Comment ça s'est passé.
Levé à 5 h 30 à l'hôtel Oloffson pour attraper le minibus « Ti Kafe » à 6 h 45 direction Jacmel. Le trajet dure 2 h 30 sur la route côtière RN2, secouée mais hypnotisante : falaises rouges, petits villages avec des cabanes en tôle peinte. Pas le dépaysement hollywoodien, juste du réel brut. Le chauffeur klaxonne sans cesse, on croise des camions décorés de centaines de petites ampoules multicolores. Arrivée à Jacmel vers 9 h. Nous avons loué une chambre chez Mme Yvette, au-dessus du restaurant « Chez Didier » (rue du Quai). Prix : 25 USD la nuit, ventilo vieux mais efficace. La rue sent le feu de bois mélangé aux gaz d'échappement des motos. Sons constants : vendeurs de jus de canne qui crient les prix, musique kompas sortant des petits bars. On descend immédiatement au marché de Jacmel vers 10 h : étal de fruits de mer frais, crabes vivants empilés, poisson grillé à 150 gourdes (1,50 EUR environ). Goût salé, épices fortes. C'est fourmillant, étroit, on se sent observés mais pas menaçants. Les galères arrivent vitePremier jour : on voulait aller à la plage de Lamentin (10 km). Promesse du chauffeur de taxi : « 30 minutes ». Réalité : 1 h 15 avec des arrêts non prévus pour descendre des passagers, une panne d'essence à mi-route (le gars devait remplir avant, malentendu sur le prix convenus). Coût final : 400 gourdes (4 EUR) au lieu de 200 prévus. Plage elle-même plutôt vide, sable noir volcanique, eau à 28 °C. Pas de bar, juste un type avec une glacière qui vend du rhum Barbancourt (bon, 5 EUR). Moment où un enfant nous a proposé de faire des tresses à la plage : refusé poliment mais sentiment bizarre de culpabilité. Port-au-Prince : nous y avons passé 3 jours. Hôtel « Vacances Bureau » dans le quartier de Pétionville (le seul endroit où on se sent un peu en sécurité). Les rues sont impossibles à traverser à pied, poubelles partout, graffitis de gangs. Nous avons été arnaqués une fois à la change : 1 EUR pour 150 gourdes au lieu du taux réel (120). Leçon apprise. Ce qui vaut vraiment le coupMusée du Panthéon National Haïtien : petit, poussièreux, entrée 200 gourdes. Dedans, restes du Roi Christophe et histoires d'indépendance expliquées en trois panneaux mal traduits. L'homme au guichet, Jérôme, nous a parlé 45 minutes de la révolution de 1791 avec une passion incroyable. Moment marquant : il a dit « on était les premiers, même avant la France », les yeux qui brillaient. Ça résume un peu la fierté d'Haïti. Restaurant « Lambi Griyé » à Jacmel : homard grillé avec sauce citron, riz djon-djon, maïs moulin. Coût : 350 gourdes (3,50 EUR). Servi par une femme de 60 ans qui cuisine dans sa maison. Goût intense, authentique, pas restaurant touristique. Elle nous a donné une recette du rhum arrangé qu'on a pas fini de préparer. Plage de Cyvadier (moins connue, 8 km de Jacmel) : accès par sentier un peu pénible. Eau cristalline, coraux visibles, trois autres touristes maximum. Silence juste rompu par les vagues. Sensation rare en Haïti. Marché en plein air tous les jours de 7 h à 14 h, fruits tropicaux à prix locauxAccent français antillais qu'on comprend que dans 60 % des casInflation galopante (prix des produits touristiques vraiment gonflés, prix locaux très bas)Eau : acheter que de l'eau embouteillée (10 gourdes), l'eau du robinet n'est pas fiableDernière journée : marche dans les ruines du Fort Jacques, forteresse du XIXe siècle, vue sur la baie. Graffitis modernes sur les murs coloniaux. Contraste bizarre mais on a vraiment senti l'histoire physiquement.
Les bons plans repérés sur place.
Fort Jacques à Jacmel (ruines XVIIIe, vue sur la baie, entrée libre)
Restaurant Chez Didier, rue du Quai Jacmel (poisson grillé, 150 gourdes, terrasse sur la rue)
Minibus Ti Kafe Port-au-Prince→Jacmel route RN2 (2h30, assis à côté du chauffeur, expérience locale vraie)
Marché de Jacmel tous les matins (crevettes, fruits exotiques, prix locaux si on parle créole)
Plage de Cyvadier 8 km de Jacmel (eau transparente, accès par sentier, peu touristique)
Photos — Port-au-Prince / Jacmel
Et au final.
Haïti n'est pas une destination pour ceux qui cherchent le confort ou la sécurité sans questionnement. Nous avons rencontré des gens chaleureux, mangé remarquablement bien pour pas cher, mais aussi vécu l'insécurité réelle (pas attaque, juste tension constante en ville), les arnaquets, et une infrastructure fragile. Ce voyage m'a rappelé que je suis toujours un visiteur privilégié dans un pays où les gens navigent des défis quotidiens. Impossible de repartir sans ambivalence.
