Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport de Kyiv Boryspil un jeudi matin, à 7h15, après un vol avec Ukraine International Airlines qui avait 45 minutes de retard. Le froid nous a frappé immédiatement en sortant du terminal – moins 8 degrés, un froid sec qui pique les narines. Le taxi blanc collectif jusqu'au centre-ville (lignes partagées, système très local) nous a coûté 150 hryvnias par personne, soit environ 4 euros. Nous avons traversé des quartiers où les bâtiments d'époque soviétique côtoyaient des immeubles neufs, une Kyiv en pleine reconstruction. Notre hôtel, le Goncharenko House Hostel dans le quartier de Podil, avait des chambres simples mais propres. 35 euros la nuit en dortoir. Le gérant parlait à peine l'anglais, et il a fallu mimer pour expliquer qu'on voulait un petit-déjeuner inclus. Il a juste secoué la tête et pointé vers un café au rez-de-chaussée du bâtiment d'à côté – première petite galère, mais finalement bien résolu. Le matin suivant, nous nous sommes levés à 5h30 pour explorer les berges du Dniepr avant la circulation. Le fleuve était gelé sur ses bords, le brouillard blanc montait de l'eau. On entendait juste le bruit des glaçons qui craquaient contre les roches. C'était silencieux, presque étrange. Manger, explorer, se perdre Nous avons mangé notre premier bortsch à la cafétéria Kompot, rue Khreschatyk. Un bol fumant de soupe de betterave rouge, avec de la crème fraîche généreuse dedans (30 hryvnias, moins d'un euro). Le goût était sucré-aigre, réconfortant. À côté, on a commandé des varenyky – des petits raviolis farcis au fromage – et un verre de kompot, la boisson traditionnelle à base de fruits secs. L'ensemble coûtait moins de 3 euros. Les retraités autour de nous buvaient leur thé noir en silence. Une ambiance détendue, pas de tourisme sucré. La cathédrale Sainte-Michaël est restée un moment où j'ai été réellement déstabilisée. Pas par sa beauté (bien qu'elle soit dorée à outrance), mais par les traces de la réalité du pays visibles à travers les vitraux. Des pancartes demandaient des dons pour les familles déplacées. Une femme à côté de moi pleurait en silence en priant. Notre groupe s'est senti un peu intrusive, du coup nous sommes restées discrètes, sans prendre de photos. Le métro de Kyiv est profond, construit à l'époque soviétique comme abri anti-atomique. Les stations sont décorées avec des murs de marbre rose et des chandeliers en cristal – un contraste fou avec le reste de la ville. Un trajet en métro coûte 8 hryvnias (0,20 euros). Nous avons acheté une carte rechargeable. Le bruit du métro qui arrive dans le tunnel était assourdissant, un grondement métallique qui résonne dans la gorge. Nous avons passé une journée entière au musée d'Histoire de l'Ukraine. Entrée 100 hryvnias (2,50 euros). Les collections couvrent plusieurs siècles, mais les sections sur les années 1990 et 2000 sont pénibles à regarder – photos de la Révolution orange, documents sur les conflits. Une jeune femme, guide volontaire anglophone, nous a accompagnés deux heures. Elle nous a parlé de sa famille restée en province. Aucun lyrisme, juste des faits. Cela nous a rappelé que ce voyage n'était pas une fuite touristique ordinaire. Au marché Bessarabsky (ouvert depuis 1910), nous avons acheté du fromage blanc, des noix grillées, des fruits secs. L'odeur était écrasante – fruits pourris mélangés à herbes fraiches et épices. Très désagréable les deux premières minutes, puis vous vous y habituez. Un vendeur nous a refusé de nous vendre seulement trois cerneaux de noix, il fallait acheter l'entier sachet (arnaque mineure, mais ça nous a agacées). Les prix affichés n'existaient pas vraiment – le marchandage est la norme. Jour 3 : visite de la Laure des Grottes, monastère creusé en souterrain. Moins touristique que prévu. Lumières tamisées, murs en pierre calcaire. L'odeur d'humidité et d'encens était puissante. Jour 4 : train local jusqu'à Irpin (gare centrale Kyivska, train régional à 08h45). Une heure de trajet, 20 hryvnias. Le wagon était quasi vide, les sièges en velours défraîchi. Nous avons changé notre itinéraire en arrivant parce que certains quartiers n'étaient pas accessibles. Déception légitime. Jour 5-6 : allée vers l'ouest, ville de Lviv en train de nuit (7 heures, 300 hryvnias, compartiment quatre lits). Peu de touristes. Architecture austro-hongroise plus intacte qu'à Kyiv. Les gens qu'on a rencontrés étaient directs, peu souriants au premier abord, puis généreux en conversations une fois la confiance gagnée. Pas de fausse gentillesse touristique. Une mère de famille nous a invités prendre le thé dans son petit appartement, sans qu'on demande rien.
Les bons plans repérés sur place.
Bortsch et varenyky à la cafétéria Kompot rue Khreschatyk – moins de 3 euros et délicieux
Descendre à la station Zoloti Vorota du métro pour voir ses cristaux roses et ses chandeliers
Marché Bessarabsky pour les fruits secs et fromages blancs – marchandage obligatoire
Train de nuit Kyiv-Lviv en compartiment quatre lits (7h, vue sur les campagnes gelées)
Laure des Grottes – souterrain silencieux avec odeur d'encens, presque aucun touriste
Photos — Kyiv
Et au final.
Kyiv m'a mise mal à l'aise et m'a touchée en même temps. Je m'attendais à une ville martyre, j'ai trouvé une ville qui vit, avec ses tarifs bas, ses gens résilients et ses saveurs honnêtes. Le bémol : les repères touristiques classiques sont minces, et il faut accepter une certaine grisaille hivernale. Pas un voyage pour qui cherche de la détente.








