Comment ça s'est passé.
Levée à 5h30 pour prendre le vol Royal Air Maroc RAM 452 depuis Lyon Saint-Exupéry, arrivée à Fès à 10h15. Le premier choc : la chaleur sèche du tarmac de l'aéroport, on passe de 12°C à 28°C en quelques secondes. Un taxi blanc sans compteur (prix débattu : 80 dirhams au lieu des 50 annoncés) jusqu'à la médina. C'est là que tout change. On s'est logées à la Riad Rcif, rue Talaa Kebira, chambres avec vue directe sur les toits. Le propriétaire, Abdelkrim, nous a remis un plan manuscrit avec les bonnes adresses — ça vaut plus que tous les guides. Premier dîner au restaurant Fez Cidade, couscous aux sept légumes (120 DH, environ 11 euros), servi dans une assiette en cuivre brûlante. Le goût intense du cumin et du gingembre, rien à voir avec ce qu'on cuisine à la maison. La médina : beauté et chaosOn a passé trois jours à traverser la médina. C'est un dédale de 9 400 ruelles, pas exagéré. On s'est perdues le premier jour, tournées en rond pendant 2h près du souk des teintures. L'odeur d'indigo et d'urine (ancienne méthode de teinture) nous a collé à la peau et aux vêtements. Pas agréable, franchement. Un enfant nous a rattrapées, offrant ses services de guide « officiel » — arnaque classique, on a refusé. Jour 4 : la tannerie Chouara. On n'y attendait rien de particulier. Les trois photos qu'on avait vues sur Instagram ne montraient pas la réalité : les cuves de couleur rose, verte, jaune sont bien là, mais surplombées de multiples étages de bâtiments vétustes, l'odeur acre du cuir travaillé remonte d'en bas, les ouvriers nous ignorent complètement. Un guide harcelant a voulu nous suivre (20 DH proposé puis oublié). On a vu les gestes mêmes que leurs grands-pères faisaient il y a 400 ans : les peaux claquées contre les pierres, les mains jaunes et roses de teinture. C'est le moment où j'ai réalisé qu'on ne visitait pas une attraction, mais un lieu de travail réel. Repères pratiques et premières galèresGare routière CTM (Compagnie de Transports Marocains) : bus de Fès à Meknès tous les 30 min, 25 DH, 1h30 de trajet. Pas climatisé, arrêts non annoncés.Café Medina (Talaa Sghira) : menthe fraîche, sucre, thé en verre épais — 3 DH. On y est retournées chaque matin.Marché aux olives : on a acheté 500g pour 15 DH, la vendeuse nous a glissé 300g de plus « cadeau ». Petite gentillesse qui réchauffe.Perte d'authenticité au souk des tapis : les vendeurs demandent systématiquement d'où on vient, puis sortent des tapis « spécialement » réservés pour les Français. Prix gonflé de 300%.Jour 6 : journée à Meknès via la CTM. Visite du mausolée de Moulay Ismail, puis médina plus petite (moins bondée, moins oppressante que celle de Fès). Repas chez une femme qui vend du tajine d'agneau depuis son patio (80 DH). Un moment sans caméra, juste à manger et parler avec elle de ses enfants. On a appris qu'elle ne prenait des touristes que le vendredi — on avait de la chance. Les derniers jours : besoin de calmeJours 7-8 : on a quittées la médina pour la nouvelle ville. Hôtel Palais Ahlam (700 DH/nuit, spacieux). Boulevard Mohammed V, cafés modernes, librairies, espace pour respirer. On a mangé à Akasha (restaurant bio local) : salade d'agrumes maison et poisson au citron frais (150 DH). C'était fade comparé au tajine, mais humain. Pas d'effet de spectacle. Jour 9 : excursion à Ifrane, « la Suisse marocaine ». Prise d'une place de minibus (CTM aussi, 40 DH), trajet de 2h en lacets. Paysage rocheux du Moyen Atlas, forêts de cèdres. La température descend à 18°C. Promenade près du lac Dayet Aoua. C'était beau, tranquille, mais très fréquenté par les groupes de touristes. Lunch au café Bouboul : omelette au fromage (25 DH). Jour 10 : retour à Fès, vérification des bagages. L'aéroport de Fès Saïss est petit, peu fouillis. Vol de retour RAM 453 à 15h. J'ai acheté un mini vase en céramique bleu au souk des potiers (20 DH) — bon marché et fait à la main.
Les bons plans repérés sur place.
Tannerie Chouara : cuves de couleur intactes depuis 700 ans, vue depuis le riad Derob
Café Medina (Talaa Sghira) : thé à la menthe fraîche servie tous les matins à 3 DH
Mausolée de Moulay Ismail à Meknès : cour intérieure carrelée, silence respectueux hors des horaires touristiques
Tajine d'agneau chez l'habitante de Meknès : aucune enseigne, vendredi seulement, 80 DH (impossible à trouver sans contact local)
Route vers Ifrane par minibus CTM : forêts de cèdres du Moyen Atlas, température fraîche, paysage intact
Photos — Fès
Et au final.
Fès m'a donné beaucoup : un regard cru sur comment les gens vivent réellement, une compréhension des échanges culturels et leurs pièges. Mais l'intensité de la médina, le harcèlement constant des vendeurs et guides, et le surpeuplement constant ont usé mentalement. Je n'irais pas dire que c'est une destination « magique » — c'est une ville complexe, vivante, pas toujours confortable, avec ses richesses et ses contradictions.

