Comment ça s'est passé.
On a débarqué à Port-au-Prince un mardi matin vers 8h30, après un vol Air Caraïbes depuis la Guadeloupe. L'aéroport Toussaint Louverture est petit, bondé, la climatisation cassée. On transpire déjà. Les formalités prennent une heure — les douaniers parlent lentement, vérifient chaque bagage. Première odeur : mélange d'essence, de fumée de charbon et de mangues mûres qui traînent près de la sortie. Nous avons réservé une chambre à l'Hôtel Oloffson, rue Christophe, en plein cœur de la capitale. C'est une demeure coloniale rose bonbon, un peu kitsch mais chargée d'histoire. La proprio, une Américaine âgée, nous raconte que Malcom X a dormi là dans les années 60. Le tarif : 85 dollars la nuit avec ventilateur et eau chaude aléatoire. Les premières 48h à Port-au-Prince sont un choc. Les rues sont encombrées de tap-tap — ces minibus colorés repeints à la main, avec des inscriptions bibliques sur les pare-chocs (« Dieu nous protège », « Jésus est roi »). On prend un tap-tap pour descendre vers le Marché de Fer, un bâtiment métallique Art nouveau construit en 1890, toujours debout malgré les tremblements de terre. Dedans : le vacarme assourdissant des vendeuses, les cris des clients, l'odeur poivrée des piments rouges et des oignons verts en vrac. Au restaurant Lambi, rue Pavée, on goûte pour la première fois du lambi — du conque — grillé avec du jus de citron, oignons et piment. C'est caoutchouteux mais bon. Comptez 250 gourdes (environ 2,50 euros). Le dîner coûte rien, on traîne sous la véranda jusqu'à 22h, regardant les motos passer avec des haut-parleurs qui crachent du kompa — la musique locale qu'on entend partout, même la nuit, même à 3h du matin d'ailleurs, ce qui devient vite chiante pour dormir. Jeudi, on loue une voiture avec chauffeur (400 dollars pour deux jours) pour rejoindre Jacmel, sur la côte sud. La route est hallucinante : 3h30 pour parcourir 45 km. Virages en épingle, routes défoncées, arrêts incessants aux barrages informels où des gamins demandent de l'argent. Notre chauffeur Clermont négocie, paye quelques gourdes. Il nous explique que la capitale manque d'essence régulièrement, que la vie est dure. À Jacmel, nous descendons à la Maison Gérard, une maison d'hôtes dans la vieille ville coloniale. Les murs sont peints en jaune vif, le prix : 70 dollars. La terrasse donne sur la rue de la Chapelle, où passe une procession de musiciens avec des tambours à 18h — juste comme ça, sans annonce. Le son résonne dans les ruelles en pierres. Jacmel ressemble à un musée oublié — balcons en fer forgé rouillé, façades décrépites mais élégantes. On mange du poisson grillé chez Florita, une petite restau sur le bord de mer, avec Prestige locale (1 dollar la bière). Le poissonnier descend de son étal, nous propose sa pêche du jour : vivaneau pour 300 gourdes le kilo. Le goût iodé, la chair blanche, c'est simple et ça marche. On a visité le musée du Chocolat, installé dans une ancienne maison, où un vieux monsieur nous a montré comment séchent les fèves de cacao dans la cour. Les murs sentaient l'humidité et le moisi — pas désagréable, juste vivant. Le samedi, on prend un bateau motorisé (60 dollars par personne, départ à 9h30 de la plage Lanmè Rèd) pour l'île à Vache. L'eau est turquoise, le sable blanc. On croise des pêcheurs qui remontent leurs filets. Une fille de 8 ans vend des coquillages 10 gourdes pièce — elle a la sourire franc des enfants haïtiens, complètement naturel. Retour à Port-au-Prince le dimanche. Grosse galère : le chauffeur nous dit qu'il y a des « problèmes » (barricades d'opposants politiques, bruit court). Il nous propose un trajet détourné par la montagne, deux heures de plus. On accepte. Route sinueuse, doublage risqué, on a flippé. Arrivée tardive. Ce jour-là, les tensions sociales m'ont vraiment frappée — le pays n'est pas stable, c'est palpable. Les trois derniers jours, on a exploré la zone du Musée du Peuple Haïtien (entrée : 100 gourdes) et mangé chez Café Terrasse — un spot avec une belle vue sur la baie, moquettes poussiéreuses mais atmosphère sympathique. On a bu du rhum Barbancourt 5 ans (excellent, 25 dollars la bouteille), écouté des musiciens de rues jouer du banjo-lawo aux carrefours.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de Fer à Port-au-Prince : le bâtiment historique en métal Art nouveau et le chaos vendeurs dedans
Jacmel, rue de la Chapelle : balcons coloniaux et musiciens de rue qui surgissent sans prévenir
Restaurant Lambi, rue Pavée : lambi grillé avec sauce citron-piment (250 gourdes, authentique)
Île à Vache en bateau motorisé : eau turquoise, petits pêcheurs, sable blanc, départ 9h30 plage Lanmè Rèd
Hôtel Oloffson, rue Christophe : demeure rose coloniale, histoire, veranda qui filme la rue, 85 dollars
Et au final.
Haïti m'a déstabilisée plus que je ne l'aurais cru. Port-au-Prince est chaotique, sale, les enjeux sociaux y sont crus. Mais Jacmel, les gens rencontrés, la bouffe et la musique m'ont touchée. Je reviendrais, mais j'y vais en sachant que c'est fragile et que faut rester prudente. C'est pas un truc folklo pour photos Instagram.