Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international de Bagdad vers 14 h 30, le thermomètre affichait 48 °C. La chaleur nous a frappés dès la sortie de l'avion – une vague étouffante, presque solide. Le trajet de 40 minutes jusqu'à l'hôtel Al-Mansour a été chaotique : notre chauffeur de taxi (recommandé par l'hôtel) a klaxonné sans arrêt, les vitres baissées. L'odeur acre du diesel et des gaz d'échappement s'est incrustée dans nos vêtements. Première galère : arrivés à l'hôtel vers 16 h, le check-in ne se ferait que demain, notre réservation n'était pas confirmée comme prévu. Après 30 minutes de négociation au comptoir, ils nous ont finalement attribué une chambre au tarif initial (80 euros la nuit pour une double avec climatisation). Les deux premiers jours, nous avons exploré le centre-ville. Le marché de Shorja, avec ses étals de dattes et d'épices, bourdonne d'une energie étrange. Nous y avons acheté des dattes Medjoul (3 euros le kilo) et des pistaches de Mossoul (5 euros) chez un vendeur qui insistait pour nous faire goûter chaque produit. À midi, nous avons déjeuné au restaurant Al-Rasheed (petite salle climatisée, murs jaune pâle), commandant du masgouf – ce poisson du Tigre grillé entier, servi avec du riz et des tomates. Le morceau était sec, franchement décevant, pour 12 euros. Le goût était là, mais préparé de façon trop basique. Mercredi matin, levés à 5 h 30 pour visiter la Mosquée Al-Kadhimain avant le rush des pèlerins. C'était notre moment marquant : l'intérieur, avec ses dômes dorés et ses carrelages bleu turquoise, nous a figés sur place. L'acoustique amplifiait les chuchotements des fidèles. L'odeur d'encens était épaisse, presque visqueuse. Une femme irakienne nous a expliqué – en arabe et avec les mains – l'importance spirituelle du lieu. Nous n'avions rien compris à ses paroles, mais le ton respectueux s'était gravé dans nos esprits. Nous avons pris un minibus vers Karbala le samedi (bus privé, compagnie Anwar Travel, 25 euros par personne pour 2 h 30 de route). Le véhicule, vieux, ronflait à chaque accélération. À Karbala, nous avons logé au Dar Al-Zain (50 euros la nuit), un petit hôtel tenu par un couple âgé qui préparait le thé à chaque visite à la chambre. Le Sanctuaire de l'Imam Hussain nous a impressionnés, mais accès restreint pour les non-musulmans – nous nous sommes arrêtés aux portes. Deuxième galère : notre guide prétendait avoir des laissez-passer, il s'avère que non. 40 euros perdus pour rien. Nous avons mangé du kebab (2 euros la portion) dans une petite gargote sans nom, assis sur des tabourets en plastique orange. La viande était bonne, goûteuse, le pain encore chaud. Le soir, température descendue à 42 °C. Nous avons visité le souk de Karbala : moins touristique que celui de Bagdad, plus aride aussi. Les vendeurs vendaient du tasbih (chapelets) et des miniatures de sanctuaires. Un enfant nous a suivis pendant une heure, vendant des cartes postales à 1 euro. Retour à Bagdad par la même route. Nous avons passé notre dernier jour au Musée National d'Irak (fermé depuis 2003, réouvert partiellement en 2015). Les collections manquent de pièces – trop volées durant les conflits. C'est surréaliste de voir les vitrines vides, avec des fiches explicatives pour des objets qui ne sont plus là. Le personnel, courtois, parlait un anglais limité mais honnête sur l'état des collections. Nos dernières nuits, nous avons resté au calme de la chambre d'hôtel, à regarder les infos locales (Al Iraqiya TV sur le vieux écran cathodique). Les routes de nuit restaient dangereuses, et nos conseillers d'hôtel insistaient : « Pas dehors après 20 h ».
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée Al-Kadhimain, Bagdad : visite avant 6 h 30 du matin pour éviter les foules et voir les dômes dorés frappés par le lever du soleil
Marché de Shorja, Bagdad : négocier les dattes et goûter les épices chez Abdo's Spices (devant l'entrée nord)
Sanctuaire de l'Imam Hussain, Karbala : impossible pour les non-musulmans d'entrer, mais la vue extérieure vaut le détour
Masgouf traditionnel au restaurant Al-Rasheed : commander la version du jour, pas la viande pré-grillée
Souk de Karbala : négocier les tasbih en lapis-lazuli, plus authentique que celui de Bagdad
Photos — Bagdad / Karbala
Et au final.
L'Irak ne nous a pas transformés. C'est un pays en reconstruction, avec des moments d'humanité sincère mêlés à des complications logistiques. La spiritualité qu'on ressent à Karbala ou Bagdad est réelle, mais le tourisme y reste une entreprise bancale. Nous avons apprécié l'hospitalité des gens, moins l'arnaquer du guide et la chaleur qui nous épuisait. À faire, oui, mais avec beaucoup de prudence et d'humilité.
