturé 50 euros supplémentaires. On a passé les trois derniers jours entre Brașov et une randonnée jusqu'au Lac Bâlea (2 000 m d'altitude, 45 minutes de route depuis Brașov par la route du col Fagaras). Un refuge propose des chambres à 20 euros par personne. La nuit là-haut, il faisait 2°C. On a bu du thé à la menthe dans le refuge (très fort, presque du concentré).
Les bons plans repérés sur place.
Château de Rasnov : forteresse du 13e siècle à 25 km de Brașov, 6 euros d'entrée, vue sur les Carpates
Delta du Danube : bateau depuis Constanța (25 euros), cabanes sur pilotis, oiseaux et silence total
Lac Bâlea : route du col Fagaras depuis Brașov, refuge à 2 000 m, thé très fort au miel
Ciorbă de burtă chez Hanu lui Manuc : soupe aux tripes acide, 4 euros, cour intérieure du 18e siècle
Marshrutka (taxi partagé) : moyen de transport ultra-local, 2-3 euros les trajets, conversations roumaines réelles
Et au final.
La Roumanie qu'on a vue : chaotique, parfois mal organisée, avec une infrastructure qui date, mais des gens sincères et des paysages réels, pas peints pour les cartes postales. Ce qui m'a déçu : les villes roumaines en dehors de Brașov manquent de charme, les hôtels bon marché sont souvent crasseux. Mais le Delta valait le détour et les montagnes aussi.



