Comment ça s'est passé.
Arrivée et premiers pasNous avons décollé de Pékin le 15 mars à 14h30 sur un vol Air Koryo (compagnie nationale). L'avion, un Tupolev années 1980, sentait le gasoil et la moisissure. À l'aéroport international de Sunan, les douaniers ont confisqué nos téléphones pendant toute la durée du séjour—moment de panique réelle. Notre guide, Min-jun, 34 ans, nous attendait avec un panneau usé. Dès le minibus climatisé Hyundai blanc, j'ai remarqué les larges avenues désertes de Pyongyang et cet silence étrange, rompu seulement par des haut-parleurs diffusant de la musique d'État. Nous avons été hébergés à l'hôtel Yanggakdo Island, tour des années 1990 dominant le fleuve Taedong. Chambre 1847, sombre, radiateur brûlant (32°C en mars). Les interrupteurs de la télécommande ne fonctionnaient pas. L'eau chaude arrivait à 17h précises. Petit-déjeuner servi à 7h : oeufs durs, riz blanc, kimchi acide et corsé (vraiment fort en vinaigre). Thé vert gratuit, jamais d'eau froide. Monument et propagandeLe 16 mars, bus à 6h30 jusqu'au Monument de la Fondation du Parti des Travailleurs. 20 euros d'entrée, photo interdite. La statue de bronze haute de 22 mètres, Le Grand Leader et son fils, était entourée de soldats en uniforme gris. La température avait chuté à 8°C. Min-jun nous rappelait toutes les trois minutes les règles : ne pas toucher, ne pas rire, s'incliner légèrement. Une famille locale faisait des génuflexions. Ça m'a mis très mal à l'aise. Déjeuner au restaurant Koryo House, non loin. Karaoke d'État obligatoire en arrière-fond (les mêmes trois chansons sur boucle). Nous avons mangé du porc braisé au miso, 15 euros. Les légumes fermentés, servis en trois bols minuscules, dataient probablement de l'hiver—goût aigre dominant. Le serveur notait ce qu'on laissait dans nos assiettes. La galère de PanmunjomLe 18 mars, excursion à la Ligne de démarcation militaire, frontière avec la Corée du Sud à Panmunjom. Minibus prévu à 6h, arrivé à 7h15 (retard courant). Trois points de contrôle militaires en route. À chaque fois, soldats avec fusils, fouilles basiques. À Panmunjom, il faisait 5°C et très venteux. Vous devez rester derrière une ligne jaune peinte, les soldats nord-coréens face aux soldats sud-coréens à 50 mètres. C'est surréaliste : silence complet, juste le vent. Min-jun avait interdiction de parler de la situation politique réelle. Quand j'ai demandé combien de familles avaient des proches de l'autre côté, il a changé de sujet. La vie ordinaire—ce qu'on en voitLes promenades libres ? Inexistantes. Nous restions groupés. Le 19 mars, visite du Grand Théâtre de Pyongyang. Spectacle de danse pour touristes : costumes rouges étincelants, synchronisation militaire, zéro émotion apparente. Entrée 25 euros. Après, marché de Kwangbok, où on nous a menés rapidement. Quelques vendeurs avec fruits et légumes, prix fixes. Personne ne parlait anglais. Min-jun négociait pour nous : 2 euros la pomme (venue de Chine, molle), 1,50 euro les raisins secs. Le 20 mars, j'ai vomi toute la nuit. Eau du robinet, probablement. Pas de docteur appelé. Min-jun m'a apporté du thé chaud et des crackers rassis. Aucun pharmacien ne pouvait vendre sans ordonnance du gouvernement. Musée et réalités partialesMusée de la Guerre de libération le 21 mars. Tableaux de propagande montrant la Corée du Nord victorieuse, les Américains diaboliques. Aucun contexte historique indépendant. Une vitre sur une diorama d'une ville bombardée : odeur d'humidité et de poussière, température basse (chauffage inexistant). Les images d'archives étaient floues volontairement, supposément. Dernier jour : marche forcée au Monument à la Jeunesse, 40 minutes. Mes genoux protestaient. Dîner d'adieu restaurant d'État : nouilles de maïs, bouillon fade, tripes marinées (texture caoutchouteuse). 18 euros pour deux. Pas de choix de plat, c'était ça ou rien.
Les bons plans repérés sur place.
Monument de la Fondation du Parti (statue 22m, soldats en faction permanente)
Ligne de démarcation à Panmunjom (silence absolu, fronts à 50m l'un de l'autre)
Hôtel Yanggakdo Island (vue sur le Taedong, ascenseur souvent panne)
Restaurant Koryo House (karaoke d'État, porc braisé 15 euros)
Grand Théâtre spectacle touristique (danse synchronisée, costumes rouges, 25 euros)
Photos — Pyongyang
Et au final.
Dix jours en Corée du Nord, c'est dix jours de surveillance constante, de propagande inévitable et de gastronomie répétitive. Min-jun était bienveillant, mais les interdictions pesaient lourdement. Voir un régime totalitaire, c'est déroutant et vaguement déprimant. À ne pas refaire.








