Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport Maurice Bishop vers 16h30, après un vol Caribbean Airlines depuis la Barbade. L'air était moite, chargé de l'odeur de canne à sucre brûlée en arrière-plan. Les formalités ont duré deux fois plus que prévu : la file d'attente s'étirait, l'agent vérifiait chaque passeport comme s'il cachait des secrets d'État. Nous avions réservé une petite guest-house appelée Morne Rouge Guesthouse dans le quartier de La Fontaine, à Saint-Georges. Le chauffeur de taxi (Clarence, un monsieur de 67 ans qui écoutait du reggae trop fort) nous a facturé 35 dollars EC pour le trajet, bien que le tarif officiel était 25. Pas d'arnaque volontaire, juste une confusion sur « qui paie combien ». Les premiers jours : épices et routes en zigzagNous avons passé trois jours à explorer le centre-ville. La boulangerie Rhonda's Bakery (Monckton Street) ouvre à 6h30. Les roti au poulet coûtaient 12 dollars EC (moins de 5 euros), servis encore chauds, les bords croustillants, la sauce curry qui collait aux doigts. Le goût était bien plus relevé que ce à quoi on s'attendait : piments, curcuma, une chaleur qui montait progressivement. Le marché aux épices de Saint-Georges, près du port, s'ouvre vers 7h le matin. Nous y avons mis les pieds un mercredi, levés tôt pour éviter la foule. C'était trop tard. Des centaines de vendeurs étalaient muscade, cannelle, clou de girofle en vrac. L'odeur était si intense qu'on aurait pu la mâcher. Un vendeur, Madame Irène, nous a vendu une livre de muscade pour 20 dollars EC en nous expliquant (pendant quinze minutes) comment la Grenade était autrefois le cœur mondial de cette épice avant les tempêtes des années 2000. Le deuxième jour, nous avons loué une Suzuki Swift chez Spice Island Rentals (Lagoon Road, Saint-Georges) pour 65 dollars US par jour. Grande erreur. Les routes de Grenade sont étroites, sinueuses, souvent non balisées. Nous avons raté l'embranchement pour Grenville deux fois. Un conducteur local nous a crié quelque chose en passant que nous n'avons pas compris. Les points de vue sur la côte nord valaient quand même le stress : des baies turquoise encadrées par des forêts tropicales, des maisons colorées accrochées aux collines. Les plages et le moment marquantGrand Anse Beach, une étendue de 3 km de sable blanc, nous a accueilli un samedi après-midi. Des chaises longues à la plage : 10 dollars EC pour la journée. Nous nous y sommes retrouvés sous une pluie tropicale soudaine qui a duré vingt minutes. L'eau était à 28 degrés. Au lieu de partir, nous avons bu des rhum punch au bar du Spice Island Beachfront Resort. L'alcool et l'odeur de noix de coco râpée fraîche ont créé une brève ivresse heureuse. Le moment marquant de notre séjour : vendredi soir, au restaurant Tatty Bread (Church Street, Saint-Georges). Nous y sommes allés sur recommandation d'une autre voyageuse croisée à la guesthouse. Le patron, Marcus, prépare lui-même ses plats. Nous avons commandé du lambi (conque) en sauce épicée et du lambi rôti. Marcus nous a invités dans sa cuisine, nous a montré comment il préparait la sauce à base de tomates, piments scotch bonnets et feuilles de laurier. Il a dit quelque chose comme « la cuisine, c'est la mémoire de ma grand-mère ». Le plat coûtait 45 dollars EC. C'était simple, honnête, sans prise de tête. Nous avons aussi visité Fort George en haut de la colline surplombant Saint-Georges. L'escalade prend une heure depuis le centre-ville. Les murs en pierre rouge sont encore là, mais peu entretenus. Entrée gratuite. Une femme vendait de l'eau bouteille à 5 dollars EC en bas de l'escalier. Nous aurions dû en acheter. Les galères et le quotidienL'une des frustrations principales : peu de distributeurs ATM en dehors de Saint-Georges. Nous avons dû nous arrêter à la banque First Caribbean International Bank jeudi matin pour retirer de l'argent. Le retrait a pris 45 minutes (encore une file). La devise locale est le dollar de la Grenade (EC), avec un taux figé à 2,67 EC pour 1 USD. Dimanche, nous avons tenté de visiter l'île de Carriacou (à côté). Le ferry part de Saint-Georges à 10h (Osprey Lines), coûte 22,50 dollars USD l'aller-retour. Nous avons raté le bateau de trois minutes. Le suivant était le lendemain. Nous avons changé nos plans. Les restaurants sont fermetures tôt (21h en général). La vie de nuit existe mais elle est discrète. Nous avons trouvé un bar sympa, Delaney's (Young Street, Saint-Georges), où une bière Carib coûtait 10 dollars EC.
Les bons plans repérés sur place.
Marché aux épices de Saint-Georges le mercredi matin (senteur écrasante de muscade et de clou de girofle)
Lambi en sauce épicée chez Tatty Bread (45 dollars EC, préparation maison de Marcus)
Fort George au coucher de soleil (escalade raide, murs rouges du 17e siècle, vue sur la baie)
Grand Anse Beach avec ses 3 km de sable blanc et ses chaises longues à 10 dollars EC
Roti au poulet de Rhonda's Bakery à 6h30 du matin (croustillant, curry relevé)
Photos — Saint-Georges (Grenade)
Et au final.
Neuf jours, c'était assez pour comprendre le rythme de la Grenade. Les gens sont accueillants mais sans débordement. Les paysages méritent qu'on s'y traîne, pas qu'on les avale. Ce qui nous a moins plu : l'état des routes, le sentiment d'une destination où le tourisme stagne depuis longtemps, et l'absence de vrais restaurants dans les petits villages. Mais cet endroit a une forme de sincérité qu'on trouve rarement ailleurs.
