Comment ça s'est passé.
On arrive à l'aéroport de Kingstown (A.F. Hughes Airport) un mardi vers 14h30. Pas de tapis roulant pour les valises : elles arrivent dans une charrette poussée à la main par deux douaniers qui discutent tranquillement. Aucun stress. C'est le premier signal. Saint Vincent, c'est pas du tout le rythme des Caraïbes « touristiques ». On s'installe à la guesthouse Beachcombers Hotel sur la promenade en bord de mer, à Kingstown. Chambre avec clim' qui fait un bruit d'avion diesel, mais on s'y fait. La proprio, Claudette, nous recommande d'essayer le Basil's Bar & Restaurant le soir même. On y va à pied (15 minutes depuis l'hôtel). La rue sent l'humidité tropicale mélangée aux gaz d'échappement des vieux minibus colorés qui klaxonnent sans arrêt. Dedans, le rhum local (Sunset rum, environ 2,50 euros le verre) coule à flots. On commande un calaloo soup (5 euros) et du poisson frit avec de la salade de banane verte. C'est lourd, savoureux, un peu trop salé. Un homme à la table d'à côté raconte sa vie en trois verres. L'ambiance est chaleureuse sans être forcée. Mercredi, on prend le ferry pour Bequia à 9h depuis le port de Kingstown. Le trajet dure 45 minutes avec la compagnie Bequia Express (12 euros par personne, aller simple). Il y a au moins 60 personnes dans ce ferry qui semble avoir été construit dans les années 1980. Deux femmes emmènent des seaux de poisson, une autre son petit-fils. Le moteur fait un bruit grave qui vous rentre dans le ventre. Arrive à Bequia : c'est vraiment petit. On descend à Port Elizabeth Beach. Le sable est blanc cassé, pas blanc pur. L'eau est tiède, presque 28 degrés. On trouve une chambre chez Tropical Hotel (40 euros la nuit), où la proprio nous prête des vélos rouillés pour explorer l'île. Le lendemain matin, on se lève à 5h30 pour voir le coucher du soleil. Oui, on était complètement décalés. En attendant, on prend un café amer au Chill Spot Café qui ouvre à 6h. L'odeur des œufs qui cuisent sur un petit réchaud à gaz se mélange aux embruns salins. C'est un moment agréable, tranquille, avant que la plage ne soit envahie. Vers 7h, on croise une tortue verte qui remonte la plage. On n'en revient pas. Elle disparaît entre les rochers. Personne d'autre n'a l'air de s'en soucier. Vendredi : on essaie de prendre un ferry pour Mustique. Le départ était prévu à 10h. À 9h50, on apprend que le bateau a un problème moteur. On attend. On attend. À 11h30, le capitaine nous dit que c'est pas possible avant lundi. Grosse déception. On repasse la journée à Bequia. On mange des roti au curry de chèvre au marché de Port Elizabeth (4 euros), c'est sec et copieux. On s'endort sur la plage avec un sentiment bizarre : pas fâchés, juste frustrés. On retourne à Kingstown samedi. Le ferry est à nouveau complet, mais cette fois ça roule sans problème. On visite le Botanical Gardens, un jardin quasi-désert avec des plantes tropicales un peu abandonné (accès libre, mais il n'y a pas grand-chose à voir). On passe par le St. George's Cathedral, une belle église en pierre noire aux alentours de 1820. Le guide local nous dit que c'est le seul bâtiment en pierre du coin. Ça semble crédible vu que tout le reste est en béton ou en bois pourri. On dépense nos derniers euros pour dîner chez The Lagoon Restaurant : poisson-lion en croûte de sel (15 euros), gratin de callaloo, rhum arrangé à la cannelle. C'est excellent. Le serveur, Errol, nous raconte qu'il travaille ici depuis 22 ans et qu'il a vu l'île changer sans vraiment changer. « Ça reste laid mais ça reste chez nous », dit-il en riant.
Les bons plans repérés sur place.
Basil's Bar & Restaurant à Kingstown : le lieu de rencontre local, rhum à 2,50 euros
Bequia Express ferry depuis le port de Kingstown : 45 minutes, 12 euros, vraiment local
Port Elizabeth Beach sur Bequia : petit, blanc cassé, eau tiède, pas de touristes
Marché de Port Elizabeth : roti au curry de chèvre pour 4 euros, direct sur le port
The Lagoon Restaurant : poisson-lion en croûte de sel exceptionnel, 15 euros
Photos — Kingstown, Bequia, Mustique
Et au final.
Saint Vincent nous a pris à l'usure. Pas de grandes révélations, mais une connexion lente mais réelle avec les gens, la nourriture, le rythme. Le manque de fiabilité des transports (ce ferry qui n'a jamais quitté le port) a cassé un peu notre euphorie finale. On aurait aimé voir Mustique vraiment. Mais on repartirait, surtout pour Bequia.
