Comment ça s'est passé.
Nous avons débarqué à l'aéroport Henri Coandă de Bucarest un mardi à 14 h 30, récupéré une Dacia vieille de douze ans chez Europcar, et roulé trois heures vers Brașov sans trop savoir à quoi nous attendre. La Roumanie, c'était flou pour nous : Dracula, des églises en bois, peut-être des loups. Spoiler : nous n'avons vu aucun loup. Le premier choc a été olfactif. En arrivant à Brașov, ville de 300 000 habitants nichée en plein cœur des Carpates, l'odeur de maïs grillé du marché central (Piața Sfatului) nous a sauté au nez. Nous avons trouvé une chambre double à l'auberge Evergreen Hostel pour 45 euros la nuit, avec petit-déj inclus et une proprio qui parlait cinq langues. Le soir même, nous avons commandé un ciorbă de burtă (soupe aux tripes) au restaurant Mehana Prichindelu : onze euros, portion énorme, goût salé et légèrement aigre qui casse les codes de ce qu'on appelle soupe ailleurs. Jour 2 : Bran et la vraie galère du tourisme de masseNous avions lu partout qu'il fallait voir le château de Bran à tout prix. Nous avons pris la route à 8 h 30, compté 45 minutes de trajet, garé la voiture sur un parking payant (2 euros) en bas de la colline. Le château lui-même : un bâtiment blanc et gris, moins impressionnant qu'on l'imagine. L'intérieur, bondé de touristes allemands et britanniques, vitrines étouffantes, audioguide à 5 euros de plus. Nous sommes sortis après 90 minutes frustrés. Le moment marquant n'était pas Dracula, mais une vieille dame assise sur un banc de pierre qui nous a vendu des cristaux de sel de source « pour la chance » — nous en avons acheté un pot juste pour discuter. Elle nous a parlé des hivers terribles où la vallée gèle complètement. La randonnée de Piatra Mare et le froid réelJour 4, nous avons loué un guide local, Mihai, via une app de trekking roumaine (environ 60 euros pour la journée). Montée à Piatra Mare, 2 558 mètres. Nous avons quitté le refuge à 6 h 15 pour le lever du soleil. À 7 h 30, la température affichait 3 degrés Celsius, une brume dense bloquait la visibilité à 20 mètres. Mihai a pointé du doigt vers ce qui aurait dû être un lac : on ne voyait rien. Il a ri, nous a donné des barres énergétiques roumaines (gustoase, sucrées à mort, 1,50 euro pièce au magasin Carrefour Express du centre), et nous avons grimpé pendant quatre heures. À midi, soleil éclatant, vue dégagée sur les Carpates, trois chaînes de montagnes en cascade. Mihai nous a expliqué comment la région avait été reprise par la forêt après l'effondrement de l'industrie forestière dans les années 90. Sibiu et la grosse arnaque du restaurantNous avons roulé vers Sibiu, 140 kilomètres au nord. Belle vieille ville, place centrale (Piața Mare) avec des galeries marchandes du XVe siècle. Nous avons choisi un restaurant trop touristique près de la place (erreur classique), commandé deux portions de mici (petites saucisses grillées) et une carafe de vin local. L'addition : 38 euros pour quatre plats. Chez les petits restaurants à côté du marché, le même repas aurait coûté 12 euros. La leçon a été rude mais immédiate : demander le prix avant de commander. Un gars du bar d'à côté nous a expliqué que « les restaurants de la Piața Mare vivent sur les touristes ». Jours 7-8 : Églises en bois et silenceNous avons loué une petite voiture supplémentaire (la Dacia commençait à faire du bruit) et exploré les églises en bois de Maramureș, au nord. Église de Bârsana avec son clocher en spirale, construite en 1720, toujours en service le dimanche. Une odeur d'encens ancien, presque rance, impregnée dans le bois depuis trois cents ans. Aucun touriste. Juste un couple âgé qui priait dans le fond. Nous avons dormi à Săpânța, petit village où vivent les peintres de croix (cruci), dans une guest-house tenue par Margareta, 68 ans, qui nous préparait le petit-déj à 7 h : pain frais du four, fromage blanc local, confiture de prune (20 euros la nuit). Le retour et les bouchons de BucarestJour 9, nous avons pris l'autobus de la compagnie FlixBus à 10 h 45 depuis la gare routière de Brașov pour revenir à Bucarest (15 euros, trajets ponctuels). Quatre heures de route avec un arrêt à un relais routier qui sentait l'huile moteur et le café instant. Bucarest a été un choc : embouteillages massifs, bruit constant, pas de charme comparé aux petites villes. En bilan, la Roumanie s'est révélée être un pays de contrastes rugueux, pas poli comme la Tchéquie ou la Hongrie. Les gens sont francs, directs, parfois rudes. Les repas sont bons mais très salés. Les paysages valent vraiment le détour une fois qu'on sort des sentiers touristiques bien balisés.
Les bons plans repérés sur place.
Château de Bran : vrai château médiéval mais bondé ; allez-y en fin d'après-midi après 16 h pour éviter les groupes
Piața Sfatului (Brașov) : marché tous les jours, maïs grillé et légumes frais, vendeurs sans arnaque si vous demandez les tarifs
Mici et tuica locales : saucisses grillées (2-3 euros en dehors des zones touristiques) et alcool blanc à 40°C, vendu au litre en bouteilles plastique
Église de Bârsana (Maramureș) : construite en 1720, bois massif, odeur d'encens centenaire, aucun touriste
Bus FlixBus Brașov-Bucarest : 15 euros, 4 heures, fiable et moins cher que la voiture
Photos — Brașov et région de Transylvanie
Et au final.
Nous ressortons enthousiasmés par les montagnes et les villages tranquilles, mais déçus par la malhonnêteté tarifaire des restaurants touristiques et le manque criant de signalisation routière bilingue. À refaire, mais avec plus de vigilance sur les prix et moins d'attentes romantiques sur Dracula.
