Comment ça s'est passé.
Arrivé le 15 mars à 14h à l'aéroport de Djerba–Zarzis via Ryanair depuis Marseille, j'ai pris un taxi blanc (sans compteur, évidemment) jusqu'à l'hôtel Dar Zarkouni en médina de Houmt Souk. Le chauffeur m'a demandé 45 dinars, j'ai donné 50 en espérant ne pas me faire gruger. C'était un prix correct. Les trois premiers jours ont été consacrés à Djerba. L'île dégage une impression bizarre : des plages de sable blanc qu'on attendait, mais aussi des zones touristiques surpeuplées avec des hôtels tout-compris en rang d'oignons. J'ai loué un scooter chez Ali Moto (dans la ruelle à droite du souk, 12 dinars/jour) et j'ai traversé l'île vers le sud. La route côtière est plate, chaude – j'ai commencé à 9h et à 11h30 j'avais déjà l'impression que mon cerveau fondait sous le casque. La plage de Ras Rmel est réellement déserte, pas une publicité : du sable blanc, une eau translucide à 20°C en mars, l'odeur iodée des algues vertes en bordure. J'y suis resté trois heures seul. À Houmt Souk même, j'ai mangé au restaurant Dar Djerba (carte lisible, pas de piège) : une assiette de poulpe grillé (13 dinars), du pain complet, une bière Celtia (3 dinars). Le poulpe était caoutchouteux, honnêtement. J'ai mieux mangé le lendemain au café Sidi Driss où une omelette breis (fromage frais + herbes) coûtait 4 dinars et était généreuse. Les murs blanchis à la chaux, la musique raï en fond, un homme âgé qui fumait la chicha dans le coin : ça c'était l'atmosphère réelle du souk. Le moment marquant (négatif) : le dimanche 17 mars, j'ai voulu visiter la mosquée de Borj el Kébir, classée fermée pour restauration. Un gendarme m'a dit que c'était « impossible » avant de me proposer de le « contourner » pour un baksheesh de 10 dinars. J'ai refusé et j'ai quitté le secteur. Petit malentendu culturel : ce qui me semblait une arnaque était peut-être son économie locale. Dougga : quatre heures de route et un site qui vaut le détourLe 19 mars, bus louage (minibus partagé) de Djerba à Tataouine : 28 dinars pour 2h30 de route poussiéreuse sur la RN1. À Tataouine, j'ai changé pour un second louage direction Dougga (13 dinars, 1h15). Ces louages partent quand ils sont pleins, pas selon un horaire. J'ai attendu 45 minutes. Dougga est un village amazigh de montagne à 1100 mètres, nichè sur des pentes vertigineuses. Les maisons s'empilent sur la colline, peintes en ocre et blanc. L'air y est sec et frais – contraste total avec Djerba. J'ai dormi à la Maison d'hôtes Dar Anika (7 dinars la nuit pour une chambre sans fenêtre mais propre). La proprio, Fatima, parlait un français d'une génération, avec des histoires sur la vie collective dans les années 70. Le samedi matin, levé à 5h45 pour monter au point de vue des Matmatas. Il faisait 8°C, je frissonnais dans mon sweat. Le sentier de pierre suit les toits des maisons troglodytes – des habitations creusées dans la roche, couvert par une terrasse. Odeur de feu de bois, de crottin de mulet, de pain qui cuit dans les fours communs. La vue du coucher de soleil sur les vallées du Dahar à 17h30 était réelle : des crêtes dentelées, du silence absolu sauf les cloches des chèvres lointaines. Pas de café, pas de lampadaire, pas de bruit autre que le vent. Ça m'a plié. J'ai mangé un couscous aux sept légumes chez Dar Anika (8 dinars avec pain et thé à la menthe). C'était lourd, rempli d'huile d'olive brute, mais authentiquement épais. Les gens du village me regardaient avec une curiosité tranquille : pas d'arnaqueurs, pas de vendeurs de rue. Juste une vie locale qu'on croisait en montant les escaliers. Retour à Tunis le 24 mars via louage-express (Transtours, 38 dinars pour 4h30 sur autoroute). J'ai dormi à Tunis une nuit à l'hôtel Abbassia (50 dinars, vue sur avenue Bourguiba) avant de repartir.
Les bons plans repérés sur place.
Plage de Ras Rmel à Djerba : arriver très tôt, sable blanc, eau à 20°C, solitude garantie
Souk de Houmt Souk : le café Sidi Driss pour une omelette breis à 4 dinars et observer la vraie vie locale
Village montagneux de Dougga : dormir chez l'habitant à Dar Anika, point de vue à 5h45 du matin sur les Matmatas
Louage de Djerba à Tataouine : expérience brute, 28 dinars, comprendre comment les gens se déplacent vraiment
Poisson grillé au restaurant Dar Djerba : côté plage, simple, pas cher (13 dinars l'assiette)
Photos — Djerba + Dougga
Et au final.
La Tunisie des cartes postales existe à Djerba, mais elle est emballée, commercialisée, déjà consommée. C'est Dougga et ses villages montagneux qui m'ont laissé quelque chose : le temps qui marche lentement, les gens qui vivent sans vous vendre un tapis. Si j'avais plus de temps, j'aurais moins traîné aux hôtels de plage et plus marché dans les montagnes. La galère des louages et des faux prix de taxi, c'est du quotidien accepté. À recommander pour qui veut deux Tunisies en une.
