Comment ça s'est passé.
On a débarqué à l'aéroport Maurice-Bishop de Saint-Georges un dimanche matin à 6 h 30, les jambes molles après 8 heures de vol Air Canada. Le taxi collectif (van bleu délavé, 10 dollars EC jusqu'au centre-ville) nous a balancés sur la Lagoon Road en slalomant entre les nids-de-poule. Odeur de gaz d'échappement mélangée à celle des mangues pourries sur le bord de la route. Première galère : le chauffeur a prétendu que l'hôtel réservé n'existait plus. Bluff. On a insisté et il nous a déposés au Tropicana Hotel (Grand Anse, 85 dollars EC la nuit), un trois-étages coloré en rose bonbon avec vue partielle sur la baie. Les deux premiers jours, on a exploré Saint-Georges à pied. La Sendall Tunnel, ce tunnel routier des années 1930, traverse la péninsule et débouche sur une petite plage coincée entre des bâtiments coloniaux pelés. Le mur de pierre suinte l'humidité. On a croisé des enfants qui vendaient des noix de coco pelées (2 dollars EC pièce) directement à la machette. Le goût sucré, presque laiteux, cassait la chaleur moite de 32°C. Le marché de Spice Market (ouvert lundi-vendredi, 7 h-17 h) était une torture olfactive : noix de muscade, clou de girofle, cannelle en vrac étalés sur des tables en bois. Une vendeuse nous a enfourné un échantillon de muscade râpée sous le nez. Surpuissant. Elle voulait 15 dollars EC le kilo. On a négocié, atterri à 12. Le moment marquant : mercredi, on s'est levés à 5 h pour monter au Grenada Chocolate Company (située à Saint-John, 45 minutes de route en minibus public ligne 5, 2 dollars EC). L'usine artisanale fabrique du chocolat from bean to bar. Le responsable, Daniel, nous a montré les fèves de cacao en fermentation (odeur acidulée, presque vineuse, qui prend à la gorge). Il nous a donné une tablette encore tiède directement sortie du moulage. 78 % de cacao, goût boisé avec des notes de miel. À 8 dollars EC, c'était le meilleur chocolat de notre séjour. Revanche : le minibus du retour est tombé en panne moteur à 10 h 15 au milieu de la route. On a attendu 45 minutes sous un soleil de plomb avant un autre bus. Jeudi et vendredi, on a pris le ferry pour Carriacou (30 minutes, compagnie Osprey Lines, 20 dollars EC l'aller-retour). L'île, moins touristique, sentait la résine et le sel. On a loué des scooters pourris chez Sylvester's Rental (25 dollars EC/jour) pour atteindre Anse La Roche, une plage vide avec du sable gris. L'eau était transparente mais froide (température estimée 26°C, étrange pour octobre). On a mangé au restaurant shack Marl by the Sea : lambi grillé (poulpe), riz au coconut milk, bananes plantain frites. Prix total : 45 dollars EC pour deux. Saveurs fortes, gras de coco qui colle aux doigts. Retour à Saint-Georges samedi. On s'est accordé une dernière soirée au Nutmeg, bar-restaurant sur le port (rhum spiced localement, 8 dollars EC le verre, musique soca pas trop forte). Les murs jaunes passés reflétaient les derniers rayons du soleil. Ambiance détente, sans prétention. Repérage des touristes bien moindre qu'à Hawaï ou aux Caraïbes françaises. Météo imprévisible en octobre : deux jours de pluie tropicale (averses courtes mais torrentielles vers 14 h), ce qu'on n'avait pas anticipé.Les horaires de bus sont fantaisistes. Jamais avant 10 minutes de retard, souvent 30.L'électricité coûte cher (facture fixe + consommation). Les coupures sont rares mais le câblage des hôtels bon marché est aléatoire.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de Spice Market à Saint-Georges : déguster et acheter la muscade locale en vrac, négocier avec les vendeuses (2 dollars EC la noix entière)
Grenada Chocolate Company à Saint-John : visite d'usine artisanale, tasting de chocolat sortant de la machine, arrivée par minibus ligne 5 depuis Saint-Georges
Anse La Roche à Carriacou : plage quasi déserte, accessible en scooter loué (25 dollars EC), eau claire et peu de touristes
Sendall Tunnel à Saint-Georges : passage historique des années 1930 reliant la péninsule, accès gratuit, point de vue sur la baie
Le Nutmeg au port de Saint-Georges : restaurant-bar avec rhum local, terrasse surplombant l'eau, prix abordables (8-15 dollars EC par plat)
Et au final.
Grenade mérite le détour pour qui veut sortir des circuits touristiques mainstream. L'accueil des Grenadiens était sincère, les prix raisonnables. En revanche, les routes chaotiques et l'absence de vraie infrastructure touristique (pas de site clairement balisé) ont gâché quelques journées. On reviendrait, mais avec davantage de flexibilité dans l'agenda.