Comment ça s'est passé.
On a décidé d'aller à Riga en janvier, ce qui s'est avéré être une erreur de calendrier. Minus 8 degrés en moyenne, les jours qui finissent à 15 h 30, et des rues quasi vides. Mais voilà : c'est justement pour ça qu'on y est allés, et ça valait le coup. Arrivée le 15 janvier par Ryanair depuis Lyon. Vol décalé de deux heures — on s'est ramassés à attendre à la porte 47B avec un café tiède de l'aéroport et deux croissants rassis. À Riga, la gare ferroviaire centrale (Rīgas Centrālā Stacija) était à 5 km de notre hôtel. On a pris le bus 22 direct, 1,15 euro le ticket. Le chauffeur a parlé uniquement en letton. Zéro anglais. Sympa pour tester son flegme. On a logé à l'Elizabeta Hotel, rue Elizabetas 49, dès le premier soir. Chambre double à 52 euros. Pas de vue, mais les murs sentaient le sapin frais et le linge repassé — une odeur qu'on retrouvera partout en Lettonie. La proprio parlait français. C'est rare. Elle nous a prévenue : « Janvier, c'est calme. Les Lettons aiment rester chez eux. » Les trois premiers jours, on a marché dans le vieux Riga (Vecā Rīga). Les façades Art nouveau de la rue Kronvalda iela sont restées bloquées dans les années 1900 — c'est incroyable. Balcons bombés, stuc blanc avec des détails verts. On est entrées dans une petite galerie au premier étage d'un immeuble, où un mec vendait des gravures anciennes de la Baltique. Il y avait juste nous et l'odeur de poussière et de bois ancien. Le feeling était presque oppressant. Jour 3, on s'est perdues. Complètement. Le GPS ne marquait pas une petite ruelle (Kungu iela) où on voulait aller pour voir une maison-musée. Résultat : 45 minutes de détour dans des zones résidentielles, avec le froid qui mordait les joues. On a croisé zéro personne. Juste des immeubles beiges avec des fenêtres noires. C'était un peu déprimant, honnêtement. Le restaurant Lido (chaîne fast-casual lettonne avec deux franchises à Riga) : on y est allées quatre fois. Les plats coûtent entre 4 et 8 euros. On a testé la pūpolu zupa (soupe aux pois à la letton) : goût intense de saindoux et de fumée, texture épaisse. Pas mauvais. Les boulettes de viande à la sauce crème (gaļa bumbas) : basique mais rassurant par 15 sous zéro. Le personnel parlait anglais, mais lentement. Les menus : en letton surtout. On a dû pointer du doigt. Jour 5, visite du château de Riga (Rīgas Pils). Entrée 10 euros. Le musée d'histoire à l'intérieur est vaste mais peu fréquenté. On s'est retrouvées seules dans une salle d'armures pendant dix minutes. Les vitrines n'avaient pas de chauffage — on les voyait à travers la buée de notre souffle. Moment surréaliste. La cathédrale (Rīgas Doms) : monumentale et froide. Les vitraux en vitrail du XVIe siècle qui font entrer une lumière jaune pâle. On s'est assises sur les bancs, gourdes, en silence. C'est là qu'on a réalisé que le silence n'était pas une absence, mais une texture de la ville. Riga en janvier, c'est silencieux. Pas de touristes qui crient, pas de musique de rue. Juste le bruit de nos pas. Jour 7, on a pris le train pour Sigulda (train 102 depuis la gare centrale, 3,50 euros, 1 h 15 de trajet). Les châteaux de Sigulda et Turaida — ruines de fortifications du Moyen Âge — étaient recouverts de givre. On a glissé deux fois. Les escaliers intérieurs n'avaient pas de rampe. À Turaida, une légende lettonne parle d'une jeune fille qui s'est sacrifiée pour sauver sa mère. On n'a pas bien compris le panneau en anglais. Mais les murs bruts et les archères donnaient une ambiance de conte noir. On s'est senties petites, vulnérables. Retour à Riga. Le soir, bar à cocktails Lido Atēnija (autre branche) pour un verre. Le barman a versé un shot de Riga Black Balaam (rhum noir local, 45%) sans qu'on le demande. Goût de réglisse et d'encre. Terrible, mais révélateur. On a payé 7 euros chacune pour un verre. On a compris qu'on était pas dans les rues touristiques. Jour 9, marché central (Centrālā Tirgus). Quatre pavillons couverts. Odeur de poisson fumé, fromage frais, pain noir. On a acheté du pain de seigle (rupjmaize) à un vendeur qui a pouffé en nous entendant dire « merci » avec un accent français. Un autre client a payé 1,20 euro pour son pain. On y a mangé de la soupe de poisson dans un petit restau cramé du pavillon. Cher (8 euros) mais honnête. Le bouillon sentait fort la fumée et le sel. Ce qu'on a moins aimé : la météo, oui, mais surtout le sentiment de fermeture. Beaucoup de restos fermaient entre 18 h et 20 h. Les gens ne souriaient pas. Les prix montaient sec dès qu'on s'écartait du centre. On a été arnaquées une fois par un taxi (15 euros pour 2 km au lieu de 6). Et puis, malgré les façades Art nouveau, la ville peut sembler vide, presque abandonnée en hiver.
Les bons plans repérés sur place.
Art nouveau de Kronvalda iela — balcons en stuc blanc détaillé, galeries d'art au premier étage
Château de Riga (Rīgas Pils) — escaliers sonores, musée vide, ambiance mélancolique
Pūpolu zupa au Lido (soupe lettonne épaisse) — moins de 5 euros, teste bien les papilles
Train pour Sigulda (3,50 euros, 1 h 15) — givre sur les ruines médiévales, paysage de conte noir
Marché central (Centrālā Tirgus) — pain de seigle frais (1,20 euro), odeur de poisson fumé intense
Photos — Riga
Et au final.
Riga, c'est beau mais froid. On a aimé l'isolement et l'architecture, mais on ne l'a pas trouvée accueillante. C'est une ville qui se livre lentement, pas un coup de cœur. À revenir en été, probablement. Là, en janvier, c'était avant tout une leçon de patience.








