Comment ça s'est passé.
Nous avons débarqué à Mostar un jeudi matin après un vol Ryanair depuis Lyon via Zagreb. La gare routière centrale, près de la Place de la Paix, grouillait de taxis sans compteur qui essayaient de nous imposer 30 KM pour un trajet qui en valait 8. On a marché 800 mètres jusqu'à notre hôtel, le Kriva Cuprija, un petit établissement de 12 chambres dans la vieille ville, à 65 KM la nuit avec petit-déjeuner. Le premier jour, nous nous sommes perdus volontairement dans les ruelles du centre historique. Les balles de sniper sont encore visibles sur les façades des immeubles d'habitation, des impacts qui creusent le béton gris comme autant de petits cratères. C'était étouffant de voir ça en direct, pas une reconstitution. Le Stari Most, le vieux pont ottoman en pierre blanche, domine la rivière Neretva avec une arche parfaite. Les sauts depuis le pont coûtent 25 KM si on veut tenter le coup : des jeunes hommes en short, attendant les touristes, crient « Jump, jump ! » On n'a pas osé. L'eau en dessous est d'un vert-bleu fluorescent à cause du calcaire dissous. Nous avons mangé des ćevapi au restaurant Sadrvan en fin d'après-midi, vers 17 h. Assiette de six petites brochettes de viande hachée épicée avec pain plat et oignons rouges crus : 12 KM. Le goût était musqué, avec du poivre noir et du paprika fumé. La serveuse nous a apporté un petit verre de rakija (eau-de-vie) gratuitement. À 19 h, le muezzin de la mosquée Koski Mehmed Paša a lancé l'appel à la prière, une voix enregistrée qui rebondissait entre les murs de pierre. On était en train de boire un café au Bar Šeherezada et le son était tellement omniprésent qu'on ne pouvait pas vraiment continuer une conversation normale. Le deuxième jour, nous avons pris le minibus local pour Konjic, un trajet de 40 minutes via la compagnie Globtour (le bus départ 8 h 30, 18 KM par personne). Pas de ticket réservé, juste un appel du chauffeur « Konjic ? Konjic ? » en montant. La route longeait la rivière Neretva, avec des canyon rocheux impressionnants. À Konjic, nous avons visité les ruines de Neretva Bunker, un bunker militaire souterrain datant de la Guerre de Yougoslavie. L'humidité là-dedans était écrasante, l'odeur de moisi et de béton mouillé nous a pris à la gorge. Entrée : 10 KM. Au retour, un problème : le dernier bus pour Mostar partait à 17 h et nous n'avons pas géré nos timings. Nous avons dû négocier avec un chauffeur de taxi privé, 35 KM au lieu des 18 prévus. Frustrant. Les 36 heures suivantes ont été consacrées à une randonnée vers Blagaj et la source de la rivière Buna. Départ à 5 h 45 du parking du Stari Most avec un guide local, Dragan, qu'on avait trouvé via le camping Bijela. La température était de 8°C au départ, humidité 90 %, brouillard épais. Après 2 h 30, le soleil a brûlé le brouillard et les falaises calcaires de 200 mètres se sont dévoilées, presque blanches. À Blagaj, nous avons vu le Tekija, un petit mausolée musulman de style ottoman perché sur un rocher, surplombant un bassin d'eau souterraine couleur émeraude. Dragan nous a expliqué qu'en été l'eau remonte à 25°C, mais en avril elle était à 12°C. Un ancien de Mostar, Dragan, travaille depuis 15 ans comme guide après avoir fui la guerre dans les années 90. Il ne parlait pas de ça spontanément, mais en posant des questions il a décrit « les tireurs qui visaient depuis les collines » avec un ton neutre, comme s'il parlait de la météo. Prix de la journée : 60 KM avec pique-nique inclus. Nous avons terminé notre séjour à Mostar par une soirée au marché central. Le bazar fermait vers 20 h. Les vendeurs rangeaient les fruits rouges, les fromages locaux, les pots de miel en vrac. On a acheté des baklava chez Mevlida, la même vendeuse depuis 1987 selon sa fille. Boîte de 10 pièces : 8 KM. La pâte feuilletée était grasse au bon sens du terme, le miel coulait sur les doigts.
Les bons plans repérés sur place.
Stari Most au coucher du soleil (vers 19 h 30) : l'arche en pierre blanche devient rose saumon, les eaux turquoise de la Neretva reflètent la lumière
Marché central (Bazar) le vendredi matin avant 10 h : vendeurs de légumes frais, fromage de chèvre local (sirene), pains plats sortis du four
Restaurant Sadrvan pour les ćevapi : portion généreuse, rakija gratuite, vue sur le pont depuis la terrasse
Tekija de Blagaj et la source souterraine : eau vert-émeraude, falaises calcaires de 200 m, randonnée accessible 2 h aller-retour
Ruines du Neretva Bunker près de Konjic : passage en sous-sol, béton fissué, histoire vivante et inconfortable
Photos — Mostar
Et au final.
Mostar nous a marqués surtout par l'absence de sucre touristique. Les blessures de guerre ne sont pas gommées, elles sont là, visibles, intégrées au paysage urbain. C'était beau mais lourd. Notre seule vraie déception : le coût de certains transports quand on se trompe de timing, et une visite au musée de la Guerre qui était fermée trois jours sur notre séjour pour « travaux » (sans avertissement sur place).








