Comment ça s'est passé.
On a décidé de la Roumanie un peu au hasard, attirés par les photos des châteaux. Ce qu'on ne savait pas : les routes secondaires de Transylvanie demandent du courage. On a loué une Dacia Sandero chez Hertz à l'aéroport Henri Coandă de Bucarest pour 45 euros/jour, un choix qu'on a regretté le deuxième jour quand le GPS nous a guidés sur un chemin de montagne non goudronné avec 30 cm de nid-de-poule. Trois heures pour faire 80 km. La voiture sentait le plastique surchauffé et le moteur s'est mis à tousser. Brașov a été notre base. Hôtel Aro Palace, pas donné (120 euros), mais la vue sur le centre-ville médiéval depuis la chambre 312 valait le coup. La Piața Sfatului est entourée de façades XVe siècle en pastel délavé, avec des cafés où on buvait des cafés turcs (4 lei, soit 0,80 euro) en regardant les murs anciens s'effriter lentement. À 19 h le soir, on entendait les cloches de l'Église Noire sonner, un bruit métallique qui résonnait entre les ruelles pavées. C'était presque trop beau pour être vrai, jusqu'à ce qu'on marche dans un nid-de-poule invisible et qu'on se foule la cheville. Le château de Bran, c'est LE piège touristique. On y est allés quand même, trajet de 40 minutes en voiture. L'intérieur est vide, meublé de façon qui donne l'impression qu'on visitait le showroom d'un antiquaire roumain des années 90. L'odeur de bois ancien mélangé à la cire de meubles était écrasante. Mais la cour extérieure, les remparts de pierre noire contre un ciel gris, ça, c'était réel. 12 euros l'entrée. Trop cher pour ce qu'on a vu, honnêtement. Sighișoara a été le moment marquant. La Citadelle en fin d'après-midi (on y est arrivés à 16 h 30, levés à 5 h 45 pour éviter les tour-buses). Les petites maisons de couleur (jaune, rose, bleu poudré) construites direct contre les murs de pierre du XIVe siècle. On a trouvé une table au Méd Pub, rue Școlii, et on a commandé une popara (pain frit garni de fromage frais et ail) avec une bière Ursus. La popara avait un goût de fast-food roumain des années 2000 mélangé à quelque chose d'authentiquement fait maison. 8 euros les deux. Le soleil basculait derrière les toits. Les touristes avaient disparu. Là, on s'est dit qu'on comprenait pourquoi les gens restaient. Sibiu nous a déçus. La Grande Place est bien (Piața Mare), mais bondée de chaînes de cafés internationales. On a pris le bus 12 depuis le centre (2 lei) pour aller à la Galerie d'Art Brukenthal. Intéressant, mais fermé de 12 h à 14 h « pour cause d'inventaire ». Une heure et demie d'attente sous le froid d'octobre (9 degrés, on grelottait). Un couple d'Allemands a engueulé l'employée à la réception. Très inconfortable. Le musée en lui-même était bien organisé, des peintures flamandes du XVIIe siècle, mais on en avait un peu marre. Nourriture : qu'à Brașov, à la Pizzeria Italiana (restaurant pour touristes, on assume), on a trouvé un lieu décent. Mici (brochettes de viande) à 18 lei (3,50 euros), ciorba de burtă (soupe d'abats) à 12 lei, trop riche et bizarre au goût, mais c'est leur truc. Le vin rouge de la région (Cramele Recas) était très bon, 5 euros la bouteille. Supermarché Carrefour partout, prix français. Les trajets en transport collectif : une seule expérience, le bus Blablacar de Brașov à Sibiu (23 euros, 2 h 30). Chauffeur impeccable, routes correctes, mais on a attendu 40 minutes un passager qui n'est jamais venu. Le chauffeur a juste attendu, sans expliquer. On a vu de la vraie montagne transylvanienne, des forêts de sapins qui respiraient l'humidité, des villages avec des maisons en bois noir qui semblaient figées en 1950. Pas photogénique, plutôt déprimant pour certains. Mais réel.
Les bons plans repérés sur place.
Piața Sfatului à Brașov : assis au Café Dani (angle sud-ouest), café turc et murs du XVe siècle
Citadelle de Sighișoara en fin d'après-midi (16 h 30-18 h 30) : moins de touristes, lumière de fin de jour
Popara et Ursus au Méd Pub, Sighișoara : moins cher et meilleur qu'au restaurant d'hôtel
Route 1 entre Brașov et Sibiu : si vous louez une voiture, partez tôt et prenez la version goudron, pas le raccourci montagne
Galeria de Artă Brukenthal, Sibiu : intéressant mais vérifiez les horaires avant (12 h-14 h fermeture)
Et au final.
La Roumanie, c'est moins ce qu'on attendait et plus ce qu'on a trouvé en cours de route. Pas de révélation spirituelle, mais du vrai. Les routes sont difficiles, les touristes saturent les lieux populaires, et le système touristique n'est pas aussi fluide que celui de l'Europe de l'Ouest. Par contre, on reviendrait, mais avec plus de temps et sans voiture de location.