Comment ça s'est passé.
On a débarqué à l'aéroport de Sunan le 2 décembre à 14 h 30, après un vol Air Koryo depuis Pékin. La température affichait 3°C, un froid sec qui piquait les narines. Notre guide, Mme Kim, nous attendait avec une pancarte ; elle ne souriait pas. C'était notre premier indice que ce voyage ne serait pas comme les autres. On a été logés à l'hôtel Yanggakdo, une tour circulaire de 45 étages dominant le fleuve Taedong. La chambre 3247 sentait le désodorisant bon marché et la moquette humide. À 7 h le lendemain, alarme à la sonnerie stridente. Petit déjeuner buffet au rez-de-chaussée : soupe de nouilles tièdes, œufs durs, kimchi aigre qui restait 10 minutes sur la langue. Un plateau coûtait 15 euros, servi par une femme en uniforme gris qui ne croisa jamais nos yeux. La première galère : notre bus de la Koryo Tours n'a pas redémarré ce matin-là. On a attendu 45 minutes dans le froid, moteur qui toussait. Le chauffeur a frappé le tableau de bord deux fois, puis ça a marché. Personne n'a commenté. Mme Kim a dit « voiture fatiguée » et c'est tout. On a visité le Mausolée du Président Éternel Kim Il-sung à 9 h 15. Il faut enlever ses chaussures, marcher sur un tapis rouge qui grince. À l'intérieur, deux énormes statues dorées de Kim Il-sung et Kim Jong-il. L'air était saturé d'encens épais, presque asphyxiant, avec une odeur métallique. Les gardes restaient immobiles dans les coins. On a dû s'arrêter à exactement 2 mètres de la statue principale, faire trois révérences. J'ai eu l'impression viscérale d'être surveillé. Déjeuner à la cafétéria souterraine du Musée de la Guerre de Libération : riz aux légumes, poisson salé à l'excès, thé trop sucré. Environ 8 euros. Les portions étaient maigres. Mon compagnon a eu faim toute l'après-midi. Le 4 décembre, on a pris le bus 1 (numéro peint maladroitement) depuis la Place Kim Il-sung jusqu'au Grand Théâtre de Mansudae. Arrêt à 10 h 48 précises. Le trajet dura 22 minutes sur des routes en béton craquelé. On a croisé trois taxis noirs, aucune voiture de particulier. Beaucoup de piétons en noir ou gris foncé, marchant vite, sans parler. La Galerie Nationale d'Art Coréen nous a impressionnés malgré nous. Toiles géantes de paysages montagneux, de travailleurs aux muscles gonflés, de champs de riz dorés. Une propagande oui, mais techniquement bien exécutée. Mme Kim a expliqué chaque tableau pendant 5 minutes. On ne posait pas de questions. L'air sentait la poussière et la cire vieille. Dîner au restaurant Taedonggang le 5 décembre à 18 h 30. Ragoût de maïs, tripes bouillies qu'on n'a pas osé manger, bière Taedonggang tiède à 6 euros la bouteille. Un couple de Français était assis à la table d'à côté, silencieux, presque déprimé. Nous les avons reconnus du bus. Les deux meilleurs moments : d'abord, une balade en bateau sur le Taedong le 6 décembre, à 14 h. On a vu le pont Okryu en pierre grise, les berges où des enfants récoltaient du bois. La lumière était basse, or pâle. Mme Kim était restée au quai. Seul bref répit. Ensuite, le 7 décembre, visite du studio de cinéma de Pyongyang. On a croisé une équipe de tournage dans un couloir. Vrai moment décalé : des figurants en costumes de Japonais des années 1930, cheveux coiffés à l'ancienne, regardaient défiler des tanks en carton. Le son était horrible, synthé agressif. Aucun professionnel du cinéma occidental ne reconnaîtrait cela. Mais c'était vivant, bizarre, inattendu. On a aussi déambulé dans la Zone Résidentielle de Ryomyong, 8 décembre. Immeubles de béton blanc, 40-50 étages, tous identiques. Zéro commerce. Les fenêtres palpitaient de lumière bleutée (TV). L'odeur était celle du chauffage au charbon, piquante, pénétrante. Dernier jour, visite éclair au monument du Chollima à 11 h. Cheval géant doré, granit noir en base. Propagande pure. On en a eu marre. Le retour en train jusqu'à la gare de Pyongyang Nord, départ à 18 h 32. Sièges en bois dur. Quatre heures jusqu'à Nampo. Peu de passagers. Un homme en uniforme qui circulait sans raison apparente.
Les bons plans repérés sur place.
Mausolée de Kim Il-sung : air imprégné d'encens, obligatoire mais oppressant
Galerie Nationale d'Art Coréan rue Mansu : toiles de propagande d'une qualité technique réelle
Bateau sur le Taedong en fin d'après-midi : le seul moment où Mme Kim nous a laissé libres
Restaurant Taedonggang : essayer la bière locale, prix mesuré (6 euros)
Studio de cinéma de Pyongyang : équipes de tournage absurdes, cinéma parallèle fascinant
Photos — Pyongyang
Et au final.
Pyongyang n'est pas un endroit qu'on visite par plaisir. C'est un endroit qu'on traverse, sous surveillance, avec une dose d'inconfort constant. On a trouvé le contrôle omniprésent étouffant, la nourriture peu variée, les sourires rares. Mais on a vécu quelque chose que peu d'Occidentaux verront : l'intérieur d'une bulle hermétique. C'est un voyage qu'on ne refait pas, mais dont on parle.







