Comment ça s'est passé.
Arrivée le 14 février à 19 h 30 à l'aéroport international Toussaint Louverture. Vol Air Caraïbes depuis Fort-de-France avec 45 min de retard. Le policier à l'immigration m'a demandé un « cadeau » pour accélérer le tampon : j'ai poliment refusé et attendu 20 minutes. Première leçon : Haiti n'est pas une destination facile, mais ça se gagne. Transfert en taxi blanc (pas de compteur, négociation à 25 USD) vers Port-au-Prince centre. L'odeur d'essence brûlée mélangée aux fritures dans les petits restaurants ambulants m'a sauté à la figure dès la sortie. Entassement de motos, de camions « tap-tap » peints en bleu criard avec des versets bibliques écrits dessus. C'était violent, réel, pas une carte postale. Port-au-Prince : trois jours sous tensionLogé à l'Hôtel Montana, rue des Miracles, un établissement ancien mais tenu, avec un petit bar sur la terrasse qui dominait la ville en chaos. Petit-déjeuner haïtien le matin (riz djon-djon avec des haricots noirs, pain sucré local) : environ 150 gourdes (1,50 EUR). La cuisine me plaisait, lourde mais généreuse. Visite de la Cathédrale Métropolitaine (s'effondre depuis le séisme de 2010). Les murs fissurés racontaient une histoire de négligence politique. À côté, le Musée du Panthéon National occupait un bâtiment restauré : petite collection de reliques de l'indépendance, silencieux, presque inquiétant. Entrée : 100 gourdes. Le marché de la Croix-des-Bouquets était un cauchemar organisé : bousculades, vendeurs de faux bracelets en corail qui me suivaient à la trace, odeur de poisson fumé qui prenait à la gorge. J'ai acheté des fruits passion locaux pour 50 gourdes et c'était effectivement acidulé, sucré, bien meilleur que ce qu'on trouve à la Réunion. Moment marquant (négatif) : un enfant m'a arraché un stylo des mains, la mère l'a giflé violemment. J'ai payé un déjeuner à l'enfant au restaurant du coin (poulet grillé accompagné de tassot, 200 gourdes), mais ça n'effaçait rien. Transport urbain cauchemardesque : les tap-tap n'ont pas d'itinéraires fixes, vous descendez où vous voulez. Pris un tap-tap bleu avec « Jésus m'aime » écrit en rouge : 25 gourdes pour traverser la ville. Chauffeur klaxonnant toutes les 10 secondes, passagers collés les uns aux autres. Les trois jours à PaP m'ont épuisé : la densité, le bruit des générateurs (électricité coupée 8 h par jour), les tôles branlantes des habitations en hauteur. Pas de dépaysement romantique ici. Jacmel : respirer enfinBus à 6 h du matin depuis le terminal central (rue Fénélon) avec une compagnie locale, trajet 3 h pour 150 gourdes. Route de montagne. Arrêt obligatoire au petit marché de Petite-Rivière-de-l'Artibonite où des femmes vendaient des beignets de patate douce encore chauds (20 gourdes la portion). Le paysage devenait vert, humide. Température baisse nettement quand on monte. Jacmel, petite ville côtière de 40 000 habitants environ, avait la couleur différente : maisons coloniales pastel délabrées, rues en pente douce, bruit des vagues qui remplaçait les klaxons. Séjour à la Guest House Ti Lile (prénom du proprio : Joseph), 60 USD la nuit, petit-déjeuner inclus. Terrasse avec vue sur la baie. Joseph racontait les histoires du carnaval de Jacmel (en février) : « Les papiers-mâchés, c'est notre fierté. » Restaurant Chez Louisianne sur la plage : poisson grillé frais (dorade vraiment fraîche), accompagné de légumes sautés et riz, 250 gourdes. J'ai mangé les pieds dans le sable. Goût iodé de la mer, vent tiède. Moment où j'ai enfin respiré. Visité la plage Cyvadier au coucher du soleil vers 18 h : sable noir, eau turquoise hors de prix pour les hôtels touristiques mais libre pour les locaux. Marché de Jacmel moins agressif qu'à PaP. Femmes vendant des mangues Haïti (variété locale sucrée), de l'avocat, de l'ail frais. Acheté un petit tableau d'artisan (représentant la vie quotidienne) pour 300 gourdes. Promenade dans les ruelles de la vieille ville : bâtiments de l'époque sucrière, une certaine beauté figée dans le délabrement. Pas restauré, pas gentrifié, authentique au mauvais sens du terme : trous d'obus, électricité improvisée, animaux qui traînent. Retour à Port-au-Prince le dernier jour en minibus partagé (7 passagers, 4 h de route). Arrivée à l'aéroport 3 h avant le décollage. Vol retour sur Air Caraïbes sans incident, mais l'avion avait une odeur bizarre de climatisation et de kérosène stagnant. BilanHaiti m'a désorienté, frustré par moments. La pauvreté n'était pas folklorique mais criante. Les gens restaient accueillants malgré tout, lorsqu'on dépassait la méfiance initiale. La cuisine valait le coup. La sécurité m'a préoccupé : j'ai évité certains quartiers sur les conseils de l'hôtelier. Ce voyage n'était pas reposant, mais c'était vrai.
Les bons plans repérés sur place.
Cathédrale Métropolitaine de Port-au-Prince (rue du Centre) : bâtiment en ruines depuis 2010, libre d'accès, symbole puissant
Marché de Jacmel en fin d'après-midi : fruits tropicaux frais, moins violent qu'à PaP, stand de mangues Haïti à 30 gourdes le kilo
Plage Cyvadier à Jacmel au coucher du soleil (dès 17 h 30, soleil couché 18 h 15 en février) : sable noir, eau chaude, très peu de touristes
Restaurant Chez Louisianne à Jacmel : dorade grillée entière à 250 gourdes, terrasse directement sur la plage
Trajet en tap-tap bleu Port-au-Prince : expérience incontournable pour comprendre le transport urbain, 25 gourdes
Photos — Port-au-Prince et Jacmel
Et au final.
Haiti c'est pas un destination pour se détendre. C'est du pur, du non-filtré, des émotions brutes. J'ai adoré Jacmel et sa quiétude relative, mais Port-au-Prince m'a vidé. Je reviendrais, mais avec des attentes différentes : accepter le chaos plutôt que de le combattre.
