Comment ça s'est passé.
On a débarqué à Bucarest le 15 mars, vol Wizz Air à 6h du matin, l'estomac vide et les yeux fermés. Première galère : la navette de l'aéroport Henri Coandă coûte 2 euros mais arrive toutes les 45 minutes, on a attendu une heure sous une pluie froide qui sentait l'essence et le bétume mouillé. Le bus 783 nous a menés à Piața Obor en une heure, hyper bondé, des gens qui parlaient roumain à voix haute, des sacs à provisions qui nous écrasaient les pieds. On a passé deux jours à Bucarest avant de prendre la route pour Brașov. Première impression en descendant de l'autocar Flixbus : les façades colorées de Piața Sfatului, le clocher gothique de l'Église Noire qui émerge des toits rouges, ça m'a vraiment saisi. La température était glaciale, 4 degrés le soir, les mains qui deviennent blanches en deux minutes. On s'est installés à l'hôtel Bella Muzica, rue Poartei, chambre à 45 euros la nuit, simple mais propre, gérant un type adorable qui nous a briefé sur les crypto-arnaques à éviter en centre-ville. La route vers Brașov et ses embûchesLe trajet Bucarest-Brașov a pris 2h30 au lieu de 2h promis. On s'est arrêtés à une station-service pour acheter du pain au fromage fondu (vraiment bon, 2 euros) et du café au lait qui sentait la chicorée bon marché. Sur la route, on a croisé des villages avec des maisons jaune-orange, des chevaux de trait qui trainaient des charrettes, un paysage sorti des années 1950. À Brașov, on a flâné rue Republicii, l'avenue principale. On s'est engouffrés au restaurant Crama Sârbului pour manger de la ciorbă de burtă (soupe à tripe, 3 euros), un plat qui pique terriblement, ça m'a brûlé la gorge, mais après on sentait vraiment les épices, le carvi, le vinaigre. J'ai commandé un mici (galette de viande hachée), accompagné de maïs grillé. Le tout pour 6 euros, avec une bière locales (Ursus). L'ambiance : des couples âgés qui parlaient bas, le bruit des fourchettes, une télévision muette passant un match de foot. Découvertes et déceptionsOn a loué une voiture chez Eurocar pour trois jours, grosse galère : le gars à la réception n'avait pas bien noté le permis français, on a failli repartir sans la voiture. Dacia Sandero blanche, réservoir fumant après 10 minutes de route. On s'est dirigés vers Bran, le château « de Dracula » à 30 kilomètres. C'est vrai que le lieu est impressionnant, forteresse en pierre massive avec des tours pointues, mais l'intérieur m'a déçu : des salles avec des meubles vernis bon marché, des panneaux touristiques en anglais parfois mal traduits. Entrée : 16 euros. Ce qu'on attendait vraiment, ce qu'on n'a pas trouvé, c'est de la présence, du silence, de l'âme. Trop de selfies, trop de groupes scolaires bruyants. Le jour suivant, on a roulé jusqu'à Sibiu (100 kilomètres), route sinueuse qui traverse la forêt de Carpates. Odeur de résine de pin, des murs de sapins des deux côtés, quelques cabanes en bois. On s'est arrêtés à un petit marché routier pour des friandises locales (halva, tuica — alcool blanc à base de prune, 8 euros la bouteille). À Sibiu, Piața Mică avec ses galeries d'arcades, les façades jaunes et roses rehaussées de reliefs baroques, ça c'était beau. On a mangé là, au Hermania, un vieux restaurant servant des spécialités saxonnes : foie gras poêlé, choucroute aigre (ciorba de varza), 8 euros le plat. Moments vraisUn soir à Brașov, on s'est perdus dans les ruelles derrière Piața Sfatului. On est arrivés à un petit bar, Gasthof Zum Hirsch, une place coincée entre deux immeubles, tables dehors même avec 2 degrés la nuit. On a commandé du vin chaud (mulled wine local, 3 euros le verre) et on a parlé avec un mec de 70 ans, sculpteur à la retraite, qui nous a montré des photos de son atelier dans les années 1980. Moment suspendu, pas orchestré, juste une conversation avec un inconnu qui nous parlait de sa vie sous Ceaușescu. Ça m'a vraiment touché. Dernier jour avant de repartir : marché central de Brașov, rue Gării. Fruits et légumes, femmes qui vendaient du fromage blanc fait maison, odeur de viande grillée mélangée à celle des choux. On a acheté du fromage Brânză (4 euros les 500 grammes), des tomates ridées mais explosives de goût. On a mâché du pain paysan à la graine de courge, croustillant, saveur de miel et de levain.
Les bons plans repérés sur place.
Brașov - Piața Sfatului et le clocher de l'Église Noire : se perdre dans les ruelles adjacentes en fin d'après-midi, restaurant Crama Sârbului pour la ciorbă de burtă (3 euros)
Château de Bran : vrai château médiéval mais surpeuplé, aller tôt le matin avant 9h30 (entrée 16 euros)
Sibiu - Piazza Mică et ses galeries d'arcades : restaurant Hermania pour les spécialités saxonnes, ambiance autentique sans prise de tête
Route vers les Carpates : s'arrêter aux petits marchés routiers pour les alcools locaux et friandises, odeur de pin omniprésente
Marché central de Brașov, rue Gării : acheter du fromage Brânза frais et du pain paysan, le matin avant 10h quand c'est calme
Et au final.
La Roumanie, c'est un vrai dépaysement, loin de l'Europe de l'Ouest lissée et organisée. Les châteaux sont moins impressionnants qu'on le fantasme, les routes moins évidentes, mais les rencontres et la bouffe réelle valent le coup. Seul bémol : les tarifs touristiques qui grimpent et une certaine fatigue d'avoir à négocier à chaque fois.




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