Comment ça s'est passé.
Nous sommes arrivés à l'aéroport international E.T. Joshua un mardi matin vers 7 h 30. Le contrôle des passeports a trainé quarante-cinq minutes — une dame avant nous se disputait sur le montant de sa taxe de sortie. Le taxi jaune qui nous a pris au comptoir officiel (25 dollars EC aller) sentait le désinfectant bon marché et le vieux cuir. En roulant vers Kingstown, capitale de Saint Vincent, j'ai compris que nous n'étions pas dans une destination « touristique » au sens lisse du terme. Notre hôtel, le Cobblestone Inn, est situé en plein cœur du centre-ville, rue Bay Street. Chambre exiguë, clim bruyante, mais les propriétaires se sont montrés honnêtes sur les tarifs (65 dollars US la nuit). Le petit déjeuner au rez-de-chaussée — œufs locaux, pain de mie, café instantané — était servi à 7 h précises. Nous avons mangé là chaque matin sauf un samedi où nous nous sommes levés à 9 h et tout était déjà rangé. Les galères du quotidien et les surprisesLe bus pour Bequia partait du terminal de Kingstown à 10 h 45. Nous avions acheté les tickets la veille à la gare routière principale (un bâtiment délabré en béton gris) : 6 dollars EC par personne. Le bus, immatriculé SVG 2847, s'est présenté quarante minutes en retard. Un homme à côté de moi m'a dit en créole qu'il fallait « apprendre la patience ici ». L'odeur de moteur diesel m'a poursuivie pendant tout le trajet de deux heures. Arrivée à Bequia, nous avons découvert que notre mini-bus n'existait qu'à l'état de brouillon — le gérant du Bequia Beach Hotel avait oublié d'en confirmer une réservation faite par mail trois semaines avant. Nous avons dû appeler depuis le port, marcher une heure avec les bagages jusqu'à trouver une chambre au Princess Beach Resort. Pas dramatique, mais frustrant. Kingstown elle-même n'est pas un décor de carte postale. Les rues sont congestionnées, les ordures s'accumulent au coin de Market Street près du marché central (qui vaut le coup : fruits frais, épices à prix imbattables). Nous y avons acheté des avocats à 1 dollar EC, du calalou (épinards locaux) à 2 dollars, du pain d'épice à la noix de coco à 3 dollars. Le samedi, nous nous sommes assis au Fort Charlotte, en hauteur, avec vue sur Kingstown et le port. La forteresse date de 1806, les murs sont rongés, c'est un peu tristounet, mais on comprend la stratégie militaire. Entrée libre. Les îles : Bequia et MustiqueBequia a changé notre perception du voyage. Nous avons loué un bateau-taxi pour Princess Margaret Beach (15 dollars EC par personne). Cette plage, au nord de l'île, est presque vide en novembre — trois cabanes de pêcheurs, deux vendeurs de poisson grillé. Nous avons mangé un mahi-mahi grillé dans une assiette en polystyrène, avec riz et sauce créole (7 dollars EC). L'odeur salée de l'océan mélangée à la fumée du charbon de bois est restée sur nos vêtements pendant trois jours. Le moment marquant : un enfant d'environ huit ans nous a interpellés en anglais impeccable pour nous vendre des coquillages. Sa grand-mère l'a rappelé, elle semblait gênée. Nous avons quand même acheté trois coquillages à 10 dollars EC. Mustique, c'est différent. Ferry à 11 dollars EC (bateau SVG Ferry Company, départ du port de Kingstown à 9 h). Une île plus fermée, plus riche, plus silencieuse. Nous avons loué des vélos (15 dollars US pour deux heures) pour explorer. La plage de Macaroni Beach est fine, très blanche, l'eau tiède vers 10 h du matin. Nous avons pris un verre au Basil's Bar vers 15 h — un rhum punch à 12 dollars EC, sucré et agressif. Basil's existe depuis 1974, c'est le lieu où les propriétaires de yacht passent l'après-midi. Musique reggae en boucle, ambiance détachée. Nourriture et vie quotidienneEn douze jours, nous avons découvert que manger à Saint Vincent demande de l'adaptation. Le restaurant Trou Michel (rue Granby Street, Kingstown) propose un roti de poulet à 12 dollars EC — généreux, épicé, authentique. Nous avons dîné là trois fois. Le Cricket Bar, en face du stade, sent la bière tiède et les frites de plantain. Prix corrects, pas de fioriture. Nous avons raté une fête locale un vendredi soir, le barman nous a dit qu'on aurait pu « danser avec les vraies personnes du coin » — on a regretté. L'eau de Kingstown est à 28 °C en novembre, mais le vent souffle du nord-est. Aucun jour sans nuages, mais pas de grosse pluie. Les gens parlent créole entre eux, anglais avec les touristes. À Kingstown, l'ambiance est affairée, un peu bruyante, les klaxons omniprésents. Zéro sensation de « détente tropicale ».
Les bons plans repérés sur place.
Princess Margaret Beach à Bequia : plage quasiment vierge, poisson grillé à 7 dollars EC, coucher de soleil seul
Fort Charlotte, Kingstown : forteresse de 1806, vue sur le port, gratuit, à faire le matin pour éviter la chaleur
Marché central de Kingstown (Market Street) : calalou frais, pain d'épice à la noix de coco, le cœur pulsatile de la vie locale
Basil's Bar à Mustique : bar depuis 1974, rhum punch à 12 dollars EC, client à maillot à 2 millions de dollars
Trou Michel (rue Granby, Kingstown) : roti poulet à 12 dollars EC, le meilleur rapport qualité-prix de la capitale
Photos — Kingstown, Saint Vincent
Et au final.
Saint Vincent nous a plu parce que c'était vrai, sans maquillage. Kingstown est loin d'être un rêve, mais les îles compensent. À refaire avec plus de temps pour explorer Union Island et les Tobago Cays. La principale déception : le service erratique et l'infrastructure touristique minimale. Prévoir deux fois plus de temps qu'on ne le croit pour se déplacer.
