Comment ça s'est passé.
On débarque à l'aéroport international Prince Saïd Ibrahim le 2 septembre à 14h45, après une correspondance éreintante à Nairobi avec Kenya Airways. Les formalités traînent : quarante-cinq minutes pour obtenir le tampon, climatisation défaillante, odeur de moisissure mélangée aux effluves d'essence. On nous demande de montrer nos preuves de vaccination trois fois. Le taxi depuis l'aéroport jusqu'à Moroni coûte 35 000 francs comoriens, soit environ 80 euros pour 25 km. Le chauffeur, Abdallah, roule comme un fou sur la RN1, la route nationale côtière. Vraiment. Une moto nous frôle. On n'aime pas ça. Abdallah rit : « Vous non habitué. » Premier soir à l'Hôtel Société, face au port du Vieux Port. Chambre 304. Ventilateur bruyant, eau tiède, mais vue directe sur les boutres à voiles. Le lit sent le drap humide séché trop vite. On paie 45 euros la nuit. À 18h30, le call to prayer du haut-parleur de la Grande Mosquée résonne sur toute la ville. C'est assourdissant. On ferme les fenêtres. On entend quand même. Le matin du jour 3, on explore le marché aux fruits du quartier de Moroni Central, près de la place de l'Indépendance. Un vendeur de jus nous propose un jus de mangue frais pressé pour 2 000 francs comoriens (4,50 euros). Il verse le jus depuis une hauteur de 80 cm pour le faire mousser. Le goût est acidulé, la chair de la mangue colle aux dents. L'odeur du marché : un mélange de poisson séché, de coriandre fraîche et d'urine. Pas glamour. On visite la Grande Mosquée le jour 4 en fin d'après-midi, vers 16h. On doit se déchausser. L'intérieur est spacieux, climatisé, calme. Un homme en thoub blanc nous montre le minbar. Pas de photos autorisées. C'est strict. Galère numéro 1 : Le jour 5, on prévoit de se rendre à Hajohoho, une plage au nord, via le taxi-brousse. Point de départ : gare routière de Mdoni, à 6h du matin. On arrive à 5h45. Le chauffeur dit qu'il attend encore dix-sept personnes. On attend deux heures. Deux heures assis sur des banquettes déchirées. Le minibus sent la cigarette et le carburant mal raffiné. Température intérieure : 39 degrés. Enfin, à 8h02, on démarre. Trajet cahoteté. Une femme vomit dans un sac plastique. Hajohoho existe : une baie semi-fermée, sable noir volcanique, eau translucide. On ne croise aucun touriste. Un petit restaurant de pêcheurs, le « Chez Hassan », propose du riz aux crevettes pour 12 000 francs comoriens (27 euros). Les crevettes sont énormes, juste grillées, avec du citron frais. C'est le meilleur repas du séjour. On reste trois heures sur la plage. Seul bruit : les vagues et les pirogues qui rentrent. Le jour 6, on visite le Palais du Sultan Said Mohamed Cheikh à Moroni, restauré récemment. Tarif : gratuit, mais on donne 30 euros au gardien qui détaille l'histoire. Les salles sont vides. Les plafonds sont très hauts. Le mur de la salle de réception s'écaille par endroits. On sent l'humidité salpêtrée. Le gardien parle anglais approximativement et français. Il nous raconte une histoire de sultan qui a vingt-trois enfants. On ne sait pas si c'est vrai. Restaurant du soir au Terrace Lounge, en hauteur, vue sur le port. Un verre de Comorian Beer (Femme d'Or) : 5 euros. On commande du poisson du jour avec sauce tomate, riz blanc, salade simple. 18 euros. Le poisson s'avère filandreux. On mangera mal ce jour-là. Les autres clients sont surtout des hommes d'affaires en costume qui discutent en arabe. Jour 7 : on tente l'île de Ndzuani (Anjouan) via le ferry Moutsamoudou Express. Départ à 10h du port de Moroni. Durée : quatre heures trente. Le bateau roule pas mal. Une dizaine de touristes à bord, sinon des comoriens avec leurs affaires. On vomit légèrement. Arrivée à Mutsamudu à 14h45. On reviendra le jour 8 en fin d'après-midi. Anjouan surprend : moins peuplée que Moroni, plus verte. On loge au très petit Auberge de la Plage (30 euros, douche froide). On marche au hasard dans les ruelles. On croise des enfants qui demandent des stylos. On en donne quelques-uns. Ils crient « merci » longtemps. Avant le départ, dernier repas chez un vendeur de beignets de poisson et d'œufs près du port. Trois beignets pour 6 000 francs (13 euros). Miel dégoulinant. On s'en fout. Les dernières heures sont sereines.
Les bons plans repérés sur place.
Plage de Hajohoho — sable noir, eau claire, aucune trace humaine. Restaurant Chez Hassan pour les crevettes grillées.
Palais du Sultan à Moroni — architecture coloniale portugaise, intérieur vide et blanc, gardien bavard qui réclame un pourboire.
Marché central de Moroni — brut, le chaos du commerce local, jus de mangue frais pressé sous vos yeux.
Île d'Anjouan via ferry Moutsamoudou Express — trajet 4h30, moins touristique que Moroni, auberges basiques mais accueil sincère.
Hôtel Société face au Vieux Port — vue sur les boutres, bruyant le matin (appel à la prière), pas cher, électricité aléatoire.
Photos — Moroni, Grande Comore
Et au final.
Les Comores, c'est pas la Thaïlande, et c'est bon comme ça. On a pas vu de temples, pas de tuk-tuk kitsch, pas de touristes en masse. On a surtout vu des gens qui bossent, un pays où les touristes sont rarement venus. L'infrastructure de l'île est fragile : l'électricité coupe deux fois. Le système de santé nous préoccupe (on espère ne pas tomber malade). Mais les gens sont patients, les paysages sont tranquilles, et Hajohoho restera gravée.








