Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international de Moroni en fin d'après-midi, avec un retard de quatre heures sur Air Austral. La piste était craquelée, les bâtiments colonial délabrés. L'air était chaud, humide, saturé d'une odeur de sel et de feu de bois que je n'oublierai pas. À la douane, un agent nous a demandé si nous avions des « cadeaux » pour lui — moment gênant où mon mari n'a pas compris d'abord qu'il nous demandait carrément un pot-de-vin. On a continué. Le taxi (une vieille Peugeot 505 jaune, immatriculée KM-2847) nous a menés jusqu'à l'hôtel Moroni Beach, situé sur le front de mer, rue du Général Abdoulhamid. L'établissement affichait « 3 étoiles » mais ressemblait plus à du 2. Le climatiseur faisait un bruit infernal. On a dîné ce soir-là au restaurant de l'hôtel : un riz aux calamars banal à 15 euros, accompagné d'une Coelacanth (bière locale) à 2,5 euros. Le serveur avait oublié notre commande pendant 40 minutes. Les marchés et les saveursLe lendemain, nous avons pris un taxi-brousse numéro 7 (minibus bleu délavé, très chaud, très bondé) pour rejoindre le grand marché de Moroni, le Souk du Lundi, ouvert tous les jours. Les odeurs nous ont submergés : épices de clou de girofle, crevettes séchées, bananes trop mûres. Une femme vendait des petits pains frits appelés « mandra » pour 20 francs comoriens (0,04 euros). Nous en avons mangé trois, c'était sucré, gras, délicieux. Un moment mémorable : une enfant m'a souri en me voyant goûter et ne pas faire la grimace. J'ai acheté une petite fiole de vanille de Comores chez un commerçant appelé Hassani (pas de devanture, juste une chaise sous un parasol). Il m'a assuré qu'elle venait de sa propre plantation. Vraiment meilleure que celle qu'on trouve en métropole, plus riche, plus noire. Elle m'a coûté 12 euros. Une arnaque ou une vraie bonne affaire, je n'en suis toujours pas certaine. Plage de Nioumachoua et premières galèresNous avons loué une voiture pour deux jours avec une petite agence locale, « Iles Bleues Car Rental ». Le contrat était presque illisible, écrit au stylo à bille sur un papier jauni. La voiture, une Toyota Corolla 2008, sentait la cigarette très forte et l'un des essuie-glaces ne fonctionnait pas. Nous nous sommes dirigés vers la plage de Nioumachoua, à 25 kilomètres au sud de Moroni. La route était semée d'ornières, nous avons croisé deux troupeaux de zébus au milieu de la chaussée. La plage elle-même était recouverte de débris : bouteilles en plastique, filets de pêche, quelques pneus. Pas l'image de la brochure touristique. Nous y avons passé malgré tout trois heures. Le sable était gris, assez fin. L'eau à 29 degrés, un peu grasse à cause des algues. Aucun autre touriste. Un pêcheur nous a vendu des mangues fraîchement cueillies pour 1,5 euros le kilo. Elles avaient un goût explosif, sucré, légèrement musqué. Moroni la ville et ses façades fissuréesNous avons passé deux jours à explorer le centre-ville de Moroni à pied. La Grande Mosquée (construite en 1427) nous a fascinés, avec ses carreaux bleus et ses murs épais. Impossible d'y entrer en tant que non-musulmans, mais nous avons pu l'observer de l'extérieur. Le Palais du Gouverneur était fermé. Les rues du quartier historique de Badjanani sentaient fortement l'urine, les murs étaient couverts de graffitis, les bâtiments en pierre dataient du 18e siècle mais s'effondraient lentement. Nous avons mangé du riz aux fruits de mer au restaurant « Le Lagon Bleu » (rue de l'Indépendance). C'était bon, préparé devant nous, à 18 euros le plat. Le patron, Ahmed, nous a parlé pendant une heure du tourisme d'avant 1995, de quand les hôtels étaient pleins. Aujourd'hui, les Comores reçoivent à peine 20 000 touristes par an. Retour et bilan mitigéAu moment du départ, la route de l'aéroport était inondée suite à une pluie d'une heure. Notre taxi nous a pris un détour chaotique, et nous avons manqué de peu notre vol. Cet incident a gâché l'agréabilité de nos dernières heures sur l'île.
Les bons plans repérés sur place.
Souk du Lundi à Moroni : arriver tôt (6 h 30), goûter les mandra frits et négocier la vanille locale chez les commerçants autour des piliers centraux
Plage de Nioumachoua : à 25 km sud, peu fréquentée, mangues fraîches vendues par les pêcheurs (1,5 € le kilo)
Grande Mosquée de Moroni (quartier Badjanani) : architecture du 15e siècle, carreaux bleus, accès extérieur
Taxi-brousse ligne 7 du marché : expérience locale authentique, minibus bondé, 1,2 euros la place
Restaurant Le Lagon Bleu rue de l'Indépendance : riz aux fruits de mer frais, 18 euros, patron Ahmed raconte l'histoire de l'île
Photos — Moroni, Grande Comore
Et au final.
Les Comores m'ont surprise, mais pas toujours positivement. Le charme des petits marchés et la gentillesse des gens compensation un peu l'état des routes, la pauvreté visible et les infrastructures fragiles. Je ne reviendrais pas, mais je ne regrette pas d'être allée.








