Comment ça s'est passé.
On a débarqué à l'aéroport Amilcar Cabral de Praia un samedi matin vers 10h30, après 5 heures de vol avec la TAP Air Portugal depuis Lisbonne. La chaleur m'a frappé d'un coup en descendant de l'avion : 28°C en décembre, l'air salé et sec qui colle à la peau. Le taxi jusqu'à l'hôtel Oásis Praia a coûté 400 escudos cap-verdiens (environ 4 euros), un trajet de 25 minutes sur une route côtière parsemée de petits restaurants de pêcheurs aux murs jaunes passés. On a logé à l'Oásis Praia pendant 5 nuits, chambre simple à 80 euros la nuit. L'établissement, tenu par un couple franco-cap-verdien, offrait une vue directe sur la baie. Le petit-déjeuner était basique mais le gérant José me conseillait chaque matin les meilleurs spots où manger. C'est lui qui m'a dit d'aller au restaurant Os Corais, caché dans une ruelle derrière le marché central — c'est là qu'on a mangé le meilleur riz de poulpe qu'on ait jamais eu pour 800 escudos (7 euros). La saveur légèrement amère des épices locales, mélangée au bouillon sucré, était inoubliable. Les plages et la première grosse galèrePraia possède deux plages principales : la Praia de Praia (nom confus, je sais) au centre-ville et la Praia de Terra Branca à l'est. Vendredi, j'ai pris le bus local n°7 direction Terra Branca. L'affichage disait 8h15 de départ. J'ai attendu 45 minutes. Le bus était bondé, les vitres ouvertes, et l'odeur mélangée de sueur, d'eau de toilette bon marché et de poisson grillé vendu par les vendeurs ambulants était écrasante. Une femme assise à côté de moi m'a montré comment bien replier mon sac à dos sous mon siège pour éviter les pickpockets. Geste bienveillant, mais qui m'a rappelé qu'il fallait rester vigilant. Terra Branca m'a déçu : une longue plage de sable noir, certes, mais jonchée de détritus plastiques. Des enfants m'ont abordé pour vendre des bijoux en coquillage, insistants mais sans agressivité. J'ai acheté un collier à un gamin de 9 ans, payé 300 escudos (2,50 euros), pensant bien faire. En redescendant du bus le soir (qui avait 55 minutes de retard), j'ai croisé un touriste français qui m'a dit qu'on nous arnaquait systématiquement sur les prix. Ce moment m'a fichu le moral en bas. Praia centro et ses points d'intérêtLe cœur de Praia vaut le coup. La Plateia Cabral, grande place carrelée en blanc et bleu au centre-ville, est bordée par la Câmara Municipal et des petits cafés. J'y ai pris un café et un pastel de queijo (fromage frit) à la Pastelaria Lopes pour 200 escudos chacun. Les gâteaux avaient cette texture crémeuse et piquante caractéristique de la pâtisserie cap-verdienne. Assis là, j'ai observé la vie locale : des hommes jouant aux dominos sur des tables en béton, des femmes avec des paniers colorés, une ambiance ordinaire de petite capitale sans artifices. Le musée Amilcar Cabral, installé dans un bâtiment colonial aux volets bleus, mérite une visite de 2 heures. Entrée à 500 escudos. Les photos d'archives, un peu fanées, retracent l'indépendance du pays en 1975. Le bâtiment lui-même, construit en 1840, respire l'humidité et la peinture écaillée — aucun kitsch touristique, juste l'authenticité d'une institution modeste. Le marché central, le Mercado de Santiago, ouvert tôt le matin à partir de 6h30, était un chaos organisé d'étals de fruits (papayes, mangues, noix de coco), de poisson frais sorti de la mer 2 heures avant. L'odeur iodée dominante, presque asphyxiante sous le soleil. On y trouve aussi les légumes du terroir : piments locaux, tomates, aubergines. Prix très bas : une livre de mangues pour 150 escudos. Excursion à Tarrafal et déceptionsMercredi, on a loué une voiture (compagnie Hertz locale, 65 euros pour 24h) pour descendre à Tarrafal, au nord de l'île, 60 km de route en lacets. La plage de Tarrafal est large, avec du sable gris-blanc et une eau à 26°C. Mais le site est décrépi : le fort historique de Tarrafal, qui a servi de camp de concentration sous le régime portugais, n'était pas accessible le jour de notre visite. On a dû faire demi-tour sans pouvoir le visiter. Frustrant. Nous avons mangé du riz avec du poisson grillé au restaurant face à la mer, une assiette à 1000 escudos, mais le pain dur et rassis a gâché l'expérience. Le retour en voiture a été chaotique : le compteur kilométrique était cassé, le climatiseur peinait, et je craignais une crevaison sur cette route fissurée. On a dû remplir le réservoir deux fois. Sorties et ambiance nocturneLes bars de Praia ourent vers 21h. Le Ktcha Club, dans un petit immeuble discret de la Rua Serpa Pinto, propose de la musique locale et des rhums cap-verdiens. On a essayé la grogue, l'alcool blanc local à base de canne, servi dans de petits verres. C'était puissant, brûlant, sucré. Environ 1 euro le verre. L'ambiance était décontractée, hommes en majorité, conversations en créole cap-verdien et en portugais.
Les bons plans repérés sur place.
Restaurant Os Corais : riz de poulpe qui casse le marché des expectatives touristiques, à 7 euros max
Plage Terra Branca au lever du soleil (levé à 5h30) : sable noir, eau turquoise malgré les déchets
Mercado de Santiago tôt le matin : chaos, odeurs iodées, fruits au prix local (50 centimes la mangue)
Musée Amilcar Cabral dans son jus colonial : 2 heures de visite sans foule, architecture 1840 intacte
Grogue au Ktcha Club : spiritueux local brûlant, ambiance locale sans touristes, bar à 8h du soir
Photos — Praia, Santiago
Et au final.
Cap Vert, c'est un séjour qu'on ne regretterait pas mais qu'on revisiterait différemment. Praia manque de vraies attractions touristiques packagées, les transports sont chaotiques, et les arnaquettes ont terni mon premier jour. En revanche, la nourriture était authentique, les gens honnêtes une fois qu'on dépasse les premiers contacts, et le calme des plages malgré la pollution nous a offert des pauses nécéssaires. J'y retournerais plutôt pour explorer les îles moins visitées (Sal, Boa Vista) que de rester sur Santiago.




