Comment ça s'est passé.
On a atterri à Fès-Saïss le matin du 15 novembre. Le taxi depuis l'aéroport (environ 180 dirhams, soit 18 euros) sentait l'encens bon marché et les sièges en velours rouge avaient connu des jours meilleurs. Le chauffeur nous a déposés à la riad Dar Seffarine, une petite maison d'hôte nichée dans la médina près de la célèbre Université Al-Karaouine. La propriétaire, Fatima, nous a accueillis avec du thé à la menthe trop sucré servi dans des verres qui semblaient dater de 1987. La médina de Fès n'est pas un lieu qu'on visite : c'est un dédale où on se perd volontairement. Pendant trois jours, nous avons sillonné les rues tortueuses. Le souk des tanneurs reste le moment le plus sensoriel du voyage. L'odeur des cuirs tannés à la chaux et aux pigments naturels nous a saisi à la gorge avant même d'arriver au bord des bassins. Debout sur les terrasses surplombant les teintureries, on voyait les ouvriers plonger les peaux dans des liquides de toutes les couleurs : ocre, rouge grenat, bleu indigo. Un mec nous a proposé de nous vendre de l'eucalyptus à respirer pour « atténuer la puanteur » ; nous avons compris plus tard que c'était une technique classique pour obtenir un pourboire. On s'est laissé avoir : 50 dirhams les trois feuilles. Pour manger, on a testé le restaurant Zaouia près de la Medersas Attarine. Couscous royal à 85 dirhams (8,50 euros), avec de vraies pièces de poulet et des pois chiches encore chauds. La pastilla du même jour ailleurs, au Dar Tazi, était trop sucre pour nos goûts occidentaux : des amandes en poudre, de la canelle et du miel enfermés dans la pâte feuilletée. Pas mauvais, juste déstabilisant. Escapade dans le Rif Jour 5, nous avons pris un bus CTM (compagnie nationale) direction Chefchaouen. Départ à 6h15 du Terminal Central de Fès. Le bus avait 15 ans, les sièges ressemblaient à des vieilles chaises de salon, mais le trajet (environ 2h30, 60 dirhams par personne) offrait des vues sur les collines de l'Ouest marocain. La route serpentait entre des champs d'oliviers et des villages de pierre blanche. Chefchaouen. La ville peinte en bleu. Pas une « ambiance magique » (trop de touristes pour ça), mais plutôt une sensation étrange : se perdre dans des ruelles où chaque coin de mur respire la peinture fraîche, bleu ciel, bleu marine, parfois un peu grossièrement appliquée. On a logé à la Casa Hassan, où le propriétaire nous a mitonné un tajine de poisson frais le soir. Goût subtil du citron frais, la chair fondant, du vrai travail. 120 dirhams avec le pain maison. Jour 8, montée aux cascades d'Akchour (à 30 km de Chefchaouen). On s'est levés à 5h30, partis avec un guide local, Mustafa, via un minibus bleu décrépît appartenant à l'hôtel. La température était autour de 13°C au départ, glaciale. Quatre heures de marche dans le massif du Rif, avec des passages où la roche était humide et notre confiance douteuse. Les cascades elles-mêmes : trois niveaux d'eau qui tombent sur des rochers couverts de mousse. Tout le monde plonge. L'eau était tellement froide (environ 8°C) qu'on a fait demi-tour après 30 secondes. Mustafa a ri. Il nous a aussi imposé un « supplément guide » non prévu de 100 dirhams que nous n'avions pas anticipé. Petit moment désagréable. Retour vers Fès et détente Jour 10, trajet retour Chefchaouen-Fès. Bus CTM à nouveau, même trajet. On commençait à fatiguer des routes sinueuses et des pauses au restaurant routier où on vous vend du café soluble douteux à 5 dirhams la tasse. Dernier jour à Fès, visite du Palais Royal (les portes au moins, impossible d'entrer en tant que touriste) et du Cimetière Israelite de Fès, un endroit méconnu et étrange, avec des tombes datant du 17e siècle. Dernier dîner au Dawat, restaurant plus « modernes » (kebab 70 dirhams, jus d'orange frais pressé 10 dirhams). Retour à l'aéroport le jour 12, même taxi qui nous avait fait découvrir les merveilles de la déco intérieure marocaine des années 80.
Les bons plans repérés sur place.
Souk des tanneurs de Fès : observer depuis la terrasse le travail des tanneurs dans les bassins colorés
Riad Dar Seffarine : petit déjeuner sur la terrasse avec vue sur les toits de la médina (thé, crêpes beghrir à 15 dirhams)
Cascades d'Akchour près de Chefchaouen : marche guidée de 4h, eau glacée, paysage brut du Rif
Restaurant Zaouia : couscous royal à 85 dirhams, vrai repas dans la médina sans touristes
Chefchaouen : se perdre dans les ruelles peintes en bleu pendant un jour complet sans itinéraire
Photos — Fès
Et au final.
Fès c'est dense, fatigant, un peu trop touristique maintenant dans la médina. Mais les moments avec Fatima qui nous expliquait la vie locale, les ouvriers des tanneries, les cascades froides du Rif : ça vaut le coup. Juste gare à ne pas surpayer à la moindre occasion.

