Comment ça s'est passé.
Arrivée à 14h30 à l'aéroport Toussaint Louverture de Port-au-Prince après un vol Air Caraïbes depuis Fort-de-France. Chaos immédiat : trois chauffeurs de taxi crient mon nom, j'en choisis un au hasard. Le trajet vers l'hôtel Oloffson (rue Quai) prend deux heures au lieu de 30 minutes. Port-au-Prince se révèle écrasante, moite, bruyante. La température frôle les 33°C à 15h. Dans la voiture, odeur mélangée d'échappements diesel, de mangues trop mûres vendues par des enfants aux carrefours, et de poussière ocre qui s'infiltre par les vitres baissées. L'Oloffson me déçoit : chambre humide malgré la clim qui crisse, douche d'eau tiède. Le personnel parle français mais avec un créole dominant qui me perd. Au restaurant de l'hôtel, un lambi grillé (gros escargot de mer) coûte 450 gourdes (environ 4 euros). Goût prononcé, caoutchouteux, accompagné d'un jus de citron vert qui pique les yeux. Mauvaise nuit : bruits de klaxons jusqu'à 3h du matin, puis émeute policière deux rues plus loin vers 5h. Jour 2 : marché en fer et galerie d'art Levé à 6h45, impossible de dormir davantage. Je me risque au Marché en Fer (central, près du port). Déambulation entre 8h et 10h : vendeurs de habits usagés empilés, odeur fermentée de fruits pourrissants, bruit incessant de négociations en créole. Un vendeur de jus de canne à sucre frais me propose son breuvage orange vif : 50 gourdes. C'est sucré, vivifiant, mais j'apprends après que l'eau n'était pas filtrée. Crampes le soir même. Premier gros point négatif du voyage. Après-midi à la galerie Nader (rue du Magasin-de-l'État). Peintures naïves colorées, prix gonflés pour touristes (tableaux de 200 à 800 euros). Une conversation avec le propriétaire : Haïti ne vit que du tourisme et de la diaspora, la situation économique reste bloquée. Ses mots, pas les miens. Visite musée du Panthéon national : petit bâtiment discret, entrée 150 gourdes, fermé à 16h30 pile. Jours 3-4 : route vers Jacmel, enfin l'air marin Minibus bondé direction Jacmel (ligne Madère Transport, gare Napoléon au sud) : 5h de trajet pour 200 km. Départ à 6h30, arrivée 11h45. Trois arrêts inévitables, deux femmes qui montent avec des paniers de haricots, une crevaison qui retarde d'une heure. Le chauffeur écoute du compas à volume maximum. Jacmel : température plus douce (28°C), brume côtière, odeur d'iode et de sel qui détend enfin. Installations douche froide de la Chambre d'Hôte Jeanette (30 USD la nuit, riz et œufs compris au petit-déj, tenancière qui refuse les clients l'après-midi après 14h sans raison). Plage de Cyvadier, 3 km ouest : sable noir, eau verte-turquoise, deux mains de touristes et quelques pêcheurs locaux. Un rasta vend des brochettes de poisson pour 100 gourdes. Celui-ci était frais, grillé cinq minutes avant. Coucher de soleil à 18h15 : ciel violet-orange, silhouette de trois voiliers à l'horizon. Moment de pause. Le lendemain, plage de Plage-Neuve plus calme, accès via un chemin de 500m qui monte sec. Casquette obligatoire. Jours 5-7 : Jacmel ville, architecture en ruine Jacmel souffre : bâtiments coloniaux aux façades descellées, graffitis, pas de fluxe touristique suffisant. Maison Moulin (rue Lamarre, demeure du XIXe) : fermée « pour restauration » depuis 2019, dit un voisin. Marché Jacmel le matin : femmes vendant des ananas (60 gourdes l'unité), poissons frais sur glace, bruit de négociation féroce. Restaurant Kay Manje sert un ragoût de chèvre copieux (220 gourdes) avec du riz blanc collant. Excursion vers le Bassin Bleu le jour 6 : route très mauvaise, guide (Pierrot, 45 ans, français excellent) me raconte les mafias de la région, les hors-taxes, la raison pour laquelle les touristes ne viennent plus. Arrivée au bassin : trois petits lacs d'eau douce sous cascade. Baignade froide (env. 20°C), étouffe un peu. Retour à Jacmel épuisé, tension qui monte dans la minibus à cause d'un retard. Retour et bilan Vol retour depuis Port-au-Prince, jour 10 à 8h. Passage de 24h supplémentaires à l'hôtel, taxi qui tente de me surfacturer (+100 gourdes sur le tarif fixe : arnaque classique confirmée par un touriste allemand). Récurrence : manque de transparence commerciale, tarifs « fixes » qui ne le sont jamais pour un stranger. Haïti ressent les traces profondes de l'instabilité : insécurité palpable, infrastructures patinées, mais peuples chaleureux et résilients. Les gens rigolent malgré les défis, partagent leur manger sans calculer. J'ai adoré Jacmel, déploré Port-au-Prince.
Les bons plans repérés sur place.
Lambi grillé à l'hôtel Oloffson (rue Quai, Port-au-Prince) : goût iodé prononcé, 450 gourdes
Plage de Cyvadier près de Jacmel : sable noir, deux brochettes de poisson frais (100 gourdes), coucher de soleil sans touristes
Galerie Nader (rue du Magasin-de-l'État) : peintures naïves, conversations honnêtes avec propriétaire sur économie locale
Minibus Madère Transport vers Jacmel avec crevaison sur route : 5h chaotiques, compas à tue-tête, expérience immersive
Bassin Bleu depuis Jacmel : baignade d'eau froide (20°C), guide Pierrot qui décrypte les réalités de la région
Photos — Port-au-Prince / Jacmel
Et au final.
Haïti m'a secoué : beauté brute, peuple attachant, mais réalité économique très dure qui parasite l'expérience. Port-au-Prince restera ma plus grande déception de ce voyage, contrairement à Jacmel et ses plages discrètes. Santé gastrique compromise par une naïveté (jus d'eau non filtrée), à éviter absolument.
