Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport Boryspil de Kyiv un mardi matin à 7 h 30, après un vol Ryanair de 4 heures depuis Paris. Premier choc : la sirène d'alerte antiaérienne a retenti alors qu'on roulait vers la ville en taxi jaune (chauffeur très courtois, 250 hryvnas pour 45 km). L'app Uber était down, d'ailleurs. On a appris plus tard que c'était juste un exercice mensuel, mais l'adrénaline n'en était pas moins bien réelle. On a logé à l'hôtel Dnipro, un cinq-étoiles datant de l'époque soviétique, avenue Khreshchatyk. Le bâtiment a la gueule d'une forteresse Lego beige, mais l'intérieur est devenu étrangement chic après les rénovations. Le petit-déj servait des pancakes ukrainiens salés avec du fromage blanc, des oeufs, du pain noir. La servante parlait russe, puis l'anglais, puis elle s'est arrêtée net en nous entendant parler français. « Ukraine now », a-t-elle dit sèchement. Jeudi matin, levé à 5 h 30 pour longer le Dniepr à pied depuis le parc de la Rive verte. Odeur de café froid des petits chalets fermés, brume épaisse sur l'eau. Les gens couraient déjà, deux ou trois groupes. On s'est arrêtés au café Mysli sur la Place Maïdan vers 7 h : granita à la cerneaux (45 hryvnas, soit 1,20 €), très sucré, on s'est forcé à finir. Le Maïdan lui-même était plus vide qu'on l'imaginait. Les barricades sont partiellement tombées mais certains cafés avaient quand même des vitres renforcées. On a pris le train de nuit depuis la gare centrale de Kyiv (Kyivskyi vokzal) vers Lviv. Ticket de couchette en deuxième classe, 450 hryvnas. Le train s'appelait « Stanislavskyi » et avait environ 40 ans de retard structurel. La femme de la cabine était du genre à vous offrir un thé dans un verre épais sans vous le proposer. Odeur de tabac froid et de désinfectant. À 2 h du matin, une grand-mère dans le couloir vendait des gâteaux enrobés de papier journal. Elle nous a surfacturisé de 50 hryvnas parce qu'on était français (galère classique). Arrivée à Lviv à 9 h 45. Marché Rynok Square dès qu'on a déposé les sacs. Les façades des maisons Renaissance crème et rose bonbon, les toits de tuiles rouges tombantes. Un vendeur de kvass (boisson à base de pain fermenté) nous en a versé un verre à 20 hryvnas. Goût acide, sucré, presque savonneux. On n'a pas aimé, on a donné le verre au sans-abri qui attendait à côté. Dimanche, visite à pied de l'église Latine (Katedra Levoberezhna) : baroque blanc, statues blanchies, atmosphère silencieuse et vaguement triste. En sortant, pluie glaciale, température autour de 3 °C. On a dû attendre un bus (ligne 1, direction Stryiskyi Park) pendant 20 minutes sous un auvent qui coulait. Restaurant Maskaron le soir : bortsch (soupe de betterave, 85 hryvnas), pierniki (raviolis à la viande, 120 hryvnas), vodka locale (Hlebnyy Dar, 50 hryvnas la shot). Le service était lent mais les portions énormes. On était les seuls clients avec des masques sur la table (on n'en mettait pas dedans). Jeudi matin, musée Penyakty : collection privée de peintures modernes dans une maison de l'avenue Doroshenko. L'accès était fermé ce jour-là (malentendu sur l'horaire affiché). On a tourné trois fois autour avant de demander à une vieille dame qui nous a fait entrer par une porte latérale et nous a montré deux salles elle-même. Deux heures après, elle voulait du thé. On lui en a acheté au café d'à côté (30 hryvnas). Retour à Kyiv en bus Flixbus, 8 heures de route, arrêt à un relais routier horrible mais nécessaire. Le bus avait Wi-Fi gratuit mais coupé après Ternopil. On a regardé les villages défiler, les églises blanches sur les collines, les champs nus d'octobre. La désolation avait du charme, en quelque sorte. Dernier jour à Kyiv, on a dîné au restaurant Eat Drink Man Woman dans le quartier Podil. Lieu de vie, plein d'étudiants qui criaient, musique lounge un peu naïve. Pâtes au beurre noir et sauge, soupe aux champignons, bière locale (Barrel Brothers, 120 hryvnas). On a payé 680 hryvnas pour deux avec boisson. En sortant, deux mecs nous ont demandé des cigarettes en anglais. Non agressif, juste demande directe.
Les bons plans repérés sur place.
Marché Rynok Square à Lviv : vendeurs de kvass, statues de lich, odeur de pain grillé
Parc Shevchenko à Kyiv : allée des sculptures, bancs en bois, couples assis sous les mélèzes
Restaurant Maskaron, rue Virmenska : bortsch authentique, portions russes, ambiance locale
Ligne de train Stanislavskyi : expérience du voyage soviétique, femme de cabine incluse
Café Mysli sur la Maïdan : paninis modernes, terrasse avec vue partielle sur la place
Photos — Kyiv et Lviv
Et au final.
Kyiv et Lviv restent des villes vivantes malgré le contexte géopolitique lourd. On s'attendait à plus de tension visuelle, mais la normalité urbaine reprend ses droits. L'hospitalité était réelle mais parfois distante. Ce qu'on a moins aimé : les toilettes publiques payantes (10 hryvnas), les arniques aux touristes étrangers, et la sensation qu'on visite en quelque sorte sous tension.
