Comment ça s'est passé.
On arrive à Istanbul par le vol Turkish Airlines TK1854, tard le soir. L'aéroport Atatürk est bondé, les files d'attente aux douanes s'étirent sur 45 minutes. Un flic nous demande le motif de la visite avec insistance — je dis « tourisme », il me passe quand même un tract sur les zones dangereuses. Bon début. On loge à l'hôtel Cheers Hostel, dans le quartier de Sultanahmet, à deux pas de la Basilique-Citerne. Chambre double basique, 35 euros la nuit. Le patron, Mehmet, parle français avec un accent lourd et nous conseille d'emblée : « Évitez les taxis jaunes seuls, montez en groupe. » La première nuit, on dort mal — les appels à la prière du minaret de la Mosquée Bleue commencent à 4h45, on n'était pas habitués à ce son qui résonne dans les rues encore sombres. Le lendemain, levés à 6h pour voir la Basilique-Citerne avant la foule. On descend les 52 marches : c'est humide, glacial (14°C ressentis), ça sent le moisi et l'eau stagnante. Les colonnes se reflètent dans l'eau noire. Les deux têtes de Méduse à la base d'une colonne — on les trouve flippantes, honnêtement. Entrée : 30 livres turques (1 euro). Pas fou comme tarif. Après, on traîne au Marché aux Épices de Galata. Ça pue le curcuma, la poudre de sumac, le safran qui sort des petits tas de couleur. Les vendeurs crient « Heyyyy, bro ! Come in ! » tous les deux mètres. On goûte du Lokum (pâte de fruit gélatineuse), on achète du thé à la rose pour 45 livres. On vole à la dégustation discrètement — un moment où la bonne affaire croise la malhonnêteté. Déjeuner au restaurant Balıkçı Sabahattin, une petite adresse trouvée sur les forums. Seabass grillé, salade coban avec tomates et concombre, verre de Raki blanc (pastis local) : 80 livres. Le poisson encore chaud, grillé devant nous. C'est vraiment bon. On s'assied sous une tonnelle avec des touristes allemands qui nous expliquent que les prix ont explosé en deux ans. Le troisième jour, visite de la Mosquée Bleue (Sultanahmet) à 9h. Chaussures enlevées, pieds froids sur le marbre bleu et blanc. Le muezzin commence à chanter pendant qu'on est dedans — c'est surréaliste comme moment. Les vitraux bleus cascadent la lumière. 10 livres l'entrée. On voit des touristes qui font des selfies au mauvais endroit — les fidèles les fixent droit dans les yeux. Malaise social assuré. Puis on prend le bus n°28 (ligne classique, 2,60 livres) jusqu'au quartier de Balat. C'est gentrifiée, les cafés branchés ont des noms anglais, les street-artistes peuplent les murs. Pas le vrai Istanbul populaire qu'on espérait. On se sent un peu bêtes. Vol intérieur Turkish Airlines TK2016 pour Kayseri (4h, 95 euros par personne). De là, minibus (dolmuş) jusqu'à Göreme en Cappadoce : 1h30, route de montagne étroite, chauffeur qui klaxonne dans les virages. On arrive à l'hôtel Cappadocia Mansion, petit établissement familial, chambre troglodyte taillée dans la roche. Incroyable comme ressenti — on rentre littéralement dans la montagne, les murs sont frais, le plafond bosselé. 40 euros la nuit. À 5h du matin, on se lève pour la montgolfière. Ballon Cappadocia est la grosse boîte du coin. Petit déjeuner sec dans un bureau mal éclairé, puis embarcation dans une jeep qui monte vers le site. Le décollage : les brûleurs crachent du feu (on sent la chaleur qui monte d'un coup), c'est bruyant, impressionnant. Une heure à survoler les cheminées de fée rose et ocre. Le silence une fois en l'air est dingue — juste le son du vent et les respirations. Fin du vol à Pashaba Valley avec du champagne pétillant et des cerises. 150 euros par personne. Dîner au restaurant Göreme Kitchen : manti (pâtes farcies) et tarte aux épinards (gözleme), pain frais. 45 livres. On voit des groupes de Russes qui fêtent l'anniversaire de quelqu'un. Ambiance bon enfant. Derniers jours consacrés à la randonnée dans les vallées — on perd le sentier dans Rose Valley, on demande à trois bergers avant de remonter au village. Les pieds déchirés, c'est pas drôle. Mais on croise un couple de Français qui nous propose d'aller boire du çay (thé) chez eux. Ils habitent là depuis 7 ans. On passe deux heures dans une maison creusée, ils nous racontent leurs embrouilles avec l'administration locale. Ça devient copain. Retour à Istanbul : bus de nuit (FlixBus, 14h, 40 euros). On ne dort pas du tout, dos écrasé, trois toilettes pour 50 personnes. Arrivée à 7h, on traîne à l'aéroport en attendant le vol de départ. Douches dans un lounge payant, 5 euros.
Les bons plans repérés sur place.
Basilique-Citerne de Galata : descendez tôt (7h) avant les groupes, apportez un pull, c'est humide et froid
Balıkçı Sabahattin, restaurant de poisson près de l'université de Mimar Sinan : seabass à 80 livres, terrasse calme
Montgolfière Ballon Cappadocia : réservez la veille minimum, emportez une couche de plus, décollage à 5h45
Vallée rose de Göreme : randonnée 3h le matin, partez de bonne heure, apportez 2L d'eau, chemins mal balisés
Marché aux épices de Galata : allez sans argent liquide en poche pour pas craquer, senteur de sumac inoubliable
Et au final.
Istanbul nous a pressurés d'arrivée — trop touristique, prix gonflés, nervosité latente. La Cappadoce, elle, on l'a vraiment appreciée, même si c'est devenu un peu parc d'attractions avec les montgolfières. À refaire ? Oui, mais on éviterait juillet-août et on resterait deux semaines, juste en Cappadoce.