Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international Amilcar Cabral vers 14h30, sous une chaleur de 32°C qui vous colle à la peau instantanément. Le vol TAP Air Portugal depuis Lisbonne était à l'heure, mais l'attente aux douanes cap-verdiennes a duré quarante minutes sans climatisation. Première galère : le taxi du terminal à l'hôtel nous a facturé 3500 escudos cap-verdiens (35 euros) au lieu des 2000 promis. Lesson learned sur l'importance de négocier avant de monter. Nous avons choisi le Plateau Hotel à Praia, rue de Texeira, chambre avec vue mer mais sans eau chaude (normale paraît-il, « le soleil suffit »). Le premier matin, levés à 5h30 pour observer le coucher de soleil de l'autre côté de la baie—oui, c'est bête, mais l'odeur salée de l'océan Atlantique à l'aube, mélangée au fumet des filets qu'on préparait déjà sur la plage de Gamboa, c'est un truc qu'on oublie pas. Les pêcheurs chantaient en créole, leurs voix résonnaient étrangement sur le béton du quai. La vie à Praia : rythme lent et surprises culinairesNos journées suivaient un pattern régulier : petit-déj à la Pastelaria O Forninho (rue d'Amilcar Cabral, coin de la Place Alexandre Albuquerque), où on prenait un café soluble à 100 escudos et un pão de queijo pour 150. C'était mauvais mais sympa comme rituel. La proprio, Dona Júlia, 60 ans, nous reconnaissait à partir du troisième jour. Le marché central de Praia (Mercado de Pescado et Mercado de Verdura, en bas de la Plateau) était notre terrain de jeu. L'odeur—oh Dieu, l'odeur du poisson frais à 11h du matin quand le soleil tape déjà fort—ça vous reste dans les habits pendant deux jours. On a acheté du peixe-espada (poisson noir local, 800 escudos le kilo) qu'on s'est fait griller par Mãe Rosa, une resto-cuisinier du quartier qui accepte les ingrédients qu'on apporte. Résultat : 1200 escudos le plat. C'était sec, trop cuit, pas bon du tout. Ça m'a déçu. Meilleure bouffe : le Restaurant Maio, rue de Barros, où on a mangé un cachupa riche (sorte de polenta-ragout cap-verdienne) avec du fromage de chèvre local. Environ 1800 escudos. Vrai, savoureux, les portions énormes. Le proprio nous a parlé pendant 20 minutes de la pénurie d'eau sur l'île—2h d'eau par jour en moyenne, parfois moins. C'était clair qu'il en avait marre de la situation. Excursions et déceptionsOn a loué une voiture chez Hertz (aéroport, tarif 40 euros/jour pour une Opel pétée) pour explorer l'intérieur de Santiago. Route jusqu'à Tarrafal, petit village au nord : 90 km de piste où la clim' de la voiture s'est mise à cracher de l'air brûlant à partir du km 30. On a eu peur de tomber en panne. Tarrafal n'a rien de fou : plage grise, quelques cases, un resto fermé. On a pris des photos molles et on est rentré. Le Plateau (lieu-dit sur Praia) où se concentrent les ministères et l'hôtel présidentiel, c'était mieux : vue surplombante sur la baie, vent plus tolérable, une autre face du Cap Vert. On a mangé une esquima (sorte de granita) dans un petit kiosque : 200 escudos. Ça fond en trois minutes sous la chaleur, mais le goût citron-menthe était frais, vivifiant. Moment marquant : dimanche soir, en bas de la Plateau, on a croisé une parade religieuse (Église Evangélique, évidemment Cap Vert a beaucoup de protestants). Les gens chantaient, dansaient presque, il y avait des enfants en blanc, des femmes en robes colorées. C'était pas touristique du tout, ça se faisait pour eux. On s'est senti observés mais accueillis. Un gamin nous a salués en anglais. Les transports et l'infrastructureLes bus locaux : compagnie Sotransol, 200 escudos le trajet, toujours bondés, sans horaires affichés, on devait demander. On a attendu 45 minutes à l'arrêt de Sucupira pour un bus censé partir toutes les demi-heures. Zéro fiabilité. Heureusement qu'on avait la voiture de location. L'internet : fonctionne à l'hôtel via Zap (provider local) mais en 3G/4G. Lent. Pas d'enjeu vraiment, mais bon à savoir si vous bossez. Dernière soirée à la Bar do Cais, un petit truc en bas du port avec des tabourets en plastique et vue sur les bateaux. Bière Strela (marque locale, 500 escudos) bonne et froide. Propriétaire homme, 50-55 ans, qui regardait un match de foot sur un vieux écran. L'ambiance était calme, aucun touriste autre que nous. On a parlé de politique (l'élection précédente, le coût de la vie), les gens étaient directs, pas mièvres.
Les bons plans repérés sur place.
Mercado de Pescado de Praia : acheter du peixe-espada frais le matin, avant 9h, quand c'est encore vivable (odeur, vraie vie locale)
Restaurant Maio, rue de Barros : cachupa riche à 1800 escudos, portions énormes, proprio qui parle franchement de la vie locale
Plateau de Praia au coucher du soleil : moins touristique que la plage, plus d'air, vue surplombante, kiosque à esquima
Tarrafal au nord (90 km de route piste) : déception calculée, village côtier sans artifice, comprendre que tout n'est pas photogénique ici
Bar do Cais (bas du port) : bière Strela glacée, pas de musique touristique, regarder les vrais gens vivre leur soirée ordinaire
Photos — Praia, île de Santiago
Et au final.
Cap Vert nous a épuisés et intrigués simultanément. Praia n'est pas une capitale touristique ni un spot « cool » à la mode—c'est un endroit réel où les gens gèrent des pénuries d'eau et des salaires bas. Le décalage émotionnel entre la beauté simple de l'océan et la gestion chaotique de l'île était constant. On referait, mais pas pour une semaine. Dix jours, c'est le minimum pour absorber le rythme et arrêter de se demander ce qu'on fout là.



