Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport de Porlamar le 3 février à 14h30 sur un vol Avior depuis Caracas. À la descente de l'avion, l'air était étouffant, humide, avec cette odeur mélangée de gasoil et de mangue pourrie provenant des petits restaurants du terminal. On s'attendait au pire après tous les avertissements qu'on avait reçus. Franchement, ça m'angoissait. Les trois premiers jours, on a loué une jeep blanche auprès de Rent-a-Car Margarita, rue principale à Porlamar, pour 45 euros par jour. On s'est installés à l'hôtel Margarita Village, une petite structure de 12 chambres perchée sur la plage de El Agua. La proprio, Doña Carmen, une femme de 60 ans environ, nous a proposé d'emblée un prix réduit (25 dollars la nuit au lieu des 35 affichés) en voyant qu'on restait deux semaines. Elle nous a aussi conseillé d'éviter le centre de Porlamar après 19h. C'est là qu'on a compris que les rumeurs sur l'insécurité n'étaient pas que du vent. Les plages de Margarita nous ont surpris. Ce n'était pas ce que les guides en ligne promettaient. El Agua, c'était bondé le weekend avec des vendeurs de beignets de poisson qui criaient leurs prix en dollars américains. J'ai mangé deux arepa de queso fresco à 0,50 dollar chacune chez une vieille femme avec un chariot rouge rouillé. Délicieux, mais le goût salé m'a laissé une soif de trois jours. On a préféré Playa Caribe, plus à l'est : moins touristique, plus calme. L'eau était tiède, presque 28°C même en février, et on voyait les rochers granitiques en arrière-plan. Un moment où j'ai vraiment respiré. Le moment difficileÀ Porlamar, le 6 février, on a voulu changer de l'argent au distributeur de la Banco de Venezuela, avenue Igualdad. On a sorti notre carte Visa internationale. Refusée. Puis refusée encore. On a essayé trois guichets différents dans trois banques. Aucun n'acceptait les cartes étrangères. On a dû aller à la Casa de Cambio El Dólar (petite boutique avec des barreaux aux fenêtres) où un type nous a proposé un taux affligeant : 1 euro pour 2,3 bolivares officiellement, mais lui proposait 2,1. J'ai senti la panique. On a sorti les euros en cash de notre ceinture de sécurité. C'était bête comme arnaque, mais ça nous a rappelé qu'on n'était vraiment pas dans un endroit où les règles touristiques internationales s'appliquaient. Direction CanaimaLe 8 février, on s'est envolés pour Puerto Ordaz, puis on a pris un minibus de la compagnie Transporte Orinoco (45 minutes, 5 dollars) jusqu'à Canaima Lodge. On a dû prévoir cette excursion trois semaines avant en téléphonant directement au lodge ; aucun site de réservation ne fonctionnait vraiment. On a finalement réussi à les joindre via WhatsApp (Carlos, le responsable, nous a rappelés une demi-heure plus tard). Le parc, c'était autre chose. Les tepuis dominaient l'horizon, massifs et inaccessibles. On a fait la balade en canoe avec Roberto, un guide pemon de 52 ans qui parlait un français approximatif mais efficace. Il nous a menés d'abord à Cano Carao, où l'eau était d'un brun foncé, tannin-chargée, et dégageait cette odeur de terre très riche, presque minérale. Roberto nous a arrêtés près d'une rive où on voyait des traces de caïmans. Il nous a montré comment reconnaître un nid de harpy eagle, très rare. On n'en a pas vu, mais on a entendu les cris des hérons et des perroquets verts. Le silence de la jungle était impressionnant, sauf pour ces bruits de vie partout autour. On a dormi au lodge, construit en bois dur avec des toits en tôle. Dinner était une soupe de poisson local avec du plantain bouilli, très basique, à 8 dollars par personne. Un type de la cuisine, Juan, nous a dit qu'avant la crise, ils recevaient des touristes états-uniens tous les jours. Maintenant, c'était nous et une famille italienne qui avaient l'air perdus. Les derniers joursDe retour à Margarita, on s'est aventurés au Mercado de Porlamar. C'était un bâtiment blanc encrassé avec des dizaines d'étals. Les odeurs : poisson cru, moutarde épicée, mangue. Les couleurs : jaune, rouge foncé, vert. Le bruit : les cris des vendeurs en créole tonal. On a acheté des fruits qu'on ne reconnaissait pas, payés au poids. Un vendeur ambulant nous a proposé du jus frais (naranja) pressé sur place pour 0,25 dollar. C'était réellement frais, mais ça m'a laissé une pharyngite pendant deux jours. La diarrhée du voyageur n'est pas qu'un mythe. Pour nos derniers soirs, on s'est rabattus sur le restaurant Los Cocos, près du port de Porlamar, où on mangeait des crevettes grillées (camarones a la plancha) pour 12 dollars. Pas mal, mais rien de révolutionnaire. La terrasse avait une vue sur les bateaux de pêche qui rentraient au coucher du soleil. C'était un moment paisible après une semaine d'adaptation. Le 15 février, on s'est préparés pour quitter Porlamar. Vol Avior à 11h45. En attendant à l'aéroport, on a repensé à ce séjour : c'était vrai, c'était réel, mais c'était aussi très compliqué pour les voyageurs comme nous.
Les bons plans repérés sur place.
Playa Caribe, Margarita : eau tiède, moins de touristes, rochers granitiques en arrière-plan, allez le matin avant 9h
Parc National Canaima avec un guide pemon : canoé sur le Cano Carao, comptez 150 dollars pour deux avec le lodge
Mercado de Porlamar : fruits exotiques à 0,5-1 dollar, goûtez le mango negro, allez en fin d'après-midi
Restaurant Los Cocos : camarones a la plancha (12 dollars), terrasse sur le port, meilleur coucher de soleil de l'île
Casa de Cambio El Dólar : échange d'euros inévitable, mauvais taux mais fonctionne quand les banques ferment
Et au final.
Le Venezuela nous a secoués plus que prévu. Ce n'était pas du tourisme de brochure, mais de la vraie rencontre avec un pays en crise. Margarita et Canaima valaient le coup pour la géographie brute et les gens, mais les contraintes logistiques (accès à l'argent, insécurité urbaine) nous ont épuisés. Je recommande seulement si vous êtes prêts à lâcher le contrôle.