Comment ça s'est passé.
J'ai quitté Lyon le 15 mars pour Bagdad via Turkish Airlines (escale à Istanbul, 14 h total). Le vol était bon marché : 340 euros. À l'arrivée à l'aéroport international de Bagdad, vers 16 h, j'ai dû attendre deux heures pour les formalités — pas de panique, c'est normal ici. Un taxi Uber local m'a déposé à l'hôtel Al-Mansour à 19 h. Chambre simple avec clim, 45 euros la nuit. La rue sentait l'essence brûlée et les grillades de mouton des petits restaurants en face. Premiers jours à Bagdad. Le matin du 16, levé à 6 h 30 pour explorer le souk Al-Ghazi avec un guide local loué via l'agence Mesopotamia Tours (35 euros pour 4 h). Les vendeurs criaient en arabe, j'ai entendu la même intonation cinquante fois : « mister, come, come ». J'ai acheté du café turc moulu chez un épicier nommé Hassan — 2 kilos pour 8 euros. En sirotant le café à la terrasse d'un café près de la mosquée Al-Kaadhimiya, je me suis rendu compte que c'était le seul Occidental dans le rayon. Moment surréaliste, pas désagréable. Juste intense. Le 17, j'ai voulu prendre le bus public ligne 34 pour le Musée national irakien, fermé depuis 2003 et réouvert partiellement en 2015. Grosse galère : le bus n'a jamais montré son numéro, j'ai demandé trois fois. Finalement un local m'a dit que les bus ne respectaient jamais les horaires ni les routes affichées. Déçu, j'ai pris un taxi avec compteur défaillant — on a négocié 20 euros au préalable. Le musée avait gardé ses cicatrices des pillages ; les gardiens expliquaient à peine les objets. Les bas-reliefs assyriens étaient toujours là, dans une section climatisée. En sortant, j'avais une douleur à la gorge : chaleur sèche à 38 °C, l'air conditionné des musées irakiens étant agressif. Le 19, route vers Najaf (195 km au sud). J'ai loué une voiture avec chauffeur — compagnie Karkh Travel, 70 euros la journée. Le chauffeur, Raed, parlait anglais. Sur l'autoroute, cadavres de chars de 2003, toujours là. Lui, il riait en me les montrant. Arrivée à Najaf à 14 h. J'ai dormi à l'hôtel Al-Dorar (50 euros), face à la mosquée d'Or (Masjid Al-Kufa). Le muezzin chantait à 16 h 45, sa voix remplissait le bâtiment comme une seconde peau. Après la prière du Maghreb, j'ai mangé du masgouf (poisson grillé) au restaurant Al-Hana : portion énorme, 7 euros, avec du riz basmati imbibé de safran bon marché. J'ai senti le cumin et la cardamome avant de goûter. Le 20 et 21, visite du mausolée d'Ali Ibn Abi Talib. Il fallait retirer ses chaussures, louer des chaussettes blanches (1 euro) — j'avais oublié que le sol était chaud comme une poêle. Les femmes entraient par un secteur séparé. À l'intérieur, les murs brillaient d'une tuile verte et bleue hypnotisante. Des pélerins criaient des prières, certains pleuraient en touchant l'or de la structure centrale. J'ai senti un mélange de larmes, de détergent, de transpiration. Moment marquant : un enfant de cinq ans m'a souri en arabe, m'a pris la main pendant trois minutes. Sa mère riait. Je n'avais pas l'impression d'être un touriste invasif, plutôt un invité maladroit. Les trois derniers jours, retour à Bagdad. Bus de nuit compagnie al-Rafidain (22 euros). Arrêt à 2 h du matin dans une station essence où on a bu du thé tiède. J'ai terminé au souk de Moutanabi, le cœur livresque de la ville : étals de vieux livres arabes et persans entassés sous des toits de tôle. Un libraire m'a vendu un Coran du XIXe siècle (reproduction, bien sûr) pour 12 euros. C'était surtout un prétexte pour discuter pendant une heure. Aspects moins faciles Sécurité : il faut absolument rester dans les zones contrôlées et éviter les sorties après 19 h seul. Pas d'aventure solo hors des sentiers balisés.Langue : l'anglais est parlé, mais c'est à géométrie variable. Télécharger Google Translate hors ligne avant de partir.Routes : trous énormes, circulation chaotique. Prévoir extra sur les trajets.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée d'Or de Najaf (Masjid Al-Kufa) : murs en tuile verte et or, à visiter de préférence en fin d'après-midi quand la lumière les traverse.
Souk Al-Ghazi, Bagdad : voir les vendeurs de café turc frais moulu et négocier sans prise de tête, budget 10-15 euros.
Mausolée d'Ali Ibn Abi Talib : prendre des chaussettes blanches (1 euro), rester 2-3 h sur place pour sentir la charge spirituelle réelle.
Restaurant Al-Hana, Najaf : masgouf du Tigre (poisson entier grillé) pour moins de 10 euros, s'installer en terrasse en fin de journée.
Musée national irakien, Bagdad : sections sur la Mésopotamie, aller tôt le matin, compter 2-3 h, guide non-obligatoire mais utile (15 euros).
Et au final.
Bagdad et Najaf ne sont pas des destinations faciles ni confortables, et c'est aussi pour cela qu'on y va. J'ai senti une vie qui pulse sous le béton, une hospitalité franche, une histoire qu'on ne peut pas ignorer. Seul point vraiment regrettable : le manque de diversité des femmes voyageuses — on m'a fait remarquer que j'avais de la chance d'être homme.