Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport Juan Manuel de los Ríos de Mérida un mardi matin à 6h45. Déjà, le douanier nous a fait patienter 45 minutes sans raison, puis il a demandé un « cadeau » pour tamponner les passeports. Bienvenue. On a pris un taxi collectif (ligne blanche, environ 2 bolivares par personne) jusqu'à la Posada Montaña, un petit hôtel sur la Calle 24, pas loin de la plaza. Les draps sentaient la moisissure. Température de 18°C, étrange pour un pays tropical, mais on était à 1600 mètres d'altitude. Le lendemain, levés à 5h30 pour tenter d'accéder au Teleférico de Mérida, le plus haut et le plus long du monde dans les années 1970. C'était un rêve enfant. À 6h40, on s'est garé près de la station inférieure (Estación La Montaña). La file d'attente était déjà de cinquante personnes. À 8h15, on a appris que les câbles n'avaient pas fonctionné depuis deux ans. Arrêt, point barre. On a regretté. La déception a été brutale, pas de contournement possible. On a redescendu vers le centre-ville. On a mangé à la Arepería Los Andes, près du marché municipal. Deux arepas rellenas (fromage, viande) pour 1,50 euro. La femme qui les faisait cuisait directement sur un feu à gaz, la chaleur nous a frappés dans la figure, et l'odeur du maïs grillé était enivrante. Elle parlait très vite, accent montagnard pur. On n'a compris que la moitié de ce qu'elle disait, mais on a souri et ça a suffi. Les quatre jours suivants, on a loué une moto (250 bolivares par jour chez Miguel, un gars qui avait un atelier rue 4) pour explorer le territoire. On a roulé vers Los Llanos, la vallée plate du Venezuela. Route défoncée, genre 40 km/h de moyenne. On s'est arrêtés à Santa Elena de la Cruz, un village où on a bu du café dans un bidon chez une grand-mère assise sur sa chaise en plastique rose. Elle nous a regardés comme des extra-terrestres. Pas d'électricité régulière, elle faisait ses tortillas à la main. On a passé une heure là. Ça, c'était du temps arrêté. On a tenté de se rendre à Los Nevados, le parc national, mais on s'est perdus deux fois. Un car de transport local (Buseta Carabobo, 4 bolivares) nous a ramassés sur la route. Entassés comme des œufs, fenêtres ouvertes, une femme avec trois sacs de poulets vivants à côté de nous. Les cris des animaux, mélangés au reggaeton qui sortait du haut-parleur du chauffeur à volume maximum. C'était bruyant, un peu dingue, mais on a rigolé. On a descendus à San Javier. Au restaurant Comedor Familiar, on a eu une bandeja de caraotas y arroz (haricots noirs et riz, base vénézuélienne) pour 3 bolivares. Pas bon marché, un peu pâteux, mais généreux. On a aussi goûté la chicha, une boisson de maïs fermentée, servie tiède dans un verre en plastique trouble. Le goût était légèrement aigre, sucré, désaltérant malgré tout. La vraie galère : le jeudi, on a découvert que notre argent liquide fondait à vue d'œil (inflation quotidienne visible), et les distributeurs ATM n'étaient plus recharge au-delà de 500 bolivares par jour. On a dû demander de l'aide à la réceptionniste de la Posada, qui nous a présentée à un ami qui faisait du change au noir, dans un café. Pas agréable, un peu flou. On a eu un taux pourri mais on n'avait pas le choix. Les deux derniers jours, on s'est cantonné aux alentours immédiats. On a visité l'église La Inmaculada Concepción (datant de 1803), au centre, avec ses piliers blancs écaillés et son toit qui fuyait. Un enfant mendiait discrètement à l'entrée. On a aussi grimpé jusqu'à la Virgen del Valle (statue sur une petite colline), avec une vue sur les toits de Mérida et la montagne en arrière. On a croisé un garçon de 8 ans qui vendait des bracelets en ficelle. On en a acheté deux. Les restaurants de la place centrale (Plaza Bolívar) sont des pièges à touristes, les tarifs affichés ne correspondent jamais à la note finale. On a compris trop tard. On a préféré manger dans les petits restaurants de quartier, fréquentés par des locaux, où on n'était pas les seuls étrangers mais presque. La sécurité a été une préoccupation permanente. On ne s'est jamais vraiment détendus, on gardait les affaires serrées, on ne sortait pas après 19h, on prenait les transports conseillés. Ça a bouffé une part de l'expérience. Pas dramatique sur place, mais fatigant mentalement.
Les bons plans repérés sur place.
Arepería Los Andes (Calle 24, près du marché) : les meilleures arepas, cuites sur flamme à la commande, 1,50 euro.
Virgen del Valle (petite colline, 15 min à pied du centre) : vue sur toute la vallée au coucher, gratis.
Posada Montaña (Calle 24) : modeste mais propre-ish, patron sympa, 30 bolivares la nuit.
Santa Elena de la Cruz (village à 30 km, accessible en moto) : atmosphère figée, café fait maison chez l'habitant.
Marché municipal de Mérida (Mercado Municipal, centre-ville) : fruits, légumes, bruit, chaos organisé, commence à 6h du matin.
Photos — Mérida
Et au final.
Mérida a été un endroit compliqué, pas conformiste, où on a rencontré des gens généreux et où on a eu faim et chaud à part égale. Le téléphérique cassé, c'était dommage. Mais les petits moments—la femme des arepas, le café chez la grand-mère, les locaux qui nous ont aidés—ont grandi après coup. À revenir, probablement pas demain vu la situation, mais on n'oublie pas.








