Comment ça s'est passé.
Arrivée le 14 février à 11 h 45 à l'aéroport Toussaint Louverture de Port-au-Prince après un vol Spirit Airlines depuis Fort Lauderdale. Le chaos commence dès la sortie de la douane : trois vendeurs de faux taxis nous assaillent pendant que la climatisation de l'aéroport peine contre les 32 °C et l'humidité étouffante. J'ai négocié avec Monsieur Jean-Claude, chauffeur recommandé par l'hôtel, pour 25 dollars jusqu'à la Pension Méthode près de la Place de la Cathédrale. Le trajet révèle Port-au-Prince dans toute son authenticité crue : des bâtiments multicolores défigurés par le tremblement de 2010, des murs tagués de slogans politiques, des vendeurs de street-food servant du djon djon (riz rouge à base de haricots) dans des petits sachets plastique que les gens mangent debout à même la rue. La Pension Méthode, tenue par une Haïtienne de 70 ans nommée Madame Gisèle, offre des chambres basiques mais propres à 45 dollars la nuit. Le petit déjeuner comprenait du pain maïs, du fromage blanc local et du café crémeux. Le personnel parlait français et créole, ce qui a facilité les échanges. Le premier vrai moment marquant arrive le 15 février à 6 h 30, en descente vers le port de Port-au-Prince. Les pêcheurs hissaient leurs filets pleins de poissons rouges et gris ; l'odeur salée mélangée aux effluves de diesel et de poisson séché m'a rappelé que j'étais loin des cartes postales. Un enfant de huit ans, Jérémie, m'a proposé de vendre des colliers de coquillages. Je lui en ai acheté deux pour 15 gourdes (soit environ 0,15 euro). Il m'a dit qu'il ne savait pas lire. Le 17 février, nous avons pris la route pour Jacmel en minibus orange surchargé. Le trajet de trois heures et demie nous a menés à travers des routes cabossées, ponctuées d'arrêts impromptus pour prendre des passagers. Un pneu a éclaté à 20 km de Jacmel. Attente d'une heure trente sous le soleil brûlant ; la température a dépassé les 34 °C à l'ombre. Le chauffeur a changé le pneu lui-même en fredonnant du compas. À Jacmel, la ville côtière se révèle plus ordonnée, avec ses vieilles maisons coloniales peintes en rose, bleu et jaune. L'hôtel Cyvadier, niché dans la vieille ville, proposait des chambres avec vue sur la baie à 55 dollars. Le restaurant de l'établissement servait une excellente langouste grillée pour 250 gourdes (environ 2,30 euros), une affaire. Les plages autour de Jacmel nous ont séduits. Celle de Cayes-à-Mulâtre, accessible par une route en terre rouge après 45 minutes de route depuis la ville, offre du sable noir et des eaux turquoise. L'eau était tiède, presque 28 °C. Là, j'ai goûté au jus de coco frais directement dans la noix, vendu par une femme installée sous un cocotier : 20 gourdes. Le goût sucré et légèrement salé contrastait avec la fadeur des jus en bouteille. Le 19 février, visite du Fort Jacques, forteresse du 18e siècle perchée sur une falaise. Le gardien, monsieur Alphonse, m'a expliqué l'histoire en français approximatif pendant que nous grimpions les escaliers étouffants. Pas de climatisation, juste le vent de la mer qui soulageait un peu. Les galères ne manquent pas. Le 18 février, tentative d'utilisation d'un distributeur automatique près de la Place d'Armes : l'appareil avait mangé ma carte pendant dix minutes avant de me la recracher sans explication. À Jacmel, j'ai été surcharché de 100 gourdes pour une bière locale (Prestige) au bar La Terrasse en raison d'une prétendue « réservation spéciale ». Au restaurant Café Terasse, le serveur a disparu pendant quarante minutes après avoir pris notre commande. De plus, le créole haïtien diffère du créole mauricien ; comprendre les échanges locaux a demandé une adaptation permanente. Le 23 février, dernier jour à Port-au-Prince. Visite du Marché de Fer (bâtiment en fonte du 19e siècle) où les vendeurs proposent des fruits tropicaux : mangues Haïti, noix de coco, chadèques. Les odeurs se mêlaient, parfois écœurantes, entre les fruits fermentant et les essences de produits ménagers. Les prix affichés doublaient pour les touristes. Repas final au restaurant Chez Djalé, un établissement bien tenu dans le quartier de Tabarre, où j'ai mangé un excellent accras de morues accompagné d'une sauce piment redoutable pour 120 gourdes. L'avion repartait à 19 h 15 ; arrivée à l'aéroport avec deux heures d'avance.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de Fer à Port-au-Prince : impressionnant bâtiment en fer forgé, foule dense, fruits tropicaux inconnus, à éviter le midi (forte chaleur)
Plage de Cayes-à-Mulâtre : sable noir, eau limpide, jus de coco frais sous les cocotiers, accès en minibus orange depuis Jacmel
Fort Jacques à Jacmel : forteresse du 18e siècle, escaliers raides, vue panoramique sur la baie, gardien Alphonse très informatif
Pension Méthode : petit hôtel tenu par Madame Gisèle, personnel francophone, déjeuner avec café crémeux et pain maïs
Route Jacmel-Port-au-Prince en minibus : trois heures trente de trajet caoter, paysages ruraux bruts, arrêts impromptus, une vraie expérience locale
Et au final.
Haïti m'a confronté à une réalité sociale brute que les guides touristiques ne montrent pas : la pauvreté côtoie une hospitalité sincère. Jacmel vaut vraiment le détour. Port-au-Prince reste compliquée, trop chère pour le service réel, avec des tensions palpables. Je reviendrai, mais avec plus de patience.