Comment ça s'est passé.
J'ai atterri à Fès-Saïss le 14 mars à 16h45 avec la compagnie Ryanair, et dès la sortie de l'aéroport, j'ai eu ma première arnaque : le taxi sans compteur m'a demandé 150 DH au lieu des 80 DH affichés en panneau. J'ai dû négocier ferme avant de payer 100 DH. Leçon apprise : toujours utiliser l'application Uber ou commander par l'hôtel. J'ai loué une chambre à la Riad Charouf, une petite maison d'hôtes dans la médina nouvelle, à 400 DH la nuit (environ 37 euros). Le propriétaire, Hassan, m'a accueilli avec du thé à la menthe tiède et m'a expliqué les plans des petites ruelles pendant une heure. C'était l'une de ces moments où tu réalises que les rencontres comptent plus que les plans touristiques. La médina de Fès : se perdre en ayant peurLe premier jour, levé à 5h45 pour rejoindre à pied la Bab Bou Jeloud, je me suis lancé dans les ruelles de la médina sans guide. Grosse erreur. Après 40 minutes de tours inutiles, l'odeur d'urine de chameau mélangée à celle du cuir en tannage m'a assommé. Les artisans vendent du cuir dans les tanneries Chouara depuis des siècles, et contrairement à ce qu'on lit, ce n'est pas « pittoresque » : c'est acre, humide, et ça colle à tes vêtements pendant des heures. J'ai commandé un petit-déjeuner au Café Clock sur le Tala'a Kebira : un café crème (28 DH), du pain d'orge et du fromage blanc. Leur pancake au miel et amande (32 DH) était succulent, mais servi à 10h30 parce que le cuisinier était parti chercher de l'eau à la source. Aucun stress de leur côté. C'est un apprentissage : le temps local n'existe pas. Les vrais momentsLe soir du 16 mars, j'ai mangé au Restaurant Zaouia, un endroit exigu avec quatre tables, géré par Fatima et ses deux filles. Tajine d'agneau aux pruneaux (85 DH), couscous vendredi matin (70 DH), et jus de grenade fraîchement pressé (12 DH). Assise sur le sol, à côté d'une famille fassie qui partageait le pain local sans parler. On ne se regarde que lorsqu'on a besoin de passer le plat. C'est sobre, et c'est là que j'ai compris que je n'aimais pas le Maroc « packagé ». J'ai pris le bus n°1 de la CTM (12 DH) jusqu'aux cascades d'Ifrane (45 km). Départ à 6h30, arrivée à 8h15. La route monte sec, et il faisait 8°C au sommet. L'eau était glaciale, mais j'y suis entré quand même. Les pieds ont gelé pendant 3 minutes, puis insensibilité totale. Les habitants d'Ifrane vendaient des noix du Brésil grillées à 40 DH le sachet : je n'en ai jamais revu au Maroc ailleurs. Les galères qui restentMon téléphone a perdu le réseau dans la médina pendant deux jours. Pas de WiFi en dehors des cafés touristiques, pas de 4G, juste du silence. J'ai paniqué, j'ai pensé avoir oublié ma SIM quelque part. En réalité, j'avais désactivé les données par accident. Humiliant. Le 19 mars, j'ai voulu visiter le Mausolée de Moulay Idriss, mais on m'a dit que c'était fermé aux non-musulmans ce jour-là. Aucun panneau d'information. J'ai attendu deux heures avant de le savoir. Hassan m'a conseillé de venir à 7h le matin pour les chances meilleures, mais je n'ai pas pu. Les derniers joursLe 21 mars, je suis descendu à Volubilis en organisant un partage de voiture (150 DH par personne). Les ruines romaines étaient moins bien conservées que je l'espérais, mais l'absence de foule était un soulagement. On s'entend mieux sans 200 touristes armés de selfie-sticks. Avant de partir, Hassan m'a cuisiné un dernier repas : merguez (60 DH), salade de tomate-oignon (15 DH), et une omelette aux fines herbes. Il a refusé de me faire payer. J'ai insisté. Il m'a dit que c'était un honneur. Ces détails-là, on ne les oublie pas.
Les bons plans repérés sur place.
Café Clock, Tala'a Kebira (pain d'orge grillé, thé à la menthe, pancakes le jeudi)
Cascades d'Ifrane, ligne CTM n°1 (départ 6h30, eau à 4-5°C, noix du Brésil grillées)
Restaurant Zaouia, Medina (tajine agneau-pruneaux, réservation obligatoire par Hassan)
Riad Charouf, chambre double 400 DH (propriétaire parle français et anglais, pas de buffet)
Tanneries Chouara en fin de journée, 17h-18h (moins de foule, odeur toujours présente)
Photos — Fès
Et au final.
Fès m'a forcé à ralentir, ce que je ne faisais pas bien. Le rythme du Maroc est un choc au départ, pas une découverte positive. J'aurais aimé passer plus de temps loin de la médina touristique, qui reste malgré tout un dédale éprouvant. Mais les gens—Hassan, Fatima, le vendeur de noisettes—rendent le voyage entier plus humain que tout endroit « célèbre ».

