Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport international de Moroni un mardi vers 14 h 30, après un vol Air Austral depuis La Réunion. Le contrôle des passeports a pris deux heures. Deux heures. Une employée en uniforme blanc cassé me demandait sans arrêt si mon visa était « vraiment valide », alors qu'il l'était. C'était notre première galère, mais on ne savait pas que ça en était une — ça semblait juste être comment fonctionnaient les choses ici. On s'est installé à l'hôtel Galawa Beach Club, une construction de deux étages peinte en bleu délavé, face à l'océan Indien. La chambre donnait sur la plage, mais pas vraiment une vraie plage : plutôt un cordon de sable gris clair où des gamins jouaient au foot avec une balle dégonflée. Le gérant, Hassan, nous a dit que la vraie plage était à Itsandra, à vingt minutes en taxi. Il avait raison. Les premiers jours : Moroni en vraiOn a passé nos journées à marcher dans les rues étroites du centre-ville. La Grande Mosquée, avec sa façade blanche et son minaret octogonal, dominait la place du Marché Central. Vers midi, l'odeur du charbon de bois des petits restaurants de rue montait du bitume surchauffé — une odeur métallique, presque insoutenable. On a mangé au Café du Coin, un petit établissement sans vraie devanture, juste des tables en plastique. Le patron, un homme d'une soixantaine d'années avec un sourire édenté, nous a proposé du riz aux crevettes accompagné de bananes plantain frites. C'était bon. Vraiment bon. Moins de 3 euros le repas. Le marché central puait le poisson. Littéralement. Les crevettes étaient étalées sur des blocs de glace qui fondaient depuis le matin, et la plupart des vendeurs ne portaient pas de masque. Un vendeur de noix de coco râpées, un sac blanc de 10 kg, demandait 500 francs comoriens (un peu plus d'un euro). Vu que c'était notre première fois, on ne savait pas si c'était cher ou pas. On a acheté. Ç'a gâché notre journée de repérage. Karthala : la montée qui tueLe quatrième jour, on a décidé de monter le volcan Karthala. 2 361 mètres d'altitude. On s'est levés à 4 h 45 du matin pour un départ à 5 h 30 avec un guide qui s'appelait Brahim et qu'Hassan nous avait recommandé. Brahim avait trente-cinq ans, portait des Crocs, et ne parlait que le comorien et le français très approximatif. On a roulé en Renault Espace jusqu'à Moroni-Bandar, puis on a marché. Les quatre premières heures, c'était de la forêt dense, humide, avec des odeurs de terre mouillée et de feuillage pourrissant. La température était acceptable, genre 20 degrés. Ensuite, ça devient de la roche volcanique noire. Du basalte. Les derniers 800 mètres, c'est du pur effort physique sans beauté paysagère. On croise des randonneurs qui descendent, complètement crevés. À 11 h 15, on arrive au sommet. Il y a un cratère béant, des fumerolles qui montaient, et un froid sec qu'on n'attendait pas. On pouvait voir l'île Grande Comore dans son entier, puis l'océan jusqu'à l'horizon. On s'est assis sur des rochers. Brahim a sorti une bouteille de coca à température ambiante (horrible). On a mangé des biscuits. Et là, franchement, j'ai eu un moment où j'ai pensé : « Pourquoi on est venus ici ? » Pas d'émotion transcendante. Juste de la fatigue et des jambes qui brûlaient. On a redescendu en quatre heures, les genoux en compote. Brahim a demandé 50 euros. On en a donné 60 parce qu'il faisait chaud et qu'il nous portait presque. Anjouan et ses petits bonheursOn a pris le bateau de la compagnie Mwali Ferry pour Anjouan (aussi appelée Nzwani). Une traversée d'une heure, un bateau bleu et blanc qui tenait à peu près debout. Une autre heure d'attente avant le départ. Un vendeur à bord proposait du thé à la gingembre dans des petits verres en plastique pour 500 francs — c'était le meilleur thé qu'on a bu du voyage, chaud et avec un goût réel de gingembre frais. On a débarqué à Mutsamudu, le port principal. La ville s'étale sur une colline, colorée mais complètement surpeuplée. On s'est perdu en cherchant notre guesthouse, et un motard nous a arnaqués sur le prix de la course — il en demandait le double du tarif normal. Mais bon, on l'a compris seulement en parlant avec d'autres touristes après. Le gâchis est fait. Notre guesthouse était au-dessus d'un petit restaurant servant des plats locaux. Urojo, matoke, riz à la noix de coco. On y a mangé tous les soirs. La proprio, Amina, cuisinait devant nous sur un réchaud à gaz. Elle parlait français, et on a passé trois heures à discuter de ses enfants, de la vie aux Comores, de la corruption locale. C'est les moments comme ça qui méritent d'être gardés en mémoire. Retour et bilanOn a repris le ferry. On a passé nos derniers jours à Moroni à traîner au Galawa, à relire nos notes, à discuter de ce qu'on avait vu. Les Comores, c'est compliqué d'accès, pas toujours facile, avec une infrastructure touristique quasi inexistante. Mais c'est un endroit où tu parles vraiment aux gens, où tu manges ce qu'ils mangent, où tu sens qu'aucun algorithme Instagram ne t'a vendu une image préconfigurée.
Les bons plans repérés sur place.
Volcan Karthala depuis le sommet : vue sur tout l'archipel, petit matin glacé, effort surhumain mais souvenir intact
Marché Central de Moroni : odeur intense du poisson, vendeurs de fruits tropicaux, dédales de petites rues marchandes
Mutsamudu (Anjouan) : petite table à côté du port chez Amina où manger l'urojo frais et discuter trois heures avec la proprio
Itsandra Beach Club : plage tranquille avec sable blanc, à 20 minutes en taxi du centre, bar qui sert du vin blanc réfrigéré
Café du Coin à Moroni : riz aux crevettes à moins de 3 euros, cadre sans prétention, meilleure bouffe locale du séjour
Photos — Moroni
Et au final.
Les Comores, c'est pas un coup de cœur immédiat. C'est un endroit qu'on respecte parce qu'il te force à arrêter d'être un touriste et à juste exister. Cela dit, les retards, les petites arnaches, et l'instabilité politique qu'on a vaguement sentie ne facilitent pas le voyage. À recommander à ceux qui cherchent du vrai, pas à ceux qui veulent juste une plage agréable.








