Comment ça s'est passé.
On a atterri à Tirana le 15 mars à 14h30 sur le vol Wizz Air W6 521 depuis Lyon. L'aéroport Nënë Tereza est petit, presque soporifique, et on a attendu 45 minutes à la douane pour une raison jamais expliquée. Première galère : pas de distributeur de leke en bon état. On s'est retrouvés avec un billet de 500 leke (4 euros environ) et une carte bancaire qui refusait de fonctionner. Un taxi non officiel nous a demandé 2500 leke (20 euros) pour 30 km en ville. On a négocié à 1800. Le chauffeur conduisait à une main, l'autre tenant un café turc en minuscule tasse blanche, un détail bête mais qui m'a marqué. À Tirana, on a logé trois nuits à l'hôtel Elbasan, rue Ismail Qemali, à 45 euros la chambre. C'est une petite bâtisse de cinq étages, pas de wifi stable, mais madame Lumija qui gère la réception parlait cinq langues et arrangeait tout. Le matin du premier jour, levés à 7h pour le marché Pazari i Ri : odeur de grenade, de miel qu'on vend en vrac, de viande de mouton à la broche. On a acheté du byrek (pâte fourrée aux épinards) à 80 leke chez une femme qui faisait cuire ses fournées dans un petit four en fonte à bois. Le goût était presque amer, trop salé, mais on en a repris. Le bruit des motos Vespa qui zigzaguaient entre les étals, c'était constant, un peu stressant. La Place Skanderbeg m'a laissé froid. Trop de construction, trop de pigeons et de vendeurs de cartes postales. On a visité la Galerie nationale d'art en deux heures (fermée le lundi, ce qu'on a découvert en y allant). Les murs sont peints en jaune pétant, le bâtiment date des années 50, il y a un charme bricolé mais rien qui crie l'excellence. On a plutôt aimé flâner dans le quartier de Blloku, où les cafés servent un espresso très fort pour 60 leke. J'en ai pris trois en une journée. Le 18 mars, on a pris le bus de Flo Turizm (compagnie locale pas cher) direction Sarandë. Départ à 9h du terminal sud de Tirana, arrivée à 16h avec une pause de deux heures à Vlorë pour l'essence et le déjeuner. À Vlorë, on a mangé du poulpe à la plancha au restaurant Mrizi i Detit : 450 leke (3,80 euros) l'assiette, le poulpe était vraiment caoutchouteux, les patates molles, mais la bière Korça froide compensait. Le trajet était cahoteux, les routes albanaises ne sont franchement pas au niveau. À un moment, le bus a croisé un troupeau de chèvres près de Llogara et on a dû reculer de 200 mètres. Sarandë s'est révélée être une station balnéaire endormie en mars. Plage de galets gris, air salin, la température oscillait autour de 15 degrés le jour. On a trouvé une chambre chez l'habitant via un homme qui criait « hotel, hotel » au terminus. 2000 leke la nuit (16 euros) pour une chambre avec balcon vue mer, salle d'eau rudimentaire. C'était honnête. On a passé cinq jours là, dont trois jours de pluie intermittente. Le moment marquant : une discussion dans le café Flisvos avec un vieux pêcheur, Agim, 72 ans, qui nous a parlé en anglais cassé de l'époque communiste. Pas de discours victimaire, juste des faits énoncés sèchement, presque mécaniquement. Ça m'a touché, cette façon de raconter sans pathos. À Sarandë, on a fait une excursion aux ruines de Butrint : bus numéro 8 depuis la centre, 100 leke par personne, environ 20 minutes. Le site est intéressant, colonnes grecques, murs en pierre, mais très mal entretenu. Un gardien qui ne parlait que l'albanais nous a fait payer 200 leke d'entrée alors qu'on ne savait pas si c'était le vrai tarif. En revenant, on s'est perdu et un groupe de jeunes nous a proposé de nous raccompagner pour 500 leke. Arnaque douce, mais arnaque quand même. Nourriture en Albanie : on a mangé beaucoup de pâtes (recette de famille, disait chaque restaurateur), du flan de courge sucré, du fromage de brebis local. Les restaurants touristiques facturent 400-600 leke par plat. Les petites gargotes 150-250 leke. La bière Korça ou Peja est omniprésente, très bonne, 60-100 leke au verre. L'eau du robinet à Tirana était impropre à la consommation (goût de chlore insoutenable), on a acheté des bouteilles au supermarché Big C, rue Shën Ndout. Retour à Tirana le 25 mars, même bus Flo Turizm, mais cette fois le chauffeur roulait comme un démon, freins qui crissaient tous les 3 km. Vol de retour décalé d'une heure et demie. On a attendu à l'aéroport en sirotant un café infect à 300 leke.
Les bons plans repérés sur place.
Marché Pazari i Ri à Tirana : arriver dès 7h avant que les étals de grenade se vident
Plage de Sarandë au coucher de soleil (vers 18h30) : galets gris, eau turquoise froide mais belle
Ruines de Butrint : vérifier le tarif d'entrée auprès de l'office de tourisme avant, pas au gardien du site
Café Flisvos à Sarandë : petite table en bois face à la mer, café turc à 80 leke, conversations de pêcheurs
Restaurant Mrizi i Detit à Vlorë : poulpe à la braise même si la cuisson n'est pas parfaite, vue sur le port
Photos — Tirana et côte ionienne
Et au final.
L'Albanie est un pays en transition, avec des routes pourries, une administration opaque, mais des gens chaleureux et sans faux-semblants. On repartirait, mais pas sans avoir l'impression qu'on s'était fait avoir à plusieurs reprises sur les prix et l'organisation. À recommander pour qui aime l'aventure un peu chaotique.
