Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international Roi Khaled un mardi matin vers 6 h 30, après un vol de dix heures avec Saudia Airlines. Dès la sortie, la chaleur nous a frappés : 38 degrés à peine le soleil levé, avec une sécheresse qui craquelait immédiatement les lèvres. Le taxi Uber nous a coûté 45 rials (12 euros) jusqu'à notre hôtel, le Rosewood Jeddah Street, un quatre-étoiles sans charme excessif mais correct pour le prix (280 euros la nuit). Les premiers jours ont été déroutants. Riyad n'a pas la beauté architecturale qu'on attendait : c'est une ville étalée, sans centre véritable, dominée par des tours de verre qui se ressemblent toutes. Le centre-ville, autour de la rue Olaya, ressemble à n'importe quel quartier d'affaires du Golfe. Ce qui nous a le plus marqués – et honnêtement déçus – c'est l'absence d'espaces publics vivants. Pas de terrasses, pas de vie de rue après le coucher du soleil. Tout ferme à 22 h, les rues deviennent vides et étouffantes. On s'est rattrapés à la gastronomie. Nous avons mangé au restaurant Al Reef Bakery, une chaîne locale, où nous avons commandé un kabsa poulet (plat national à base de riz épicé) pour 28 rials (7,50 euros), accompagné d'un café qahwa très sucré et étonnamment bon, avec cette odeur de cardamome qui reste longtemps en bouche. Un vrai moment d'authenticité. Nous avons aussi tenté le hummus maison au café Al Forno, près de Kingdom Centre : crémeux, ail massif, parfait avec du pain chaud. Le prix : 15 rials pour deux parts. Le Souq Al Zal a été notre plus grande galère. Nous y sommes allés un jeudi matin en pensant découvrir l'Arabie authentique. C'était fermé pour cause de prière du vendredi (horaires décalés selon les magasins). Nous avons attendu deux heures en plein air, transpirés, avant que les premiers vendeurs rouvrent vers 12 h. Une fois dedans, nous avons été harcelés par des vendeurs proposant des tissus, des parfums d'oud, des épices. Un homme a essayé de nous vendre des dattes Premium à 150 rials le kilo en prétendant que c'était un prix ami. Nous avons refusé, acheté 200 grammes à 8 rials au comptoir en libre-service à côté. C'était bitter – la déception face aux jeux de prix et à l'absence de confiance. Kingdom Centre a sauvé notre séjour. Cette tour de 312 mètres offre une vue à 360 degrés sur Riyad – autant dire une ville plate et grise, mais le coucher de soleil depuis le 99e étage reste puissant. L'entrée coûte 75 rials (20 euros). Nous avons mangé au restaurant étoilé du sommet, Entrecote, un steakhouse français : côte à l'os, 380 rials (100 euros), cuit correctement. Moment où nous avons vraiment senti le côté riche et cosmopolite de Riyad, peuplée d'expatriés. Le Musée national d'Arabie Saoudite nous a permis de comprendre un peu mieux l'histoire du pays. Entrée : 20 rials. Les sections sur la péninsule préislamique et la fondation du royaume à Diriyah sont bien présentées, même si le musée manque d'interactivité. Nous avons passé trois heures là, ce qui en dit long sur le rythme des jours. Ce qui nous a vraiment troublés : la ségrégation quasi-officielle. Les files d'attente « hommes », « femmes », les sections réservées au Starbucks, l'absence de cinémas (qui ont finalement ouvert en 2018 mais peu de films non censurés). Les femmes se sentaient moins à l'aise que prévu. Notre amie a dû montrer son passeport à trois reprises pour des choses banales. Cela pèse sur le séjour. Nous avons loué une voiture un jour, pensant explorer les alentours. Mauvaise idée : les routes sont des autoroutes surdimensionnées, la conduite locale agressive, les distances immenses. Nous avons renoncé rapidement et pris un taxi Uber vers Diriyah, à 20 km, où les ruines de l'ancienne capitale saoudienne offrent une pause bienvenue. Dust and mud bricks sous le soleil de midi. Tarif pour la visite : 50 rials.
Les bons plans repérés sur place.
Kingdom Centre, étage 99, coucher de soleil vers 17 h 30 – prendre un café et regarder Riyad s'éteindre petit à petit
Al Reef Bakery, rue Olaya – commander le kabsa poulet et un café qahwa frais
Diriyah, les ruines d'Al Turaif – 20 km de Riyad, vieux murs de terre et histoire tangible
Souq Al Zal, arrive après 12 h 30 le vendredi pour éviter les fermetures religieuses
Musée national, section monnaies et épices – vraiment instructif sur l'économie historique du royaume
Photos — Riyad
Et au final.
Riyad m'a partagé entre fascination et frustration. La richesse pétrolière est écrasante, la modernité superficielle, la vie quotidienne trop régulée. Mais les gens sont généralement bienveillants, la nourriture excellente, et il y a une énergie de transformation qu'on sent. Ce n'est pas une destination de détente : c'est une ville pour comprendre le Golfe d'aujourd'hui, pas pour rêver.
