Comment ça s'est passé.
On s'est levés à 4 h 30 du matin le premier jour, cassés par le décalage horaire de quatre heures. L'hôtel Rosewood Riyad proposait une vue sur les gratte-ciel du quartier d'al-Nuzha, mais on n'a pas eu le cœur de l'admirer en grelottant avec un café au goût de chicorée brûlée servi à 5 h dans le salon de l'établissement. Température extérieure : 38 degrés même à cette heure matinale. Premier choc : Riyad n'est pas ce qu'on attendait. Pas de chaos, pas d'exotisme kitch, juste des avenues rectilignes, des centres commerciaux climatisés à outrance, et des Saoudiens en abaya noire qui regardaient nos jambes découvertes avec un mélange de pitié et de réprobation. On a marché deux kilomètres depuis la sortie du métro Riyadh Metro (ligne Rouge, arrêt Olaya) pour rejoindre le restaurant Nora, où on a commandé un shawarma agneau (45 SAR, soit environ 12 euros) et des hummus avec pain pita fait maison. L'odeur de cumin et de viande rôtie à la broche nous a ramené à la vie. Le souk Al-Zal, première galère culturelleMercredi matin, on a pris un taxi Uber vers le souk Al-Zal, le vieux marché aux épices de Riyad. Trois hommes nous ont proposé du khat dans une ruelle, un Français à côté de nous s'est fait légèrement agresser verbalement pour avoir filmé une femme voilée. Le marchand d'or nous a engueulé parce qu'on n'achetait rien. C'est le genre de moment où on réalise qu'on n'est vraiment pas bienvenu partout, même en tant que touriste payant. On s'est sentis observés, jugés. Franchement, c'était inconfortable et on n'a pas traîné. Mais le détail qui nous a marqués positivement : une femme saoudienne en burqa bleu électrique s'était arrêtée devant un étalage de maquillage pour essayer un rouge à lèvres écarlate en cachette, en riant avec son amie. Juste ce petit moment de rébellion tranquille a humanisé l'endroit. Vol vers Al-Ula, le moment de grâceLe vol Saudi Arabian Airlines (numéro SV 312, décollage Riyad 14 h 05, arrivée Al-Ula 15 h 15) nous a transportés en 70 minutes vers un site qu'on n'oubliera pas. Al-Ula, c'est moins une ville qu'une vallée rocheuse entourée de formations géologiques qui ressemblent à des cathédrales érodées. On a loué une jeep auprès de la plateforme Almosafer (850 SAR pour deux jours, avec chauffeur) et c'est là qu'on a eu notre moment vraiment fort du voyage. On s'est arrêtés avant le coucher du soleil aux ruines de Dadan, une cité nabatéenne abandonnée depuis 2 000 ans. La couleur du grès passait du rouge brique au violet aubergine en deux heures. La température était tombée à 28 degrés. L'air sentait la pierre chaude et la poussière minérale. On a marché entre les tombes royales creusées dans la roche et on s'est assis en silence pendant 45 minutes. Pas de foule, pas de vendeurs agressifs, juste nous et l'immensité. Restau malchanceux et découverte tardiveÀ Al-Ula, on a essayé le restaurant al-Khaimah du resort Habitas Al-Ula le deuxième soir. Le buffet affichait 150 SAR par personne. Les plats étaient tièdes, la viande trop cuite, les dates farcies à la pistache étaient les seules choses comestibles. On a payé la facture sans broncher mais c'était clairement la pire expérience gastronomique du séjour. À côté, on a trouvé une petite gargote locale sans enseigne (repérée grâce à un chauffeur de taxi) qui proposait de la kapsa, un plat de riz et agneau à 28 SAR. C'était simplement excellent. Le dernier jour, on a visité Madain Salih, le site archéologique majeur, avec ses façades nabatéennes taillées à même la montagne. Là aussi, on a eu un instant d'émotion brute en voyant ces portes de tombes ornées de motifs géométriques, pas un touriste à l'horizon hormis quatre Allemands. Retour à Riyad, les doutesOn a repris un vol de retour le dimanche matin. Al-Ula nous a changés mais Riyad nous a laissés perplexes sur la place qu'on pouvait occuper là-bas. Les femmes expatriées qu'on a rencontrées au bar de l'hôtel (oui, il y a un bar clandestin pour les touristes) nous ont expliqué les complications du système de parrainage, les restrictions, la censure ordinaire des réseaux sociaux. Ce voyage n'a pas eu l'effet lissant, apaisé qu'on attendait.
Les bons plans repérés sur place.
Ruines de Dadan (Al-Ula) : se lever à 16 h 30 pour le coucher de soleil, les façades du Ier siècle av. J.-C. deviennent violettes
Restaurant de brochettes sans nom (souk Al-Zal, Riyad) : kapsa pour 28 SAR, agneau fondant, riz à la cardamome, goût authentique
Madain Salih : site archéologique avec neuf tombes nabatéennes monumentales creusées dans la montagne, accès 50 SAR, peu fréquenté
Métro Riyadh Metro (ligne Rouge) : trajet Olaya vers le centre-ville, environ 6 SAR, climatisation glaciale, stations ultramodernes
Lever du soleil depuis le Rosewood Riyad : terrasse panoramique, café ordinaire à 35 SAR, vue sur la skyline de gratte-ciel
Et au final.
L'Arabie Saoudite nous a offert des paysages visuels et des moments de silence qu'on ne connaissait pas. Al-Ula vaut vraiment le coup pour qui aime l'archéologie et la géologie. Mais Riyad reste une ville froide, contrôlée, où on ne se sent jamais totalement à l'aise en tant que touriste occidental. On repartirait pour Al-Ula, pas pour la capitale.