Comment ça s'est passé.
On a débarqué à Sarajevo le 3 novembre, vol Wizz Air à 6h45, alors qu'il faisait encore nuit. Premier choc : l'air frais de novembre qui pique, mélangé à une odeur de fumée de bois provenant des poêles des maisons alentour. On a pris le bus numéro 16 depuis l'aéroport jusqu'à la gare centrale (trajet 45 minutes, 2,50 KM par personne), puis un train pour Mostar. La ligne Sarajevo-Mostar, exploitée par žst Hercegovina, traverse des paysages de montagne brûlée par l'été, parsemés de maisons aux toits rouges et de cicatrices de guerre encore visibles sur les façades des villages. Mostar nous a frappés immédiatement. Pas pour des raisons touristiques. C'est juste que l'endroit existe, vraiment, avec ses murs criblés de trous d'obus, ses graffitis des années 1990, et son Stari Most qui domine le fleuve Neretva comme une affirmation. On a loué une chambre à l'hôtel Boutique Centar, rue Onescukova 41, tenue par un couple bosniaque dont le mari parlait un français de poche. Chambre double 50 euros la nuit, petit-déjeuner compris (pain, fromage local, café turc). Le café était servi à 7h30 sans qu'on le demande. Les premiers jours : le pont et ses contrastesLe Stari Most, on l'a vu le matin du 4 novembre. On a grimpé jusqu'à 5h45 pour attraper le soleil qui se levait. Franchement, c'était gris, un peu déceptif. Le pont était vide, encombrant dans son silence. On a marché dessus plusieurs fois dans la semaine. C'est un pont en pierre du XVIe siècle détruit en 1993 et reconstruit en 2004. Les pierres conservent les marques des obus. On a mangé au restaurant Sadrvan, à deux minutes du pont, le 5 novembre. Burek (pâte feuilletée farcie à la viande hachée) 4 KM, café turc 1,50 KM, rakija maison (eau-de-vie de prune) 3 KM le verre. C'était bon, pas prétentieux, et le serveur nous a proposé un verre supplémentaire sans facturer. Galère numéro un : on a attendu le plat 45 minutes. Zéro excuse, juste un service lent. Pendant ce temps, on a discuté avec des locaux qui nous ont expliqué les années 1990 sans qu'on le demande vraiment. L'une d'elles, Amira, nous a dit « maintenant c'est mieux, mais on n'oublie pas ». La route vers Stolac et BlagajOn a loué une voiture chez Eurocars (agence près de la gare, tarif 35 euros/jour, dépôt 150 euros). Le 6 novembre, on a pris la route M14 vers le sud. Stolac d'abord, village de 4 000 habitants, peuplé de maisons ottomanes reconnaissables à leurs jardins murés. On a visité la forteresse Herceg-Stjepan, construite au XVe siècle, maintenant en ruines partielles. L'odeur de la pierre chauffée par les rayons de novembre, mélangée à la terre sèche, restait collée à nos vêtements. Blagaj, 8 kilomètres plus loin, c'est un monastère du XVIe siècle construit contre une falaise calcaire, face à une source froide qui sort de la montagne. La source est gelée à certains endroits en novembre. On a bu l'eau directement, ce qui aurait pu être une mauvaise idée mais ça s'est bien passé. Un moine nous a laissés entrer sans nous demander d'argent, juste il a dit « respuet » (respect). L'intérieur sent l'encens et l'humidité. Galère numéro deux : sur le chemin du retour vers Mostar, on s'est trompés de route. GPS défaillant, pas de réseau 4G. On a roulé une demi-heure dans la mauvaise direction avant de croiser quelqu'un qui nous a reorientés. Un homme qui parlait l'italien, c'est lui qui a sauvé la journée. Les marchés et la nourritureLe marché de Mostar (Zelena Pijaca) se tient tous les jours près de la mosquée Koski Mehmed-Pasha. On y a acheté des pommes à 1,50 KM le kilo, des noix fraîchement décortiquées, et du vin local du producteur Radna Knjiga (10 euros la bouteille). Les odeurs du marché sont fortes : ail, oignons, poisson du Neretva. C'est un endroit sans artifice, juste des gens qui vendent ce qu'ils cultivent. Les touristes y sont peu nombreux comparé aux marchés croates côté Adriatique. On a aussi goûté la sarma (chou farci à la viande, cuit lentement) au restaurant Taberna Bona Fortuna (petite ruelle derrière le pont), 7 euros le plat. C'était probablement le meilleur repas de notre voyage. La femme qui cuisinait nous a expliqué que sa mère lui avait enseigné la recette et que sa fille refusait de l'apprendre. Ce qui n'a pas fonctionnéL'authenticité qu'on cherchait, on l'a trouvée, mais aussi l'ambivalence. Le tourisme de guerre existe ici. Des guides offrent des tours des « zones de snipers » pendant les années 1990. C'est perturbant. Une femme nous a accostés pour nous proposer de visiter sa maison, disant qu'elle avait subsisté les bombardements. On a poliment refusé. La météo de novembre n'était pas celle qu'on attendait. On pensait avoir du soleil méditerranéen. On a eu du froid et de la grisaille. Les restaurants étaient moins animés que prévu, beaucoup de façades commerciales avaient l'air à moitié vides.
Les bons plans repérés sur place.
Stari Most à Mostar au lever du soleil (atteindre le sommet à 5h45, l'eau du Neretva est glacée en novembre)
Le monastère de Blagaj avec la source froide qui jaillit de la montagne (eau à goûter, monastère gratuit, moine silencieux)
Le marché Zelena Pijaca pour les noix fraîchement décortiquées et le vin local (éviter les heures de midi, y aller vers 17h)
Restaurant Sadrvan pour le burek fait maison (4 KM, 45 minutes d'attente normal, rakija gratuite en bonus)
La route M14 vers Stolac et ses forteresses du XVe siècle (louer une voiture Eurocars, 35 euros/jour, GPS peu fiable)
Et au final.
La Bosnie-Herzegovine n'est pas une destination de détente. C'est un endroit où l'histoire est écrite sur les murs et où les gens reconstituent leur vie quotidienne sur les ruines. Mostar m'a marqué précisément parce qu'on ne peut pas l'ignorer. J'aurais aimé mieux maîtriser l'histoire avant d'y aller pour vraiment comprendre les conversations.







