Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport international de Bagdad vers 15h30 après un vol de Turkish Airlines qui avait 2h45 de retard. Le terminal était vétuste, climatisation à peine fonctionnelle, je transpirais déjà sous ma chemise. On a pris un taxi avec le driver Hassan recommandé par l'hôtel (55 000 dinars irakiens pour Karada, soit environ 35 euros) — il parlait à peine anglais, mais très patient. Première galère : on nous a arrêtés trois fois aux checkpoints de sécurité entre l'aéroport et la ville, chaque fois 10-15 minutes de vérification. On s'est installé à l'Hotel Al-Mansour dans le quartier de Karada, chambres spartiates mais propres (45 euros/nuit). À la réception, la fille nous a expliqué que c'était plus safe de rester dans ce secteur après 20h, surtout le long de la Tigre. Le premier soir, ballade à pied jusqu'au marché d'Al-Rasheed : odeur étouffante d'épices mélangées aux gaz d'échappement, vendeurs de brochettes d'agneau grillées pour 8 000 dinars. On a acheté des dates farcies au café chez le même vendeur chaque jour après. Moment marquant : un vieux monsieur nous a offert du thé sans raison, assis sur un plastique bleu usé. Aucune langue commune, mais il souriait beaucoup. Bagdad : le Musée National et les tracesMercredi matin, lever à 6h pour éviter la chaleur de midi. Le Musée National Iraquien (Al-Mudira Al-Amma) n'ouvre que de 8h à 14h en octobre. Entrée : 5 000 dinars. Les collections sont fragmentées — beaucoup de trésors ont disparu pendant les années 2000-2010. Les mosaïques sumériennes, c'est impressionnant mais mal conservé, manque de climatisation. À midi, on prenait l'eau minérale en litres (1 500 dinars la bouteille) car la chaleur était écrasante, 42°C. On a mangé des falafels au restaurant Al-Zahawi (vieux resto emblématique depuis 1930, shawarma pour 12 000 dinars) avant de revenir à l'hôtel se reposer jusqu'à 17h. C'est le rythme qu'on s'est imposé tout le séjour. Le quartier de Mansour accueille aussi le Palais Présidentiel (inaccessible bien sûr) et des maisons coloniales britanniques encore debout mais squattées ou abandonnées. On en a photographié plusieurs depuis la rue. L'atmosphère est pesante, beaucoup de militaires, pas de touristes occidentaux visibles. Najaf et la route en microbusVendredi : on s'est levé à 5h30 pour la petite route vers Najaf (190 km). Aucun service de bus classique accessible aux touristes, donc arrangé un chauffeur privé via l'hôtel : Hassan (un autre Hassan) avec sa Hyundai blanche défoncée, pas de clim qui fonctionnait vraiment. Trajet 4h30 avec deux pauses. À Karbala, arrêt imprévu pour un contrôle militaire (20 minutes). Odeur de diesel brûlé permanent dans la voiture, bruit du moteur qui cognait. Najaf, c'est étrange. La Mosquée de l'Imam Ali brille avec son dôme doré depuis la sortie de la ville. Pour y entrer, obligation de s'enregistrer auprès de la police religieuse (30 minutes d'attente, ils vérifiaient passeports). Intérieur majestueux mais saturé : des milliers de pèlerins chiites, bruit des pas, parfum lourd d'encens et musc. On n'a pas réussi à approcher vraiment du sanctuaire, trop de monde. Ça a été étouffant, j'ai eu un moment de claustrophobie. On a dormi à la Guest House Al-Najaf (petite maison louée à des touristes, 30 euros), tenu par une dame veuve avec son fils traducteur. Ils ont préparé un dinîsh (ragoût traditionnel) excellent, plat complet pour 15 000 dinars. Le coucher d'eau à Najaf, depuis la terrasse : paysage désertique plat, soleil qui descendait rouge derrière les murs de la vieille ville, pas d'électricité stable ce soir-là (coupure à 20h). Retour et derniers joursRetour à Bagdad en train aurait pris 12h minimum et semblait peu fiable (on a vu la gare, abandonnée). Donc même chauffeur, même route dimanche matin. Cette fois on a discuté plus, Hassan m'a expliqué qu'il avait perdu deux frères en 2004. Silence inconfortable ensuite. Dernier jour à Bagdad : souk Al-Shorjah tôt (vers 8h avant la chaleur extrême). Vu des tapis, soie brutes, moult étals de produits bas de gamme chinois. On a cherché du oud (encens/bois) authentique, escroquerie classique : 350 euros pour du truc mélangé à de l'huile minérale. Le vendeur s'en foutait qu'on comprenne.
Les bons plans repérés sur place.
Musée National Iraquien (8h-14h) : mosaïques sumériennes, peu de touristes, entrée 5 000 dinars
Restaurant Al-Zahawi à Karada : shawarma depuis 1930, 12 000 dinars, vraie ambiance locale
Mosquée de l'Imam Ali à Najaf : dôme doré, immanquablement bondée, enregistrement obligatoire
Marché Al-Rasheed le soir après 17h : brochettes grillées, dates farcies, odeur d'épices
Route Bagdad-Najaf en microbus privé : 4h30, checkpoints militaires, paysage désertique
Et au final.
Bagdad et Najaf m'ont montré une Irak très différente de ce qu'on vend aux médias. Les gens sont généreux, curieux, pleins d'humour noir. Mais c'est un voyage très physique : chaleur tue, fatigue psychologique des checkpoints, infrastructure touristique quasi inexistante. Je ne recommande pas pour un premier voyage en Moyen-Orient. J'ai adoré les interactions humaines et la gastronomie, mais le reste — logistique, sécurité perçue, confort — reste compliqué.