Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international de Moroni un mardi matin vers 8 h 30, après un vol Air Austral depuis La Réunion. L'air était déjà chaud et saturé d'humidité. Le terminal – un bâtiment blanc modeste – sentait l'eau de Javel et les gaz d'échappement des navettes de taxi qui tournaient au ralenti dehors. Premier choc : le visa à l'arrivée a pris deux heures. Files non balisées, tampons à trouver auprès de trois fonctionnaires différents, une dame qui fumait au guichet. L'hôtel Samara dans la capitale (chambre vue mer à 85 euros la nuit) s'est avéré être un petit établissement charmant mais très bruyant après 23 h, quand les groupes de jeunes rassemblés sur la plage adjacente mettaient la musique à fond. Nous avons découvert le comorien, le français et l'arabe parlés en même temps dans les rues. Sur le port de pêche de Moroni, nous avons mangé du sandwich au poisson fumé vendu par une femme sans enseigne pour 3 euros – délicieux, bien que nous ne sachions jamais vraiment quel type de poisson c'était. Les vraies galères : transports et horaires fantômesLe bus minibus local (pas de numéro officiel, juste « celui qui va à Mitsamiouli ») censément partir vers 7 h du matin de la gare informelle près du marché Moroni n'a finalement quitté la ville que vers 10 h 15. Les chauffeurs attendent que le minibus soit complètement rempli – 16 personnes assises sur des sièges prévus pour 12. Nous étions collés à une odeur de transpiration mélangée aux épices que vendait un passager (clous de girofle et vanille en petits sachets plastiques). La route vers le sud de l'île était chaotique : nids-de-poule profonds, deux arrêts inattendus pour laisser descendre des gens hors du trajet prévu, une panne de 45 minutes où le chauffeur a dû régler le carburateur. À Mitsamiouli, nous avons loué une petite maison d'hôtes appelée Mwali Bungalows (40 euros par nuit, eau tiède seulement). La propriétaire, Fatima, parlait français avec un accent swahili très marqué. Elle nous a préparé un pilaf aux crevettes pour le dîner – gouteux, riche en ail, avec un vrai goût de sel de mer. Un moment marquant : en fin d'après-midi, en marchant seuls sur la plage de sable noir près des rochers de lave, nous avons croisé un vieil homme qui pêchait à la ligne. Il ne parlait pas français mais nous a souri, montré ses deux poissons du jour, puis offert une noix de coco fraîche qu'il venait d'ouvrir avec une machette. Nous l'avons bue directement au fruit, le lait était sucré et frais. Aucun échange monétaire, juste de la bienveillance sans attente. Anjouan : l'île au charme fragileLa traversée de 90 minutes en bateau-taxi depuis Moroni vers Anjouan nous a coûté 22 euros par personne. Le navire était un ancien ferry blanc, plutôt brinquebalant, avec des bancs en plastique sans dossier. Plusieurs touristes ont dévomi. L'arrivée à Mutsamudu, la capitale insulaire, vers 15 h 30 a révélé un port très calme, presque abandonné. Les bâtiments coloniaux, jaunes et roses délavés, dataient clairement des années 1950-60. Pas de rénovation apparente. Au restaurant Les Délices du Lagon (tables en bois grossier, vue directe sur la baie), nous avons mangé un cari de poisson blanc avec riz blanc et légumes pour 12 euros. Le cuisinier – un homme âgé nommé Hassan – avait utilisé du lait de coco frais, du turmeric et du citron vert. Très simple, très efficace. Mais le restaurant n'a pas vraiment d'horaires fixes. Nous y sommes allés vers 18 h 30 un soir, c'était fermé. Le lendemain à 19 h, c'était ouvert. Le marché de Moroni et les épices qui piquent les yeuxLe marché central de Moroni, une structure couverte en tôle ondulée, était écrasant de chaleur et d'odeurs mélangées. Nous avons acheté des épices : vanille de Comores en gousses noires et brillantes (25 euros les 10 gousses), clous de girofle, muscade râpée. L'homme qui vendait ces produits – Abdou, un commerçant cinquantenaire – a insisté pour nous faire sentir chaque produit. L'odeur acre du clou de girofle nous a presque étouffés. À côté, des femmes vendaient du poisson séché au sel, des tomates un peu molles, des courges. Pas de prix marqués : tout se négocie. Nous avons probablement surpayé de 20 %, mais cela restait très bon marché. Une dernière nuit à Moroni, au café Banana Split (climatisation bruyante, ventilateur qui tremblait), nous avons pris un café crème et une pâtisserie française (réminiscence coloniale oblige) – le tout pour 4 euros. Le serveur, très jeune, nous a apporté le café froid alors qu'il était censé être chaud. Il a dit « pas de problème » avec un sourire gêné quand nous l'avons mentionné. Nous l'avons bu quand même.
Les bons plans repérés sur place.
Plage de sable noir de Mitsamiouli : marchez vers le nord dès 17 h pour voir le coucher de soleil sur les rochers de lave
Marché central de Moroni : allez tôt (vers 7 h), les épices y sont au meilleur prix et les vendeurs moins agressifs
Restaurant Les Délices du Lagon à Mutsamudu (Anjouan) : le cari de poisson de Hassan, même si les horaires ne sont jamais certains
Minibus local Grande Comore : expérience authentique mais prévoyez 4-5 heures pour un trajet de 50 km
Port de pêche de Moroni : achetez du sandwich au poisson fumé frais à une vendeuse sans nom, vers 11 h du matin
Photos — Moroni (Grande Comore)
Et au final.
Comores n'est pas une destination de carte postale. Les transports sont imprévisibles, les services touristiques peu structurés, et il faut accepter une certaine forme de chaos quotidien. Mais la générosité des habitants, la qualité des épices et les plages vides et noires de l'île compensent ces frustrations. Nous repartions avec des gousses de vanille, des souvenirs de vraies rencontres et l'impression d'avoir vu un endroit où le tourisme de masse n'a pas encore gâché les choses.








