Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport de Porlamar le 3 février, vers 16 h 30. Le terminal était étonnamment désert, l'air chaud et lourd collait à la peau. Pas de vraie climatisation. On a cherché un taxi pendant 20 minutes avant de trouver Miguel, qui nous a conduits à l'Hotel Margarita Princess sur la plage de Pampatar pour 45 dollars (45 euros à peu près). Première galère : les distributeurs automatiques ne fonctionnaient pas. Zéro cash disponible les trois premiers jours. Les plages de Margarita sentent l'eau salée stagnante, mélangée à du diesel des petits bateaux. On s'est habitués. Le premier matin, levés à 5 h 30 pour voir le lever de soleil sur la baie, on a croisé un pêcheur qui vendait des arepas remplies de queso fresco et de jamón. 2 dollars pièce. C'était bon, vraiment bon. Le fromage avait cette texture granuleuse caractéristique, le jambon local moins salé qu'on ne l'aurait cru. On a pris un bus local (la ligne 1, celle qui a la banquette déchirée) jusqu'à Punta de Piedras pour visiter le sanctuaire des flamants. Trajet de 45 minutes, beaucoup trop chaud, femmes vendant des fruits découpés, enfants jouant entre les passagers. Un moment marquant : une vieille dame nous a donné sa place assise sans qu'on demande rien. On a protesté, elle a insisté en souriant. Ça m'a touché, franchement. La vie quotidienne entre pénurie et créativitéLe restaurant Casa Vieja à Porlamar servait du poisson grillé avec des plantains frits pour 8 dollars. Qualité correcte, mais on voyait bien la tension : le serveur nous a dit qu'il n'y avait pas eu de ravitaillement en fruits depuis une semaine. Les tomates du marché Central de Margarita étaient chères (2 dollars le kilo), les vendeurs expliquaient que tout venait de Colombie maintenant. La deuxième semaine, on a fait l'erreur de changer de l'argent dans une agencia de cambio près du Casino Margarita. Le taux était escroqué : 30 % au-dessous du marché noir. On s'est senti bêtes. À l'hôtel, une fille de la réception, Josefina, nous a expliqué après coup comment ça marchait vraiment. Elle vivait avec sa mère et trois cousins dans un petit appartement de Chichinivire, à 20 km. Elle prenait le bus de 6 h pour arriver à 7 h 15. Salaire : l'équivalent de 50 dollars par mois. Quand je lui ai offert un café au bar de l'hôtel, elle a refusé poliment. Trop cher pour elle. Les soirées : on allait au Café del Mar à Pampatar, qui servait une bière locale (Polar) à 3 dollars. Ambiance tranquille, peu de touristes. Un soir, un groupe de musiciens jouait du cuatro (instrument local, four cordes). Le son était strident, parfois faux, mais l'énergie était là. Les gens dansaient sans vraiment se lâcher. On sentait une forme de lassitude collective. Ce qu'on a moins aiméL'eau manquait plusieurs fois par jour. À l'hôtel, les réservoirs étaient bas. On a dû remplir nos bidons à la fontaine du jardin certains matins. La sécurité aussi était préoccupante : impossible de circuler librement après 18 h. Notre hôte avait conseillé de rester près de Pampatar. Pas d'excursions vers l'intérieur de l'île. On a senti une forme de prison dorée, même si les gens étaient généralement accueillants. Les routes étaient mal entretenues. Le bus s'est arrêté deux fois pour des problèmes mécaniques. Une fois, 45 minutes en plein soleil, moteur à l'arrêt. Pas de climatisation de secours. Un homme s'est endormi sur notre épaule. On a ri nerveusement. Malgré les difficultés, on a compris quelque chose : les Vénézuéliens qu'on a rencontrés gardaient un équilibre fragile entre réalité brutale et forme d'humour résigné. Josefina chantonnait en travaillant. Miguel, notre chauffeur, blaguait sur sa vieille Chevrolet Spark noire de 2009 qui tenait par la volonté divine. Ça m'a marqué, cette capacité à continuer.
Les bons plans repérés sur place.
Plage de Pampatar au lever du soleil (5 h 30) — peu de monde, eau calme, vendeurs d'arepas à queso fresco
Marché Central de Margarita — fruits locaux, vendeurs volubiles, charivari des voix (prix à négocier)
Bus ligne 1 jusqu'à Punta de Piedras — expérience locale vraie, pas aseptisée (trajet 45 min, 1 dollar)
Restaurant Casa Vieja à Porlamar — poisson grillé à 8 dollars, vue sur la baie, service sincère
Café del Mar en soirée — musiciens au cuatro, Polar à 3 dollars, ambiance locale authentique
Photos — Isla de Margarita
Et au final.
Margarita n'est pas une destination pour le tourisme classique en ce moment. Les pénuries, l'insécurité et les défaillances de l'infrastructure sont bien réelles. Mais les gens nous ont reçus avec une bienveillance qu'on n'attendait pas. C'est un carnet de voyage compliqué à écrire : magnifique et difficile en même temps.








