Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international de Sunan le 14 octobre à 14h30, après un vol direct de 2h45 depuis Pékin avec Air Koryo. À la douane, contrôle des bagages très serré : on nous a confisqué deux magazines français « pour vérification ». Notre guide officiel, Mme Kim, nous attendait avec un badge de couleur rouge à la main. Elle a été claire dès le départ : pas de photos des militaires, pas de sortie seule, pas de négociation sur l'itinéraire. L'hôtel Yanggakdo où nous avons dormi pendant six nuits offrait une vue étrange sur le fleuve Taedong. La chambre sentait l'humidité mélangée à un désinfectant chimique fort. Le petit déjeuner, à 6h30 précises, proposait du riz blanc, de la soupe de chou fermenté, et du pain blanc cassant. L'eau chaude manquait régulièrement entre 10h et 14h. Internet marchait deux heures par jour, 19h-21h, et il fallait partager la connexion de l'hôtel avec soixante autres touristes. Jour 2 : Mausolée et propagande muraleLe 15 octobre, lever à 5h45 pour visiter le Mausolée Kûmsusan du Soleil. Nous avons dû quitter nos téléphones à l'entrée et mettre des couvre-chaussures blanc cassé. À l'intérieur, la température était glaciale, presque 12°C même avec des pulls. Les deux cercueils sous verre contenaient les corps du Président éternel Kim Il-sung et du Président Kim Jong-il. Mme Kim a insisté pour que nous fassions une révérence. Un homme à côté de nous pleurait. Je ne savais pas si c'était sincère ou obligatoire. Le repas du midi au restaurant Okryukwan de Pyongyang (rue Sungri n°11) nous a servi la spécialité locale : soupe froide de naengmyeon, pâtes de sarrasin dans un bouillon froid qui sentait le vinaigre aigre. Coût : 2 euros environ. La viande était dure, mais on n'a pas osé se plaindre devant notre guide. Jour 4 : Moment marquant et première galèreLe 17 octobre, visite programmée au Grand Monument de Mansu. En montant les 98 marches, j'ai marché sur le pied d'une femme qui s'agenouillait. Elle a crié. Mme Kim nous a fait descendre du monument immédiatement. Elle a dit que nous « ne montrions pas assez de respect ». Moment très tendu, vingt minutes d'explications maladroites. C'était ma grosse erreur du voyage. Le soir, bus de groupe numéro Y-47, direction le cirque de Pyongyang (Théâtre de Mansudae). Les acrobaties étaient impressionnantes techniquement : une fille de neuf ans faisait des pirouettes à sept mètres de haut sans filet. L'air sentait le poussière mélangée à une odeur de peinture fraîche. Les applaudissements de la foule ? Presque silencieux, retenu. Peu de joie visible. Billet 3 euros payable en yuan chinois uniquement. Jours 5-7 : Hamhûng et l'usine textile fantômeTrajet de trois heures en minibus vers Hamhûng (ville portuaire) le 18 octobre. Route vide, paysages monotones de champs et de forêts brun-rouge. À Hamhûng, l'hôtel Changkwang était en construction. Nous avons dormi dans des lits étroits avec une seule couverture. Eau tiède, douche quatre minutes. La nourriture tournait autour de riz, légumes marinés, un peu de poisson fumé qui avait un goût métallique. Visite d'une usine textile « modèle ». Les 280 ouvrières travaillaient à la main sur d'anciens métiers à tisser. Pas un sourire. Une femme superviseur nous a montré un morceau de tissu comme on présente une médaille à un soldat. L'usine sentait la jute mouillée et l'ammoniaque. Sortie approuvée : quarante minutes exactes. Jour 8 : Retour et désenchantementVol retour le 22 octobre, 13h, depuis Sunan. À l'aéroport, on nous a demandé de remplir un formulaire d'évaluation positive du voyage. Un agent de sécurité restait assis à proximité. Pas difficile de comprendre le message.
Les bons plans repérés sur place.
Mausolée Kûmsusan du Soleil : descendre les escaliers lentement, observer l'émotion des Nord-Coréens présents
Okryukwan restaurant (rue Sungri) : commander le naengmyeon froid, goût vinaigré incomparable
Cirque Mansudae : acrobates sans filet à 7 mètres, billets à payer en yuan chinois
Monument Mansu à Pyongyang : 98 marches, très surveillé, révérences obligatoires
Route vers Hamhûng : voir les paysages agricoles depuis le minibus Y-47, l'une des rares libertés d'observation
Photos — Pyongyang
Et au final.
Huit jours qui m'ont montré un pays sous verre, où chaque sourire semble scripté et chaque détour interdit. Le système des visites de groupe et des guides officiels étouffait la curiosité. Je suis revenu sans vraiment comprendre qui sont ces gens au-delà des slogans et des uniformes.







