Comment ça s'est passé.
Arrivée le 3 décembre à 14h30 à l'aéroport de Riga (RIX) avec airBaltic, vol FR6892. Température extérieure : -3°C, vent à décorner les boeufs. J'ai pris le bus numéro 22 jusqu'à la gare centrale (Centrālā stacija), 2 euros le ticket, trajet 20 minutes. Malaise numéro un : le chauffeur ne parlait que letton, j'ai montré mon adresse sur le téléphone, il a hoché la tête. Pas rassurant. L'hôtel Three Brothers Boutique Hotel au 19 Mazā Pils iela, dans la Vieille Ville, date du XVe siècle. Chambres minuscules mais chauffées à bloc. J'ai réservé via Booking à 95 euros la nuit. À la réception, Maria m'a expliqué en anglais que les escaliers étaient « un peu étroits ». C'est un euphémisme : on monte en crabe. Le premier soir, j'ai commandé au restaurant de l'hôtel un rupjmaizes alus (bière de seigle letton) à 2,40 euros et du pâté de foie maison servi sur pain noir croustillant. L'odeur du pain fumait encore, le goût salé et métallique de la bière était exact. Rien de mièvre. Le matin du 4 décembre, levé à 6h pour photographier la cathédrale du Dôme (Doma baznica) au lever de soleil. Zéro soleil, ciel gris anthracite. Température : -7°C. J'ai marché deux heures dans les rues de la Vieille Ville, particulièrement Kalķu iela et Šķūņu iela. Les façades Art nouveau du début du XXe siècle sont concentrées sur Alberta iela : écailles de céramique, mascarons de pierre, couleurs terracotta et vert sapin. J'ai pris un café au Rocket Bean Cafe (rue Eksporta 10a) : espresso double, 2,50 euros, servi en 45 secondes. Clientèle jeune, MacBook partout, mais pas cette mièvrerie de « troisième lieu » qu'on retrouve à Berlin. Galère numéro deux : tentative d'achat au marché central (Centrāltirgus). Trois pavillons en bois, odeur de poisson fumé et de viande crue assez écrasante. Une femme m'a vendu 400 grammes de fromage blanc letton à 3,20 euros en me disant « skaists, skaists » (beau, beau). Je n'ai pas compris si elle commentait le fromage ou ma tête. Comique involontaire. Le 5 décembre, je suis allé au musée Art Nouveau (Riga Art Nouveau Museum, rue Alberta 12) : 9 euros l'entrée. Un minuscule appartement reconstruit avec des meubles années 1900. On voit les traces de clous sur le papier peint blanc cassé, les poignées de porte en fonte. C'est humble, pas folklorique. Après, j'ai trainé à la bibliothèque nationale (Nacionālā bibliotēka), bâtiment moderne avec vue sur le Daugava, gratuit si on reste juste à l'intérieur. Acoustique parfaite, silence total, même le bruit du vent extérieur devient musique. Restaurant découverte : 3 Pavaru Restorāns (rue Elizabetes 10). Cuisine letonne revue sans chichi. J'ai mangé un ragout de champignons des bois avec légumes racines (spilgvarduks) à 12 euros et une soupe à l'orge avec queue de boeuf à 9 euros. Le bouillon avait un goût légèrement amer, presque fermenté. Pas mauvais, juste très différent de ce qu'on attend. Service lent (40 minutes pour la soupe), pas grave, pas de smartphones sur les tables. Excursion le 6 décembre à Sigulda, à 40 km : train depuis la gare centrale (Centrālā stacija), ligne Riga-Sigulda, 3,20 euros l'aller simple, durée 50 minutes. Train chauffé, vitres givrées. À Sigulda, le château de Turaida se dresse au-dessus des sapins couverts de givre blanc. Château en briques rouges du XVIIe siècle. J'ai grimpé les 28 marches du donjon (mes genoux s'en souviennent), vue sur la vallée de la Gauja, température -12°C ressentie. Une heure là-dedans, c'est le maximum. Moment crucial le 7 décembre : je me suis perdu en revenant du cimetière Rīgas Brāļu Kapi (cimetière de la liberté). Les allées ressemblent toutes à ça. 45 minutes à tourner en rond avant de retrouver la sortie. Pas de téléphone, batterie morte. J'ai croisé une femme avec un chien qui m'a indiqué la direction en me montrant simplement du doigt vers le sud. Ça marchait. Échange silencieux qui dit beaucoup sur la Lettonie : communiquer sans palabrer. Les trois derniers jours ont été plus détente : musée du Ghetto de Riga (Rīgas Geto Muzejs, rue Maskavas 19), entrée 8 euros. Exposition brutale, pas de mise en scène hollywoodienne. Témoignages en vidéo, objets cassés, rien que ça. Le silence dans les salles était pesant. Vrai recueillement.
Les bons plans repérés sur place.
Cathédrale du Dôme (Doma baznica) : voir les fresques du XVIe siècle à la lumière grise du matin, personne autour
Alberta iela et ses façades Art nouveau décorées de mascarons : prendre 2h pour marcher 200 mètres et les détailler
Bière de seigle letton (rupjmaizes alus) à 2-3 euros dans n'importe quel bar : tester le pàtinage gustatif
Château de Turaida à Sigulda : grimper le donjon l'après-midi pour la vue avant le crépuscule à 16h30
3 Pavoru Restorāns : réserver pour goûter le ragout de champignons des bois sans blablabla fusion
Photos — Riga
Et au final.
Riga en hiver, c'est pas une carte postale. C'est froid, c'est cher pour ce qu'on prend, et il faut aimer les façades grises. Mais une fois qu'on lâche prise sur les photos de rêve, les églises rutilantes et le folklore de plastique, il y a quelque chose : de la vraie vie, de l'art qu'on ne musée pas, des gens qui s'en fichent de plaire. C'est un carnet qu'on relit sans sourire béat.








