Comment ça s'est passé.
On a débarqué à Istanbul un jeudi soir, vol Turkish Airlines TK64 depuis Paris. Fatigue du décalage, jet-lag immédiat. Le taxi depuis l'aéroport Atatürk coûte 40 livres turques (environ 7 euros), ce qu'on a payé sans trop rechigner, mais le chauffeur a pris un détour clair pour gonfler la course. Les premiers 5 km de la ville sont des banlieues grises, rien de spécial. Notre hôtel, le Cheers Hostel à Sultanahmet, était basique mais bien situé. 35 euros la nuit pour une chambre privée. Dès le matin, levés à 5 h 30 pour la Mosquée Bleue. L'appel à la prière avant l'aube résonne entre les murs bleus des faïences – c'est un son grave, presque hypnotisant, qu'on n'oublie pas. La lumière orange de l'aurore traverse les vitraux. Pas d'autres touristes à cette heure. Ensuite, direction la Basilique Sainte-Sophie, juste à côté. 900 ans d'histoire compressés dans une coupole massive. On a un peu regretté qu'elle soit devenue mosquée en 2020 – des cordes délimitent les zones, moins de liberté de mouvement. Le mercredi, on a pris le métro ligne M1 depuis Sultanahmet jusqu'à Taksim (5 livres le ticket). Nous avons dîné au restaurant Ara Kafe, une adresse locale sur la rue Istiklal. Menu fixe à 120 livres turques (environ 12 euros) : meze variés, kebab d'agneau servi avec un pain blanc moelleux, compote de prune acide et sucrée. C'était vraiment bon. L'odeur du charbon de bois qui grille le viande flottait partout dans la salle. Des murs en brique rouge brut, pas de murs climatisé – ça fait transpirer, mais c'est honnête. Première galère : on a été arnaqués au Grand Bazar. Un vendeur de carpet nous a présenté un tapis comme une « pure laine Anatolia fait à la main ». On a négocié de 1200 à 450 livres turques. En revenant à l'hôtel, on a appris auprès d'une fille qui bossait là qu'au moins 30 % des tapis vendus là-bas sont traités chimiquement, pas d'origine affichée. Déception. Nous avons gardé le tapis quand même, mais sans illusion. Le samedi, trajet Istanbul-Cappadoce en avion Pegasus Airlines (compagnie low-cost locale, 89 euros par personne). Vol court, 1 h 15, mais l'avion était plein et bruyant. Arrivée à Kayseri à 10 h 45, puis navette en minibus jusqu'à Göreme (90 km, 2 h 30, 25 euros). Le paysage change brutalement : des « cheminées de fée » en tuf volcanique, ocre et rose selon la lumière. C'est une géologie surréaliste, façonnée par l'érosion depuis des millénaires. On a logé au Old Cave House Hotel à Göreme. 45 euros la nuit, c'est une vraie cave du XIe siècle convertie en chambre d'hôte. Murs en pierre brute, fraicheur constante (16-18°C même en journée). Le propriétaire, Mehmet, cuisinait le testi kebab – un plat en céramique qu'on casse avec le manche du couteau quand on le pose à table. Odeur d'épices : safran, paprika, cannelle. Mehmet affichait des photos de tourists de 30 ans en arrière sur les murs. Il nous a parlé de la déprise – jeunes qui partent à Istanbul ou à l'étranger, villages qui se vident. Dimanche matin, randonnée Rose Valley à 6 h 30, guide local Hassan. On a croisé des pigeons dans les grottes troglodytiques – des bruits d'ailes secs qui résonnent contre la pierre. Hassan nous a montré les traces de fresques byzantines, beaucoup effacées. Un moment où on s'est vraiment arrêtés : la vallée rose baignée par le soleil levant, zéro touriste à cette heure, juste des roches, du silence et Hassan qui parlait de son grand-père qui vivait dans ces grottes. Quelque chose a clické. Pas une « magie », juste du vrai, une continuité humaine dans le minéral. Le soir, nous avons regardé les montgolfières décollaient. Activité touristique majeure (200 euros par personne), on a skip. Trop cher, et le ciel était couvert. Mauvais timing météo. Dernier jour à Istanbul, retour par vol Pegasus (même tarif). On a mangé une soupe de lentilles rouges (mercimek çorbası) à la gare d'Aksaray avant de partir – 8 livres turques le bol, encore chaud, légèrement salée et huileuse. Petit geste qui ramène à la terre.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée Bleue à 5 h 30 du matin – appel à la prière avant l'aube, vitraux orange sur les faïences bleues
Restaurant Ara Kafe rue Istiklal à Istanbul – menu fixe 12 euros, kebab agneau et meze, pain blanc moelleux
Randonnée Rose Valley au lever du soleil depuis Göreme – vallée déserte, fresques byzantines fantômes, guide Hassan racontant ses racines
Old Cave House Hotel à Göreme – chambre dans une vraie grotte du XIe siècle, 45 euros, fraicheur constante
Grand Bazar – à contourner ou y aller avec méfiance, négociation obligatoire, qualité aléatoire sur les tapis
Photos — Istanbul / Cappadoce
Et au final.
La Turquie, c'est deux mondes : Istanbul nous a surcharges (trop de tourisme, arnaquerie au rendez-vous, métro bondé), mais Cappadoce nous a remis en place avec ses paysages nus et ses gens qui font la paix avec la solitude. On reviendrait, mais moins longtemps à Istanbul, plus en Anatolie.
