Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport Henri Coandă de Bucarest un mercredi 6 h du matin. Le vol Lufthansa depuis Lyon avait une heure de retard. En sortant du terminal, l'air était frais, humide, avec cette odeur caractéristique de diesel et de café moulu qui imprègne les Balkans. Nous avons loué une Dacia Duster chez Europcar (52 euros/jour) et nous nous sommes dirigés vers Brașov, à 160 km au nord. Les trois premières heures de route nous ont fait découvrir un pays bien moins développé que prévu. Les autoroutes A1 et A3 sont modernes, mais dès qu'on quitte, c'est un chaos : nids-de-poule, panneaux routiers cassés, camions Scania qui zigzaguent. Arrivés à Brașov vers 10 h, nous avons cherché notre hôtel pendant 45 minutes parce que le GPS était inexact et qu'aucun panneau ne signalait la pension Casa Wagner (55 euros la nuit, Piața Sfatului). Une galère classique que personne ne mentionne dans les guides. Brașov : marché médiéval et ciorba qui tient au corpsLa Piața Sfatului m'a frappé immédiatement. Cette grande place rectangulaire est entourée de façades colorées (jaune, rose, ocre) datant du XVe siècle. Nous avons petit-déjeuné au Cafe Melange : croissant aux amandes, cappuccino, toast aux œufs. 4,50 euros pour deux. Le café a cette chaleur intérieure typique des petites villes d'Europe de l'Est, avec des miroirs dorés aux murs et des tables en marbre jauni. Le matin, nous avons grimpé la Strada Republicii pour accéder à l'église Noire (Biserica Neagră), une cathédrale gothique de 65 mètres de haut. Le toit était noirci par les incendies du Moyen Âge. À l'intérieur, l'odeur de cire et de pierre humide était presque oppressante. Les voûtes ogivales disparaissaient dans l'obscurité. J'ai payé 3 euros pour entrer ; un guide roumain trop pressé m'a expliqué les vitraux en 10 minutes. Le moment vraiment mémorable a eu lieu le deuxième soir au restaurant Sergiana. Nous avons commandé une ciorba de burtă (soupe aux tripes et seigle fermenté). C'était aigre, riche, salée, exactement ce qu'il fallait après une journée de route. Le verre de țuică (eau-de-vie locale) qui l'accompagnait était à 2,50 euros et nous a plié. La patronne, Mirela, nous a dit en anglais que les touristes évitaient ce plat parce que « c'est pour les vrais Roumains ». Nous nous y sommes tenus. Vers Sibiu par les CarpatesLa route de Brașov à Sibiu (140 km) passe par le col de Făgăraș, à 2 042 mètres. Nous avons quitté à 7 h 30. Les lacets étaient étroits, sans garde-fou, et un camion nous a croisé dans un virage serré vers midi. Cœur qui s'accélère. Les paysages : forêts de sapin, prés alpins, chutes d'eau très blanches. Mais le confort du trajet était quasi nul. Nous avons arrêté une heure au Restaurant Forestul (une cabane en rondins) : mici (brochettes de viande hachée), frites, bière Ursus à 1,50 euros. Serveuse surmenée, pas de nappes, mais la viande était bien grillée. Sibiu nous a choqués par son ordre relatif. La vieille ville (Oraşul Vechi) est compacte, pavée, avec des « maisons aux yeux » (façades avec deux petites fenêtres mansardées qui ressemblent à des yeux). Nous avons logé à l'Hotel Continental (60 euros la nuit, Piața Mare) : chambres claires, petit déjeuner buffet étonnamment varié. Le personnel parlait anglais. Cluj-Napoca : la ville où les choses bougentCluj, à 150 km nord-ouest de Sibiu, est le cœur étudiant de la Transylvanie. C'est là qu'on sent le changement générationnel. Cafés hipster, musique électro sortant des bars, jeunes gens tatoués. Nous avons passé deux nuits à l'Aparthotel Alystra (45 euros, rue Nicolae Iorga). La Piața Unirii est bordée par l'église Sainte-Michel (gothique du XIVe siècle, campanile blanc éclaboussé de soleil). Le musée d'Art (MUMOCS) valait 5 euros, même s'il fermait à 17 h un jeudi sans raison apparente. Avantage Cluj : les prix baissent à mesure qu'on s'éloigne du centre. Nous avons mangé à Crama Sibieană : ciorbă de burtă à nouveau, branzi (fromage blanc) avec gelée de cassis, 6 euros pour deux. Le vin blanc local, un riesling de Recaş, à 4 euros la bouteille au supermarché Carrefour. Les fins d'après-midi là-bas sont une lente dégringolade : terrasses pleines, jeunes gens riant, soleil qui descend derrière les bâtiments couleur ocre. Retour à Bucarest par le bus FlixBus (18 euros, 8 h de trajet, départ 22 h). Bus propre, mais arrêt à Pitești à 2 h du matin, gare routière fermée, un quidam qui propose du taxi « pas cher » en fumant une cigarette. Décliné. Vol de retour sans problème.
Les bons plans repérés sur place.
Biserica Neagră à Brașov : entrée 3 euros, gothique intact, odeur de pierre ancienne
Ciorba de burtă au Sergiana (Brașov) : soupe roumaine traditionnelle, 5 euros, à essayer absolument
Piața Mare à Sibiu : maisons aux fenêtres-yeux (1ère moitié du XVe siècle), terrasses calmes
Col de Făgăraș sur la route Brașov-Sibiu : 2 042 m, paysage alpin, route très étroite
Piața Unirii à Cluj-Napoca : église Sainte-Michel en arrière-plan, jeunesse, bars jusqu'à minuit
Photos — Brașov, Sibiu, Cluj-Napoca
Et au final.
La Roumanie ne m'a pas enchantée comme je l'espérais. Les infrastructure routières sont vraiment un frein, et les retards/imprévus étaient constants. En revanche, les gens que nous avons rencontrés—Mirela au restaurant, les gestionnaires d'hôtel—étaient directs et bienveillants. C'est un pays qu'il faut aborder sans attente romantique, juste avec de la curiosité et une bonne marge de patience.
