Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport de Tirana Nënë Tereza un mardi vers 14 h, avec une impression immédiate : l'Albanie n'existe que pour ceux qui acceptent de s'y perdre. Pas de guide touristique dans le bus n° 430 qui monte vers le centre, juste des familles, des ouvriers du bâtiment, et cette odeur d'essence mélangée à celle du café turc qu'on sentait déjà depuis la piste d'atterrissage. Nous avons loué une chambre au Rogner Hotel Tirana les trois premières nuits, façade en marbre rose, climatisation qui ronflait comme un moteur diesel. Le propriétaire nous a dit d'éviter le boulevard « Dëshmorët e Kombit » après 23 h, sans expliquer pourquoi. On l'a fait quand même, un jeudi soir. Trois gars assis sur des motos sans plaques. Un moment où j'ai vraiment senti le malaise, pas agressifs, juste... présents. On a accéléré. La Shoqata Arkitektura, petite galerie d'art à l'intérieur d'un bâtiment écaillé rue « Ismail Qemali », nous a bluffés. Un jeune artiste local nous a parlé pendant quarante-cinq minutes des fresques des années 90, du communisme encore visible dans les murs. On a bu un çaj i nënë (tisane à la menthe) offert, sucré à mort, dans des petits verres pointus. Deux euros la tisane sur la facture, mais on n'a rien payé. La galerie principale, le Muzeu Historik Kombëtar, ouvert de 9 h à 17 h sauf lundi, m'a donné l'impression d'entrer dans une cave froide. Fresques de mosaïque du IIe siècle, témoignages des guerres récentes des années 90 encore affichés. C'est là qu'on a ressenti la vraie lourdeur du passé : photos d'enfants morts, vitrines de munitions rouillées. Pas de musique d'ambiance, pas de climatisation, juste le bruit des pas sur le carrelage gris. On a quitté Tirana un vendredi matin dans une minibus bleu ciel conduite par Ardian, chauffeur déchaîné qui parlait trois langues mais roulait comme s'il avait dix ans. Route côtière vers Durrës, puis Vlorë. Trois heures de trajet. L'odeur des pins et du sel marin qui s'intensifiait au fur et à mesure. Ardian nous a signalé le restaurant « Mrizi i Detit » à Vlorë, petit établissement en pierre grise surplombant la baie, spécialisé dans les fruits de mer. On a commandé une salade de poulpe (15 euros), du fromage blanc salé (byrek me djathë, 4 euros), et du vin blanc local (6 euros la bouteille). Le goût était cru, salé, proche du sol. Pas sophistiqué, mais honnête. Trois nuits à la Villa Neda, guesthouse avec terrasse à Vlorë, propriétaire une femme de 62 ans qui nous faisait du café turc à 6 h chaque matin. Les plages de la Riviera sud, Himara et Sarandë, nous les avons atteintes par une route côtière étroite, avec des virages à 80 km/h. Une galère : notre minibus a eu une crevaison près d'un petit village appelé Qeparo. Ardian a passé une heure et demie à réparer, assis par terre, suant à grosses gouttes. On a attendu sous un pin, à boire du café froid acheté à une épicerie sans électricité visible. Le gars du magasin nous a fait payer 1,5 euros pour trois cafés. Sarandë, c'est autre chose. Petite ville de pêcheurs, promenades en bateau vers les grottes côtières (20 euros par personne). La grotte de Syri i Kaltër, source d'eau souterraine bleue, était froide, presque glaciale. On a senti l'air humide remonter depuis les profondeurs. Pas grand-chose à voir, honnêtement, mais l'impression de pénétrer dans quelque chose d'intouché. On a mangé au restaurant « Pasion » près du port, poisson grillé (20 euros), citron pressé sur place, serveur qui ne comprenait que trois mots d'anglais mais qui souriait beaucoup. Dernière nuit à l'hôtel « Ionian » de Sarandë, chambre simple, fenêtre sur la mer Ionienne. On s'est levés à 5 h du matin pour voir le lever de soleil. Il était juste orange pâle sur l'eau grise. Pas spectaculaire. Mais on était là. Retour à Tirana en avion Air Albania le samedi vers 12 h. Vol poncuel, assez basique, pas de service à bord, juste de l'eau.
Les bons plans repérés sur place.
Musée historique national de Tirana : voir les mosaïques et photos des années 90, ouvert 9-17 h, gratuit presque
Restaurant Mrizi i Detit à Vlorë : byrek et poulpe cru, terrasse vue baie, 25-30 euros par personne
Route côtière Vlorë-Sarandë : arrêt à Qeparo pour les petites plages de galets, 90 minutes de route
Grotte de Syri i Kaltër depuis Sarandë : tour en bateau 20 euros, eau froide, 30 minutes bateau
Café turc du matin chez Villa Neda à Vlorë : 6 h du matin, terrasse, 1-1,5 euros
Et au final.
L'Albanie, c'est un pays qui refuse les emballages jolis. On a trouvé des gens chaleureux, de la nourriture brute, des routes qui font peur, et une histoire qui ne demande pas la permission pour vous rattraper. Le chaos administratif était réel : nos hôtels ne savaient pas trop où nous enregistrer. Mais c'est justement ce qui rendait le truc vivant, pas lissé.