Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Tenerife Nord le 14 mars à 18h45, terminal minuscule et chaotique. Vol Iberia depuis Paris-CDG, la compagnie avait perdu une valise sur deux passagers devant nous. Mauvais augure. Nous avions loué une Renault Clio chez Europcar, comptoir 7, au tarif de 89 euros pour six jours — déjà cher pour une voiture d'occasion avec 47 000 km au compteur. Notre hôtel, l'Iberostar Selection Playa Gaviotas à Playa de las Américas, nous attendait 80 km plus au sud. Route en fin d'après-midi à travers l'île : paysage lunaire, volcanique, presque pas de végétation. La température grimpait à 26°C même en fin de journée. L'odeur du diesel des cars touristiques et des camions nous a suivi une bonne partie du trajet. Jour 2 : Le Teide et la désillusion Levés à 5h45 pour attraper le bus 348 (ligne de la compagnie TITSA) qui montait vers le Parc National du Teide. Départ 6h30 depuis la gare routière de Playa de las Américas, ticket 14,50 euros l'aller-retour. Nous partagions le bus avec une cinquantaine de touristes allemands et britanniques. Arrivée au visitor center à 8h30. Le Teide se dressait là, ses 3 718 mètres couverts de neige — c'était impressionnant, mais les touristes? Une vraie ruche. Files d'attente partout. Les sentiers pédestres, supposément libres d'accès, restaient fermés le matin pour des « raisons de sécurité ». Nous nous sommes contentés de longer la route à travers les roches basaltiques ocre et gris. Odeur minérale, un peu souffrée. Température de 8°C au sommet, glaciale après la chaleur de la plaine. Au refuge Altavista (petit restaurant montagnard), déjeuner spartan : quesadilla de fromage 11,50 euros, café au lait 3,20 euros. Ordinaire. Retour en bus à 16h30, nous étions épuisés et déçus de n'avoir pu monter plus haut. Jour 3-4 : Puerto de la Cruz, le vrai visage du nord Nous avons changé de région. Bus 102 direction Puerto de la Cruz, 75 minutes, 5 euros. Ville côtière, moins saturée que le sud. Nous avons dormi à l'hôtel Meson El Drago (petit établissement familial, 62 euros la nuit). Chambre exiguë mais propre, propriétaire Pepe parlant français avec un accent qu'on aurait pu trancher au couteau. La Plaza Mayor sentait l'huile d'olive et le poisson grillé. Nous avons mangé dans un resto de fruits de mer, El Submarino, face au port. Poulpe à la gallega (8 euros), morue frite (7,50 euros), deux bières Dorada (3 euros chacune). La poulpe était tendre, bien assaisonnée. C'est un des rares moments où j'ai vraiment senti que nous mangions quelque chose de local et non pas touristique. Moment marquant : le deuxième jour à Puerto, nous nous sommes perdus dans les petites rues en montée. Une femme âgée, Magdalena, nous a redirigés vers notre hôtel en parlant lentement l'espagnol. Elle nous a invités à prendre un café chez elle, une minuscule pièce sur la rue. Café con leche, biscuits maison. Trente minutes de conversation par signes et traduction Google. Ça nous a rappelé pourquoi on voyage : pas pour cocher des cases, mais pour ces échanges imprévisibles. Jour 5-7 : Playa de las Américas et ses galères Retour au sud, car nous avions réservé des activités. Bus 101, 18 euros. Playa de las Américas, c'est le Las Vegas des Canaries : béton, discothèques, restaurants à touristes, bars anglais. Difficile d'échapper au marketing. Jour 6 : excursion en bateau « rencontre avec les dauphins » (69 euros par personne, au départ du port touristique). Le bateau Catamaran Princes II, compagnie Dolphin Eco, partait à 9h. Quarante minutes en mer. Nous avons vu trois dauphins, fugitivement. Un arnaque à touriste : on promettait rencontres garanties, on obtenait des points dans l'eau lointains. Le responsable, un type parlant anglais avec accent allemand, faisait son spectacle « Regardez, regardez! » tous les trois minutes pour rien. Une mère anglaise s'est plainte à haute voix. Lui a simplement dit « C'est la nature, madame ». Jour 7 : plage Vistas del Teide, celle-ci était quasi libre le matin. Sable noir volcanique, eau à 19°C (froid pour nous en mars). Nous avons passé quatre heures là, à lire et dormir. Restauration au Chiringuito Bora Bora (chiringuito = petit bar de plage), fish and chips 13 euros, bière 4 euros. Serveuse parlant zéro anglais, ce qui a créé des malentendus sur la cuisson du poisson. Jour 8-10 : La Laguna et retour morose Dernier trajet : bus vers San Cristóbal de la Laguna, ville historique 20 km au nord de Tenerife Nord. TITSA, ligne 4, 80 minutes, 8 euros. La Laguna conserve ses bâtiments coloniaux des XVI-XVII siècles, rues pavées, calme étrange comparé au reste de l'île. Marché local (Mercado del Pescado) où les vendeuses vendaient du poisson frais, des fruits bizarres que nous n'avons pas osé acheter. Nous avons compris, à ce moment, que l'intérêt de Tenerife n'était pas dans ses sites « majeurs » surexploités, mais dans ces enclaves où les touristes de masse ne traînaient pas. Vol retour le 24 mars, 9h15, Iberia de nouveau. Contrôle de sécurité chaotique. Attente de 2h30 au lieu de 1h30. Retour à Paris CDG 14h55.
Les bons plans repérés sur place.
Puerto de la Cruz, Plaza Mayor : petit café local, odeur d'huile d'olive, humains vrais
Bus TITSA ligne 348 vers le Teide tôt le matin : oui c'est long, mais moins cher que les tours organisés (14,50 euros)
San Cristóbal de la Laguna, Mercado del Pescado : où les Canariennes achètent vraiment, pas un piège à touristes
Poulpe à la gallega au restaurant El Submarino, Puerto de la Cruz : 8 euros, saveur locale, non génériquement touristique
Plage Vistas del Teide en fin de matinée (éviter 13-15h) : sable noir, moins de monde, chiringuito honnête
Et au final.
Tenerife m'a donné un mélange : des moments sincères (Magdalena, la poulpe à Puerto de la Cruz) et des déceptions touristiques massives (le Teide verrouillé, l'arnaque aux dauphins). L'île vaut vraiment le détour, mais il faut savoir où chercher et accepter que mars soit encore une saison où le chaos touristique règne. Je reviendrais pour rester deux semaines en mai et ignorer complètement le sud commercial.